Prendre les devants : apprendre comment gérer et réduire les microplastiques dans les Grands Lacs

10 mai 2016
Plastics on a beach

Mis à jour le 6 juin 2016

Peut-être avez-vous déjà vu des photos d’énormes masses d’ordures ménagères, principalement du plastique, flotter dans les océans. Au moins 100 études ont documenté la quantité et les répercussions de ces matériaux dans l’environnement océanique, et nous savons que les plastiques ne sont pas censés être dans le milieu naturel, quelle que soit leur forme. Mais que savons-nous des plastiques se trouvant déjà dans les Grands Lacs et comment pouvons-nous les empêcher de se retrouver dans les lacs?

La Commission mixte internationale (CMI) a organisé un atelier binational à la fin du mois d’avril à Windsor, en Ontario, pour répondre à ces questions, ainsi qu’à d’autres, concernant les débris de plastique et les microplastiques, en particulier. Des experts venant du Canada et des États-Unis ont été réunis, car nous pensons qu’il s’agit d’un enjeu émergent qui nécessitera plusieurs solutions et la mise en place de mesures coordonnées de la part de tous les secteurs de la société. Un atelier technique de deux jours a été organisé et une discussion de groupe publique a eu lieu en soirée le 26 avril 2016.

Plastiques sur une plage. Source : 5Gyres.
Plastiques sur une plage. Source : 5Gyres.

Les microplastiques sont de petites particules (5 mm ou moins) créées lorsque des débris de plastique plus gros se dégradent, à partir d’objets tels que les sacs, les bouteilles, les boîtes et les pailles en plastique, les fibres des tissus synthétiques, les bouchons et les couvercles, et les mégots de cigarettes. Ils peuvent également pénétrer dans les lacs sous forme de microbilles, que l’on trouve dans les produits nettoyants, tels que les gommages pour le visage et le dentifrice (consultez nos séries précédentes sur les microplastiques pour en savoir plus). Une étude a démontré que les particules de microplastique représentaient le pourcentage le plus élevé de plastiques déjà présents dans les eaux des Grands Lacs, soit 80 %. Les débris de plastique et leurs particules décomposées peuvent persister pendant des années, des décennies et même des siècles dans l’eau, et peuvent être ingérés par les organismes aquatiques. Cela peut avoir des répercussions sur ces organismes aquatiques ainsi que d’autres organismes dans le réseau trophique.

Gordon Walker (au centre), président canadien de la CMI, aborde les prochaines étapes avec les participants de l’atelier. Source : archives de la CMI.
Gordon Walker (au centre), président canadien de la CMI, aborde les prochaines étapes avec les participants de l’atelier. Source : archives de la CMI.

Plus de 35 experts, provenant d’organismes scientifiques, gouvernementaux, industriels et citoyens, se sont réunis à notre atelier à Windsor pour faire le bilan de ce que nous savons déjà sur les microplastiques dans les Grands Lacs et envisager des façons de les empêcher d’atteindre les lacs en gérant le cycle de vie des débris de plastique dans sa totalité. Un présentateur a indiqué que, dans les eaux littorales des lacs Ontario et Érié, les quatre principales catégories de microplastiques observées étaient des fragments, des microbilles, des lignes et des fibres (voir la figure 2). La présence et l’abondance de ces matériaux peuvent être influencées par les vents, les courants et les tempêtes de pluie qui peuvent transporter des matériaux dans les lacs. Il a été déterminé que le polyéthylène constituait le type de plastique dominant présent dans les lacs.

Source : Paul Helm, ministère de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l’Ontario, avril 2016.
Source : Paul Helm, ministère de l’Environnement et de l’Action en matière de changement climatique de l’Ontario, avril 2016.

 

Fragments (litter, plastics molding industry)

Fragments (déchets, industrie de moulage par injection plastique)

Microbeads (personal care products)

Microbilles (produits de soins personnels)

Line/Fibers (rope, line/net, clothing, cig butts) Ligne/fibres (corde, ligne/filet, vêtement, mégots de cigarettes)
Foam (packing, food containers, insulation) Mousse (emballage, contenants alimentaires, matériaux d’isolation)
Film (plastic bags, wrapping) Film (sacs en plastique, emballage)
Production Pellets Pastilles issues des procédés de production
Figure 2: Average percentage contributions of different categories of microplastic particles found in 2014 sampling of Lake Ontario and Lake Erie nearshore waters using a net with 363 micrometer openings. Figure 2 : Pourcentage moyen des contributions des différentes catégories de particules de microplastique décelées dans les échantillonnages de 2014 effectués dans les eaux du littoral du lac Ontario et du lac Érié à l’aide d’un filet comportant des ouvertures de 363 micromètres.

