L’Ontario : Un modèle pour la protection de l’eau potable propre

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Raj Bejankiwar
IJC
11 juillet 2016
Drinking water faucet

 

drinking water david j flickr
Credit: David J

Les Grands Lacs représentent la plus grande superficie d’eau douce au monde. Ils constituent depuis longtemps une source d’eau potable pour des millions de Canadiens et d’Américains. Cette dépendance envers les Grands Lacs exige la mise en place de mesures rigoureuses pour protéger la qualité de l’eau qui entre dans les systèmes d’approvisionnement en eau potable de la région et qui en est rejetée.

Cependant, la viabilité des Grands Lacs est constamment soumise à des stress physiques, chimiques et biologiques. La plupart de ces stress sont attribuables en partie à notre comportement collectif en tant que société. À mesure que des défis nouveaux et émergents se présentent, le public devient sceptique à l’égard de la qualité de l’eau potable. Dans le sillage d’incidents liés à la qualité de l’eau, comme la tragédie de Walkerton (Ontario) en 2010, la crise persistante de l’eau dans la vile de Flint (Michigan) et la crise de l’eau à Toledo (Ohio) en août 2014, l’intégrité du bassin des Grands Lacs comme source d’eau potable n’a jamais été aussi importante. La réglementation, la science et la gouvernance sont essentielles à la restauration et à la protection de la qualité de ces eaux binationales. Cela comprend des engagements de la part des gouvernements du Canada et des États-Unis pour assurer que les eaux des Grands Lacs soient potables et propices à la pêche et à la baignade, comme il l’est énoncé dans l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

Walkerton Des incidents passés réaffirment l’importance de la condition de l’eau potable à la source. En mai 2000, une violente tempête de pluie a frappé Walkerton, en Ontario, et a transporté du fumier jusque dans un puits de la municipalité, fumier qui s’est ensuite infiltré dans la nappe phréatique. Au total, 2 300 habitants de Walkerton sont tombés malades après avoir bu de l’eau et sept sont morts suite à la pire contamination par la bactérie E. coli dans l’histoire de l’Ontario. Le juge Dennis R. O’Connor a été nommé commissaire de l’enquête sur Walkerton et a réformé en profondeur la réglementation de l’eau potable en Ontario en établissant la Loi de 2002 sur la salubrité de l’eau potable. La Loi souligne l’importance de la protection des sources d’eau comme première barrière d’une approche polyvalente pour assurer l’approvisionnement en eau potable salubre.

Flint Une décennie et demie plus tard, la ville de Flint, au Michigan, modifie son mode d’approvisionnement en eau potable, délaissant le lac Huron et la rivière Detroit pour la rivière Flint. Les élus municipaux décident de ne pas ajouter un agent anti-corrosion au processus de traitement de l’eau. Cette décision se révèle une erreur, car l’eau hautement corrosive de la rivière Flint provoque la libération du plomb présent dans les conduites d’eau dans l’approvisionnement d’eau potable. Des concentrations élevées de plomb sont trouvées dans le sang des habitants de Flint, et ils ont doivent avoir recours à boire de l’eau en bouteille et à s’en servir pour se laver jusqu’à ce que la transition vers le retour à l’ancienne source d’eau potable soit terminée en octobre 2015. Un rapport commandé par l’État du Michigan, préparé par la firme d’ingénierie Rowe Professional Services, établie à Flint, expose un plan échelonné sur plusieurs décennies pour restaurer l’infrastructure d’alimentation en eau potable de Flint, qui devrait coûter au moins 216 millions de dollars. Plus d’un an après la découverte de la contamination, de nombreux résidants de Flint ont encore des doutes quant à la salubrité de leur approvisionnement en eau et continuent d’utiliser de l’eau en bouteille pour boire, se laver et cuisiner.

