Une source d’eau : une nouvelle manière d’envisager les réseaux d’aqueduc

11 octobre 2016
Rain barrels can hold water for later use that would otherwise end up as runoff during a storm.
Les barils d’eau de pluie sont un moyen de recueillir les précipitations et d’empêcher le ruissellement. Crédit : Winooski Natural Resources Conservation District
Les barils d’eau de pluie sont un moyen de recueillir les précipitations et d’empêcher le ruissellement. Crédit : Winooski Natural Resources Conservation District

Les villes et d’autres collectivités ont tendance à briser le cycle naturel de l’eau dans un secteur donné. En milieu naturel, l’eau tombe sous forme de précipitation, pénètre dans le sol et rejoint ultimement le réseau d’eaux souterraines, qui est relié aux eaux de surface. Une fois qu’un secteur est développé, une plus grande quantité d’eau ruisselle des surfaces dures, comme le pavé et les toits, et pénètre dans les réseaux d’égouts pluviaux. Cette eau de même que les détritus ou les contaminants (hydrocarbure, graisse, etc.) qu’elle transporte sont ensuite rejetés dans une rivière ou un lac.

Une nouvelle approche appelée « Une source d’eau » vise à instaurer un réseau plus intégré entre le développement urbain normal et la nature qui permettrait aux collectivités de considérer divers aspects de la gestion de l’eau, du prélèvement à l’utilisation de l’eau, en passant par l’évacuation des eaux usées et la gestion des eaux de ruissellement.

« Nous devons envisager l’ensemble du réseau et toute la façon dont nous utilisons et transportons l’eau comme s’il s’agissait d’un cycle intégré et d’un réseau intégré » affirme John Jackson, coordinateur du projet Greater Lakes à la Commission des Grands Lacs. « Nous ne faisons pas grand-chose (réutilisation et recyclage de l’eau) ici dans les Grands Lacs en raison du mythe selon lequel ces lacs constituent un réservoir inépuisable d’eau, mais il n’en demeure pas moins que cette eau est une ressource très précieuse. »

On s’attend à ce que les changements climatiques provoquent des tempêtes plus intenses qui accroîtront les débordements d’eaux usées et la contamination liée au ruissellement des eaux pluviales dans les réseaux d’aqueduc. De plus, le pompage excessif des réservoirs aquifères retranche de l’eau aux nappes d’eaux de surface qui dépendent de ces aquifères pour se recharger. Une telle pratique peut détruire l’habitat de poissons, d’animaux sauvages et de plantes.

Selon un rapport réalisé dans le cadre du projet Greater Lakes par la Commission des Grands Lacs, dans six collectivités situées au Michigan et en Ontario, l’utilisation de l’eau à l’extérieur a le plus de répercussions sur les taux de recharge, car la modification des restrictions imposées à l’utilisation de l’eau et les codes applicables à la plomberie ont déjà contribué à accroître les économies d’eau.

Les collecteurs d’eaux pluviales peuvent causer de graves problèmes d’érosion le long des cours d’eau et peuvent déborder en raison d’un apport d’eau trop important lors de grosses tempêtes. Parallèlement, des conduites d’eaux usées trop petites et une consommation d’eau excessive peuvent entraîner des problèmes de capacité aux usines de traitement des eaux usées. Selon M. Jackson, il y a du gaspillage, par exemple, lorsque de l’eau est utilisée une première fois pour actionner la chasse d’une toilette, et que cette eau est totalement éliminée du réseau.

En gérant le réseau dans son ensemble à l’aide de pratiques de conservation de l’eau (comme des barils d’eau de pluie) et en remplaçant certaines infrastructures, comme les égouts unitaires, les villes pourraient économiser de l’argent et restaurer le cycle de l’eau. Selon une fiche d'information du projet Greater Lakes, une telle approche aurait également d’autres avantages : elle permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre et l’énergie utilisée pour acheminer l’eau sur de longues distances.

Un jardin pluvial peut contribuer à absorber la pluie et à retenir l’eau jusqu’à ce qu’elle s’infiltre dans le sol, tout en étant bénéfique pour les plantes. Crédit : MA Watershed Coalition
Un jardin pluvial peut contribuer à absorber la pluie et à retenir l’eau jusqu’à ce qu’elle s’infiltre dans le sol, tout en étant bénéfique pour les plantes. Crédit : MA Watershed Coalition

Par exemple, toujours selon M. Jackson, une manière d’accroître l’efficacité de ces réseaux consiste à réduire la quantité d’eau qui ruisselle dans les collecteurs d’eaux pluviales. Les municipalités peuvent s’assurer que, dans la mesure du possible, les routes sont bordées par des fossés de drainage qui retiennent l’eau jusqu’à ce qu’elle puisse pénétrer dans le sol.

Les jardins pluviaux peuvent remplir la même fonction à l’échelle résidentielle, tandis que les barils et les citernes pluviaux qui permettent de recueillir l’eau du toit des maisons pour l’utiliser à d’autres fins réduisent les eaux de ruissellement et la nécessité d’utiliser plus d’eau du robinet.

M. Jackson affirme que les barils sont habituellement utilisés pour le jardinage en remplacement du boyau d’arrosage, tandis qu’une citerne peut fournir de l’eau pour les toilettes ou les laveuses. Dans les deux cas, de telles pratiques réduisent la quantité d’eau qui est rejetée dans les couteux systèmes de traitement des eaux usées. Dans certaines collectivités, notamment en Australie, à Singapore et en Californie (où l’eau est devenue une ressource rare), les gestionnaires de l’eau ont commencé à recycler l’eau usée pour d’autres usages résidentiels, y compris en tant qu’eau potable. M. Jackson souligne que de telles pratiques existent déjà pour les personnes qui vivent en aval d’une autre collectivité et dans l’ensemble des Grands Lacs (où les eaux usées traitées sont réintroduites dans le réseau d’approvisionnement en eau et sont réutilisées), mais l’idée est difficile à vendre auprès du public.

La modernisation des immeubles existants et des réseaux d’égouts est toutefois dispendieuse. Selon M. Jackson, les collectivités qui doivent remplacer leurs infrastructures vieillissantes devraient songer à des approches permettant d’économiser de l’eau, et les nouveaux développements devraient automatiquement utiliser de telles approches – les collectivités pourraient même modifier les codes du bâtiment pour les rendre obligatoires pour les nouvelles constructions.

Le projet Greater Lakes de la Commission des Grands Lacs a rendu public un certain nombre d’outils et de trousse d’information, notamment le Green Infrastructure Optimization Tool, qui permet de calculer l’incidence des divers types de développement, de sol et de précipitation à un endroit. Bien que ces outils soient destinés aux gouvernements, M. Jackson soutient que les résidents qui s’intéressent à l’infrastructure verte devraient en parler aux dirigeants locaux lors des discussions de planification ou d’infrastructure. En quelques années, l’infrastructure verte est devenue un concept qui a pris du galon, en raison de la hausse du nombre d’ingénieurs civils et de représentants qui s’y intéressent et du nombre de questions de la population sur le sujet.

Un revêtement perméable, comme l’asphalte poreux que l’on voit à la droite de la photo, permet à l’eau de percoler dans le sol sous-jacent et agit comme un filtre pour en retirer toute pollution. Crédit : EPA
Un revêtement perméable, comme l’asphalte poreux que l’on voit à la droite de la photo, permet à l’eau de percoler dans le sol sous-jacent et agit comme un filtre pour en retirer toute pollution. Crédit : EPA