 

Les participants à l’atelier ont clairement indiqué que tous les rapports scientifiques n’aboutiraient pas aux résultats présentés dans la figure 2; toutefois, ils ont convenu que les particules de plastique n’avaient pas leur place dans les Grands Lacs et que les eaux usées étaient une des voies de pénétration des particules de plastique dans les lacs. Lorsque les ménages ou les industries déversent ces particules de plastique dans les égouts, la plupart des usines de traitement des eaux usées ne disposent pas de la technologie nécessaire pour les éliminer de l’eau traitée qu’elles rejettent.

Les deux gouvernements fédéraux effectuent des recherches sur les sources et les effets des microplastiques en vue d’élaborer des politiques et des programmes de sensibilisation qui réduiront l’introduction de plastiques dans les lacs. Parallèlement, des programmes volontaires de nettoyage des plages au Canada par le biais du programme  Le Grand nettoyage des rivages canadiens  et aux États-Unis par l’intermédiaire du programme  Adopt-a-Beach de l’Alliance for the Great Lakes, confirment que les déchets laissés par les gens qui fréquentent les plages sont une autre source de plastique dans les lacs. Les bénévoles qui nettoient les plages consignent le nombre et le type de débris et aident ainsi les scientifiques à comprendre cette voie de pénétration du plastique dans les lacs.

En 2015, plus de 6,3 millions de kg (7 000 tonnes) de débris ont été ramassés à 348 emplacements dans le cadre des nettoyages réalisés grâce au programme Adopt-a-Beach, et 85 % de tous les débris étaient partiellement ou entièrement composés de plastique. Les petits déchets (25 mm ou moins) représentaient la plus importante catégorie de débris, avec 33 % du nombre total d’articles recueillis. Parmi ces petits déchets, 88 % étaient des objets de plastique et de mousse. Des résultats semblables ont été obtenus du côté canadien, où plus de 15 000 kg (16,5 tonnes) de déchets ont été récupérés sur 263 plages des Grands Lacs et toutes, sauf deux des dix principales catégories de déchets, étaient des objets en plastique.

Source : Susan Debreceni, Le Grand nettoyage des rivages canadiens, 2016.
Source : Susan Debreceni, Le Grand nettoyage des rivages canadiens, 2016.
What did our volunteers find around the Great Lakes? (2015) Qu’ont trouvé nos bénévoles autour des Grands Lacs? (2015)
Litter item Types de déchets
1. Cigarette Butts 1. Mégots de cigarette
2. Food Wrappers 2. Emballages alimentaires
3. Plastic Bottle Caps 3. Bouchons de bouteilles en plastique
4. Beverage Bottles 4. Bouteilles à boissons diverses
5. Straws and Stirrers 5. Pailles et bâtonnets à mélanger
6. Beverage Cans 6. Canettes
7. Plastic/Foam Packaging 7. Emballage en plastique/mousse
8. Other Plastic Bags 8. Autres sacs en plastique
9. Plastic Lids 9. Couvercles en plastique
10. Metal Bottle Caps 10. Bouchons de bouteilles en métal
11. Plastic Grocery Bags 11. Sacs d’épicerie en plastique
12. Paper Cups and Plates 12. Gobelet et assiettes en papier
Count

Nombre

Alors qu’une récente interdiction fédérale aux États-Unis visant les produits nettoyants à rincer et les dentifrices contenant des microbilles – ainsi que les mesures attendues au Canada – permettra de gérer l’une des composantes de la pollution par les microplastiques en réduisant leur introduction dans les Grands Lacs, les participants à l’atelier ont convenu que plusieurs autres mesures étaient nécessaires pour véritablement empêcher le même niveau de contamination par les microplastiques et les répercussions négatives sur les Grands Lacs déjà observés dans l’environnement océanique. Ils sont en train d’élaborer des recommandations que la CMI doit envisager de communiquer aux gouvernements canadiens et américains concernant les besoins en matière de recherche, de gestion des déchets de plastique, de réduction et de prévention, d’éducation et de sensibilisation.

