Régulariser les niveaux d'eau du lac Michigan-Huron n'est pas une mince affaire

17 octobre 2013

Une intéressante discussion en groupe portant sur les causes de la fluctuation des niveaux d’eau, sur les facteurs contributifs possibles (notamment sur la débitance accrue dans la rivière Sainte-Claire) et sur les diverses répercussions environnementales et économiques dans le bassin des Grands Lacs a eu lieu dans le cadre de la réunion annuelle de la Commission des Grands Lacs, qui s’est tenue à Milwaukee.

Le groupe d’experts était composé de Scudder Mackey (département des Ressources naturelles de l’Ohio), de Deborah Lee (U.S. Army Corps of Engineers), de Roger Gauthier (Restore Our Water International), et de Dan Injerd (département des Ressources naturelles de l’Illinois). La séance a été animée par Jon Allan, directeur de l’Office of the Great Lakes du Michigan.

Low water levels on Lake Michigan, viewed from the tip of Old Mission Peninsula on Grand Traverse Bay, September 2013. Credit: Judy Lewis. 

Bas niveaux d’eau du lac Michigan observés depuis la pointe de la péninsule Old Mission dans la baie Grand Traverse, en septembre 2013. Photo : Judy Lewis.

À l’heure actuelle, seuls les lacs Supérieur et Ontario sont régularisés par des ouvrages, a expliqué M. Mackey. Des facteurs ayant des effets à long terme, comme les précipitations, l’évaporation, les débits entrants et sortants, les dérivations et la consommation d’eau, et des facteurs ayant des effets à court terme, comme le vent et les tempêtes, influent sur les niveaux d’eau. Les changements saisonniers de niveau d’eau sont communs en raison des précipitations, de la fonte de la neige au printemps et de l’évaporation des lacs, laquelle est plus importante durant les étés chauds et secs. La température superficielle de l’eau, la vitesse des vents et la présence ou l’absence d’une couche de glace influent également sur l’évaporation.

M. Mackey, qui a participé à l’Étude internationale des Grands Lacs d’amont, a fait remarquer que la quantité d’eau qui entre dans les lacs par les ouvrages de dérivation de Long Lac et d’Ogoki est plus importante que la quantité d’eau qui en sort par la ville de Chicago. L’ajustement glacio-isostatique, aussi connu sous le nom de « rebond postglaciaire », influe aussi sur les niveaux d’eau. Par conséquent, tout changement de niveau d’eau est exacerbé dans la région de la baie Georgienne et dans la portion nord du lac Supérieur, car le bassin est toujours déséquilibré.

Comme la capacité de régulariser les niveaux d’eau dans les Grands Lacs d’amont est limitée, l’écoulement naturel des lacs Michigan et Huron vers le lac Érié par la rivière Sainte-Claire, le lac Sainte-Claire et la rivière Detroit est un facteur déterminant des niveaux d’eau. Au cours des dernières années, le dragage effectué dans la rivière Sainte-Claire, qui remonte au début des années 1900 et qui a contribué à la hausse des débits de la rivière, exacerbant les déclins des niveaux d’eau, a fait l’objet de beaucoup de débats.

Dans les années 1960, le Canada et les États-Unis ont convenu de construire des ouvrages compensateurs dans la rivière Sainte-Claire pour régler les problèmes de niveau d’eau imputables au dragage du chenal. Or, les ouvrages n’ont jamais été construits, car la région des Grands Lacs est passée de bas niveaux records, au milieu des années 1960, à des sommets au milieu des années 1970, puis encore au milieu des années 1980.

Plusieurs organismes, notamment la Commission mixte internationale (CMI) et la CGL, ont demandé que des études additionnelles soient réalisées pour déterminer si la mise en œuvre de mesures correctives visant le déclin des niveaux d’eau dans la rivière Sainte-Claire vaut la peine si l’on tient compte des coûts, des avantages et des risques. Un rapport sommaire de la CMI a été publié en 2009, et une résolution de la CGL a été adoptée en 2007. Plus tôt cette année, la CMI a recommandé que l’on continue à étudier les possibilités de rétablir les niveaux d’eau des lacs Michigan et Huron.

D’après M. Gauthier, lorsque l’on examine les bilans hydriques des lacs à l’heure actuelle, on constate que ceux des lacs Michigan et Huron sont très déséquilibrés, ce qui prouve que la capacité de l’émissaire augmente. M. Gauthier a expliqué que la débitance de la rivière Sainte-Claire a connu une augmentation allant jusqu’à 16 %; il recommande que des ouvrages compensateurs soient installés dans la rivière Sainte-Claire, et précise que le dragage fait par le passé a exacerbé l’érosion du lit de la rivière en enlevant les cailloux du fond de la rivière Sainte-Claire et en exposant l’argile.

Cependant, M. Injerd a fait remarquer que, si des ouvrages compensateurs avaient été installés dans les années 1960, le débordement du lac Michigan, dans les années 1980, aurait été bien plus important. Il a précisé que la régularisation des niveaux d’eau dans les lacs Michigan et Huron était une affaire délicate. Il a ajouté qu’il est difficile de déterminer les niveaux optimaux, et que les effets en amont et en aval doivent aussi être pris en considération.

Le groupe d’experts s’entendait pour dire que le fait de maintenir les fluctuations inhérentes est bénéfique pour l’écosystème des Grands Lacs en général. Le groupe était également d’accord sur le fait que les effets du changement climatique seront probablement plus importants que ce que les connaissances scientifiques actuelles permettent de prévoir.