Restauration de la qualité de l’habitat et combat contre les plantes envahissantes à Times Beach

30 septembre 2014

Andrew Kornacki et Craig Forgette
Corps de génie des États-Unis (USACE), district de Buffalo
Tony Friona, LeeAnn Glomski, Judy Shearer et Gary Dick
Engineer Research and Development Center

Une opération remarquable pour lutter contre les plantes envahissantes et rétablir les espèces indigènes à une populaire destination d’observation des oiseaux à Buffalo, dans l’État de New York, servira de modèle à des projets analogues dans la région des Grands Lacs et ailleurs au pays.

Le district de Buffalo et le Centre de recherche-développement technique (Engineer Research and Development Center ou ERDC) du Corps de génie de l’armée des États-Unis collaborent à un projet de démonstration pour maîtriser la propagation de quatre plantes envahissantes à la réserve naturelle de Times Beach à Buffalo.

Times Beach, une installation de confinement aménagée par l’USACE, a accueilli les déblais de dragage du chenal de navigation fédéral de la rivière Buffalo, de 1972 à 1976. En 1976, l’USACE a commencé à se servir d’une nouvelle installation.

Des communautés végétales se sont établies peu à peu dans le terrain de 45 acres, et Times Beach est devenu une destination populaire d’observation des oiseaux. Mais toutes les plantes qui y ont pris racine n’étaient pas désirables, et des plantes envahissantes ont supplanté la végétation indigène, dégradant la qualité du milieu et décourageant l’observation des oiseaux.

« Le projet cible la renouée du Japon, l’armoise, le nerprun cathartique et les graminées pérennes du genre Phragmites, toutes des plantes exotiques », explique Craig Forgette, chargé de projet au district de Buffalo. « L’équipe se concentrera surtout sur les phragmites, qui occupent plus du tiers du site et qui sont difficiles à maîtriser. »

Les phragmites sont de grandes plantes herbacées pérennes qu’on trouve sur tous les continents, sauf en Antarctique, des tropiques aux régions tempérées. Certaines espèces sont indigènes dans la région, mais les phragmites qui ont colonisé Times Beach sont sans doute eurasiens, et ils auraient été introduits par les ports de l’Atlantique.

Dans le cadre de la Great Lakes Restoration Initiative, l’équipe du projet de restauration de l’écosystème montre des façons d’éliminer et de maîtriser les plantes aquatiques envahissantes, tout en rétablissant des espèces indigènes utiles.

Tony Friona, agent de liaison des projets de l’ERDC, explique : « Quand nous avons commencé à songer à un projet de démonstration, nous avons étudié d’autres projets de lutte contre les plantes indésirables et avons remarqué qu’ils ne produisaient pas de mesures quantifiables de réussite ou d’échec du traitement contre les espèces envahissantes, du début à la fin. » Il ajoute : « Comprenant le besoin d’une étude complète, du début à la fin, nous avons établi un plan quinquennal pour combattre les espèces envahissantes et quantifier l’efficacité de notre procédé. »

Nous avons commencé par analyser les graines dans le secteur. Nous avons trouvé des graines de 41 espèces végétales, dont 22 étaient indigènes, beaucoup faisant partie des vestiges de la communauté que les phragmites avaient supplantée. Les phragmites sur pied jettent une ombre funeste sur les plantes indigènes, et ceux qui sont tombés les étouffent.

L’étape suivante du projet de démonstration a consisté à élaborer une approche de lutte antiparasitaire intégrée. Le plan établi prévoit un calendrier pour le fauchage et l’enlèvement mécaniques de grandes quantités de plantes envahissantes et pour des traitements herbicides.

La particularité du projet de Times Beach est que le site a été divisé en trois sections afin de jauger l’efficacité de chaque traitement et la capacité de chaque méthode de rétablir la végétation indigène.

Il y aura trois sections de traitement chimique, à l’imazamox, au glyphosate et à une combinaison des deux produits.

« La lutte antiparasitaire intégrée, et la rigueur avec laquelle l’équipe l’applique, distingue ce projet de tous les autres », indique Friona. « Après avoir recueilli des données sur cinq ans, nous comprendrons mieux ce qui marche, ce qui ne marche pas et comment lutter efficacement contre les espèces envahissantes à d’autres endroits dans la région des Grands Lacs et ailleurs au pays. »

Depuis l’attribution du contrat à Ecology and Environment Inc., en 2012, deux coupes mécaniques ont été faites, qui ont permis d’enlever 250 tonnes de biomasse du site de Times Beach. À l’heure actuelle, l’équipe de Ecology and Environment Inc. effectue un deuxième traitement chimique sur 31 acres.

Phragmites à Times Beach : avant fauchage et traitement chimique, en octobre 2012 (à gauche), et après la coupe mécanique, en avril 2013 (à droite). Photos : Andrew Kornacki, USACE.

Phragmites à Times Beach : avant fauchage et traitement chimique, en octobre 2012 (à gauche), et après la coupe mécanique, en avril 2013 (à droite). Photos : Andrew Kornacki, USACE.

Selon Kris Erickson, de Ecology and Environment Inc., « après la première coupe mécanique et le premier traitement herbicide, on a observé une différence notable, et la biomasse de phragmites devrait diminuer chaque année. » Il précise : « Les relevés effectués à Times Beach à l’été de 2014 après les premiers traitements chimiques et mécaniques ont révélé une importante régénération des espèces émergentes des marais qui sont indigènes, comme la renouée à feuilles de patience, la renouée faux-poivre-d’eau, la minule, le scirpe des étangs, l’alisma plantain-d’eau, le souchet comestible, la massette, l’eupatoire perfoliée, la verveine à feuilles d’ortie et la verveine hastée, ainsi que la menthe à longues feuilles. »

Travailler près de la nature entraîne son lot de difficultés. L’équipe du projet de rétablissement de l’écosystème reconnaît le besoin de lutter contre les plantes envahissantes sans perturber la faune.

Avant et après les interventions, on a fait des relevés d’oiseaux pour s’assurer que les traitements ne portent pas atteinte aux populations. Les relevés serviront aussi d’indicateurs de l’évolution de la fonction écologique du site à mesure que le projet progresse, affirme Forgette.

La démonstration progressant, les traitements chimiques et mécaniques feront toujours partie des plans annuels, mais il s’y ajoutera une troisième phase, de végétalisation. Les végétaux indigènes trouvés dans la banque de semences seront plantés en remplacement des phragmites, comme aussi d’autres espèces indigènes trouvées dans des écosystèmes analogues à proximité.

Au terme du projet de cinq ans, Times Beach sera en voie de regagner son importance pour les Grands Lacs, non seulement comme sanctuaire pour l’observation des oiseaux le long de la voie verte du Niagara, mais comme modèle de réussite à suivre.

« Qu’on ait réussi à éliminer les espèces envahissantes de Times Beach et à rétablir la population indigène, c’est une belle histoire, mais le vrai succès est encore à venir. », précise Friona. « Quand les résultats du travail de l’équipe du projet de rétablissement de l’écosystème auront été réunis, analysés, diffusés et reproduits, dans la région des Grands Lacs et dans le reste du pays, nous verrons vraiment l’importance du projet de démonstration de lutte contre les espèces envahissantes de Times Beach. »