Toledo En 2014, la ville de Toledo, en Ohio, émet un avis de non-consommation de l’eau potable pendant trois jours à environ 400 000 utilisateurs lorsqu’une prolifération d’algues toxiques se produit à proximité d’une conduite de prise d’eau. Ce type d’algues produit une toxine appelée microcystine. Depuis cet incident, les instances gouvernementales responsables de la mise en œuvre de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs ont réalisé de grands progrès dans la réduction des apports de phosphore, dont se nourrissent les algues, dans les tributaires du lac Érié, notamment la rivière Maumee.

L’approche adoptée par l’Ontario Le recours aux Grands Lacs comme source d’eau potable exige la mise en place de mesures rigoureuses. Aujourd’hui, grâce au développement d’un filet de sécurité complet de l’eau, les normes de qualité de l’eau potable sont respectées de la source au robinet. Pendant plus d’une décennie, plus de 99,9 % des analyses de la qualité de l’eau ont répondu aux normes sanitaires strictes de l’Ontario en matière de qualité de l’eau potable. Ces résultats sont attribuables, en partie, à la protection des sources d’eau, à l’entretien de l’équipement pendant tout le processus de transport de l’eau, à la diligence dans le traitement de l’eau et à la sécurité lors de la mise de l’eau à disposition du public.

L’eau destinée aux résidants de l’Ontario est puisée principalement dans les lacs Ontario et Érié. Une approche polyvalente a été adoptée pour protéger les sources d’eau, y compris des périmètres de protection des prises d’eau, des têtes de puits et des prises d’eau potable – tous inclus dans des plans de protection élaborés en partie par des comités locaux.

Périmètres de protection des prises d’eau pour l’usine de traitement d’eau potable de Windsor. Source : Office de protection des sources d’eau potable de la région d’Essex.
Périmètres de protection des prises d’eau pour l’usine de traitement d’eau potable de Windsor. Source : Office de protection des sources d’eau potable de la région d’Essex.

L’eau est traitée à plusieurs niveaux. Elle est analysée pour établir les paramètres microbiologiques et chimiques, les concentrations d’éléments nutritifs, la présence de métaux-traces et le pH (acidité). Chaque usine de traitement de l’eau de la province en effectue le traitement primaire, secondaire et tertiaire pour établir ces paramètres.

Cette méthode de traitement renforce la façon dont les politiques et la démarche scientifique assurent que le système de traitement soutient la plus vaste structure de traitement de l’eau à l’échelle nationale. Cependant, les politiques relatives à la qualité de l’eau constituent un seul côté de la médaille. La prise de mesures au niveau local par le biais de la participation de la communauté en constitue un autre aspect.

Des consultations communautaires et publiques relatives à la qualité de l’eau sont prévues dans la Loi de 2006 sur l’eau saine de l’Ontario. Grâce à la création du Comité consultatif de protection des sources d’eau de l’Ontario, les communautés locales peuvent identifier les menaces ou les risques pouvant peser sur leur eau potable, ainsi que planifier et mettre en œuvre des mesures pour réduire ou éliminer ces menaces.

En 2011, les offices de protection des sources à l’échelle de l’Ontario ont invité le public à commenter les ébauches des plans de protection des sources. Au cours de 2012, les commentaires reçus ont été pris en considération; les plans ont été parachevés puis mis en œuvre de 2013 à 2015. Ces plans de protection des sources seront mis à jour en fonction des évaluations individuelles des risques réalisées par les offices de protection des sources, qui ont pour mandat de recueillir les commentaires du public pendant cette période.

Une approche holistique de gestion de la qualité de l’eau peut empêcher des incidents comme Walkerton, Toledo et Flint de se produire à nouveau. Votre participation à la discussion au sujet de la qualité de l’eau dans votre communauté peut aider à garder les eaux potables et propices à la pêche et à la baignade.

Baignade au barrage de Burleigh Falls, en Ontario. Source : Martin Cathrae.
Baignade au barrage de Burleigh Falls, en Ontario. Source : Martin Cathrae.

 

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Raj Bejankiwar
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Rajesh Bejankiwar is a physical sciences officer at the IJC’s Great Lakes Regional Office in Windsor, Ontario.