Quels sont les produits chimiques sources de préoccupations mutuelles?

09 novembre 2016

Lorsque les États-Unis et le Canada ont signé l’Accord relatif à qualité de l’eau dans les Grands Lacs de 2012, les deux pays ont convenu de dresser une liste des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles (PCSPM) : des substances fabriquées par l’homme qui constituent une menace pour la santé humaine et l’environnement que les gouvernements veulent cibler dans le cadre d’une action binationale. Les gouvernements ont convenu d’une liste initiale de PCSPM et élaborent des stratégies pour réduire leur présence dans la région des Grands Lacs et lutter contre la contamination actuelle.

En mai 2016, les huit premiers PCSPM ont été annoncés par les deux pays. La liste comprend le mercure, des produits ignifuges comme l’hexabromocyclododécane (HBCD) et les polybromodiphényléthers (PBDE), les polychlorobiphényles (PCB), les composés perfluorés (APFO, SPFO et APFC), et les paraffines chlorées à courte chaîne (PCCC). Les noms de ces produits sont aussi complexes que leurs effets sont persistants et de grande envergure, puisqu’ils peuvent s’accumuler dans les tissus et causer des problèmes de santé tant chez les animaux que chez les humains.

Le port de Hamilton, situé à l’extrémité ouest du lac Ontario, n’est que l’un des sites dans les Grands Lacs qui sont aux prises avec des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles, désignés par les États-Unis et le Canada. Photo : Environnement et Changement climatique Canada
Le port de Hamilton, situé à l’extrémité ouest du lac Ontario, n’est que l’un des sites dans les Grands Lacs qui sont aux prises avec des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles, désignés par les États-Unis et le Canada. Photo : Environnement et Changement climatique Canada

Les deux parties ont publié une série de rapports sur chacun des produits chimiques. Les chercheurs ont constaté que malgré l’interdiction de la plupart des PCB dans les années 1970 et même si leur utilisation dans des circonstances particulières comme dans des instruments scientifiques et des transformateurs a chuté depuis des décennies, les concentrations dépassent régulièrement les seuils recommandés et mènent à la publication d’avis sur la consommation de poisson dans les Grands Lacs. Cela s’explique du fait que les produits chimiques sont persistants, qu’ils sont intégrés au réseau alimentaire et qu’ils sont bioaccumulables chez les espèces des niveaux supérieurs de la chaîne alimentaire, comme le touladi ou les goélands.

Selon une série de documents publiés par un groupe de travail chargé de l’identification des PCSPM – composé d’experts des deux pays et nommés par les gouvernements - le mercure tend à diminuer dans les Grands Lacs, mais se trouve encore à des concentrations qui constituent une menace pour l’environnement et la santé humaine. En outre, un rapport de la CMI de 2015 sur les dépôts atmosphériques de mercure dans les Grands Lacs a conclu que les concentrations de mercure chez certaines espèces de poisson étaient en augmentation. Les concentrations de PBDE chez des poissons comme le doré jaune et le touladi, de même que dans les sédiments et les œufs de goéland, dépassaient les seuils sécuritaires et ne montraient alors aucun signe de diminution. Il en va de même pour les composés perfluorés, d’après le groupe de travail chargé de l’identification des PCSPM.

Un goéland couve ses œufs près de la baie Saginaw, au Michigan. D’anciens contaminants, comme les PCB, ont été trouvés dans les œufs même récemment. Photo : US Fish and Wildlife Service
Un goéland couve ses œufs près de la baie Saginaw, au Michigan.
D’anciens contaminants, comme les PCB, ont été trouvés dans les œufs
même récemment. Photo : US Fish and Wildlife Service

Mais quels sont les effets de ces produits chimiques sur les êtres vivants? Les HBCD sont toxiques pour les espèces aquatiques et peuvent causer des irritations gastro-intestinales, des voies respiratoires et de la peau chez les humains. Les PBDE peuvent causer des perturbations thyroïdiennes et métaboliques. Le mercure peut entraîner une foule de problèmes neurologiques allant de problèmes d’élocution et de motricité à des problèmes de développement cognitif chez les enfants. Les PCB peuvent causer des irritations cutanées chez les adultes et des problèmes de développement chez les enfants, ainsi que des cancers chez les animaux. Les effets des composés perfluorés ne sont pas bien connus, mais des études indiquent qu’ils pourraient être liés à une augmentation des taux de cancer.

La compilation d’une liste ne représente qu’une première étape et les gouvernements élaborent actuellement des stratégies pour lutter contre les PCSPM. En vertu de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs et de son annexe sur les PCSPM, les plans envisagés comprennent des activités de recherche, de suivi, de surveillance, ainsi que des mesures de prévention et de contrôle de la pollution. La CMI travaille également à l’élaboration d’une série de recommandations pour une stratégie sur les PBDE, dont le rapport final est prévu cet automne.

Au Canada, les huit PCSPM sont déjà visés par la liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement de 1999, ainsi que par son Plan de gestion des produits chimiques. Les PCSPM sont déjà assujettis aux efforts du gouvernement fédéral en matière de gestion des risques, qui comprennent des lignes directrices environnementales au niveau fédéral. Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) soutient également la création de lignes directrices provinciales afin d’appuyer la lutte contre les PCSPM. ECCC assure le suivi et la surveillance de la qualité de l’eau dans le bassin versant des Grands Lacs.

Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement est responsable du suivi et de la surveillance de la qualité de l’eau – y compris les effets des PCSPM – dans le bassin versant, et assure le financement de la recherche sur les tendances, la présence et les effets des PCSPM dans le cadre de l’initiative de restauration des Grands Lacs. Les produits chimiques sont réglementés aux États-Unis en fonction de la façon dont ils sont utilisés et rejetés, ainsi que de l’endroit où ils sont fabriqués. Ces règlements existent à l’échelle fédérale, étatique et locale, bien que, pour le gouvernement fédéral, ces efforts découlent de la loi réglementant les substances toxiques (Toxic Substances Control Act), dont la mise à jour la plus récente date du 22 juin 2016. Dans le Rapport d’étape des parties, le gouvernement américain indique qu’il harmonisera ses interventions fédérales avec celles des États et des administrations locales afin d’intensifier ses efforts visant particulièrement les PCSPM autour des Grands Lacs.

Les deux pays viennent de commencer le processus – la désignation des PCSPM n’était que la première étape du processus – et ils élaborent un deuxième groupe de PCSPM à ajouter à la liste binationale ainsi que des stratégies pour contrer les effets des huit produits chimiques de la liste initiale. Une période initiale de désignation, qui a permis au public de proposer des produits chimiques à prendre en considération, s’est terminée le 29 août 2016. Aucun échéancier n’établit le moment où la deuxième série de produits chimiques sera annoncée.

Des zones industrielles, comme celle-ci sur la rivière Sainte-Claire près de Sarnia (Ontario), ont toujours été des sources de polluants dans le bassin des Grands Lacs. Ces polluants figurent dans la liste des PCSPM. Photo : Environnement et Changement climatique Canada
Des zones industrielles, comme celle-ci sur la rivière Sainte-Claire près de Sarnia (Ontario), ont toujours été des sources de polluants dans le bassin des Grands Lacs. Ces polluants figurent dans la liste des PCSPM. Photo : Environnement et Changement climatique Canada

 

 

 

Kevin Bunch est un auteur spécialisé dans les communications au bureau de la Section américaine de la CMI à Washington, D.C.