Les participants à l’atelier technique ont hiérarchisé les recommandations formulées au sujet des microplastiques. Source : archives de la CMI.
Les participants à l’atelier technique ont hiérarchisé les recommandations formulées au sujet des microplastiques. Source : archives de la CMI.

Les participants à l’atelier ont convenu que des travaux de recherche supplémentaires et de nouvelles politiques sont nécessaires pour encourager une meilleure gestion des déchets dans toute la région des Grands Lacs. Ils ont également convenu que tous les citoyens de la région des Grands Lacs pouvaient aider à réduire la quantité de microplastiques qui pénètre dans les lacs en réutilisant, en recyclant et en éliminant soigneusement les plastiques. Les participants à l’atelier examineront une ébauche de rapport élaboré par le personnel de la CMI, et la Commission pourrait émettre une série de recommandations à l’intention des gouvernements d’ici la fin de l’année 2016.

Le moment est venu de terminer les études scientifiques nécessaires et d’adopter le principe de la prudence en mettant en œuvre des politiques qui empêcheront les Grands Lacs de devenir un dépôt de débris de plastique comme les océans. Un élan a déjà été créé pour reconnaître cette question au moyen de l’interdiction des microbilles, et la CMI pourrait émettre ses recommandations après d’autres consultations auprès des participants à l’atelier.

Ce que vous pouvez faire : Entre-temps, voici quelques ressources offrant de plus amples renseignements et des idées proposées par d’autres organisations que vous pouvez envisager dans vos actions quotidiennes : Comment dire NON! aux microplastiques

How to just say NO! to microplastics Comment dire NON! aux microplastiques
Don’t buy personal care products (toothpaste, facial scrubs and exfoliating cleansers and creams, sunscreens) that contain polyethylene, polypropylene, polymethyl methacrylate or nylon beads. N’achetez pas de produits de soins personnels (dentifrice, gommages pour le visage, crèmes et nettoyants exfoliants, écrans solaires) qui contiennent des billes de polyéthylène, de polypropylène, de méthacrylate de polyméthyle ou de nylon.
Do buy exfoliants or scrubs that use natural abrasives like crushed walnut or apricot shells or cocoa beans. Achetez plutôt des exfoliants ou des gommages qui utilisent des abrasifs naturels tels que des coquilles de noix, des noyaux d’abricot ou des fèves de cacao broyés.
Download the microbead app to check products before buying at GET.BEATTHEMICROBEAD.ORG Téléchargez l’application Beat the Microbead pour vérifier les produits avant de les acheter en consultant le lien GET.BEATTHEMICROBEAD.ORG
Reduce your use of plastics by using refillable water and pop containers and switching to reusable food containers instead of plastic bags, recycle all plastics you do use, and refuse plastic bags at stores by taking your own cloth bags. Réduisez votre utilisation de plastique en vous servant de contenants à eau et à soda réutilisables, et en utilisant des contenants alimentaires réutilisables plutôt que des sacs en plastique, recyclez tous les plastiques que vous utilisez et refusez les sacs en plastique des magasins en emportant vos propres sacs en tissu.
Purchase natural textiles such as cotton, silk and wool instead of fleece or acrylic. Achetez des textiles naturels tels que le coton, la soie et la laine plutôt que le molleton ou l’acrylique.

Pour en savoir plus, veuillez consulter la Campagne internationale contre les microbilles dans les cosmétiques

Beauty Stuff Inc. Beauty Stuff Inc.
Exfoliating Exfoliant Now with Microbeads Maintenant avec des microbilles
For more information go to International Campaign Against Microbeads in Cosmetics Pour en savoir plus, veuillez consulter la Campagne internationale contre les microbilles dans les cosmétiques
http://beatthemicrobead.org http://beatthemicrobead.org
or ou
www.greenfacts.org/microplastics www.greenfacts.org/microplastics
International Joint Commission Commission mixte internationale
www.ijc.org www.ijc.org

Note de la rédaction : Ce reportage a été mis à jour le 6 juin 2016 pour inclure des renseignements supplémentaires sur les conférenciers à l’atelier et pour clarifier les points concernant la classification des microplastiques.s relating to how microplastics are categorized.