À partir du travail de communication-sensibilisation effectué dans deux réseaux fluviaux, le Conseil international de contrôle du lac Osoyoos dispose désormais d’un modèle informatique hydrologique complet qui couvre l’ensemble du bassin de ce lac.
Le modèle en question, décrit en détail dans le récent rapport final de l’Étude de vulnérabilité (en anglais seulement), combine trois modèles informatiques de réalisation récente qui couvrent le lac Osoyoos, le bassin amont de la rivière Okanagan et le bassin de la rivière Similkameen qui rejoint la rivière Okanogan, en aval du lac Osoyoos. Selon Martin Suchy, hydrologue à Environnement et Changement climatique Canada et secrétaire canadien du Conseil international de contrôle du lac Osoyoos, les rivières Okanagan et Similkameen influent sur le niveau de l’eau du lac Osoyoos, et il est essentiel de comprendre comment l’eau circule dans ces réseaux dans différentes conditions pour comprendre les réactions du lac Osoyoos. Une ordonnance de la Commission mixte internationale (CMI) vise à équilibrer les besoins auxquels répond le lac Osoyoos en ce qui concerne le stockage de l’eau, les activités de loisir et les habitats essentiels qu’il procure.
Ce modèle est également précieux pour le Conseil qui s’efforce de respecter l’ordonnance opérationnelle de la CMI. Cette dernière exige que les niveaux d’eau soient maintenus tout au long de l’année dans une plage précise connue sous le nom de courbe de niveaux. En 2013, la CMI a émis une ordonnance supplémentaire (en anglais seulement) qui donne des directives à jour fondées sur les études menées dans les années 2000 et sur les réactions des utilisateurs d’eau et des résidents de la région. Pour Martin Suchy, cette ordonnance supplémentaire permet d’appliquer la technique de la gestion adaptative au niveau du lac Osoyoos par une différenciation des années normales et des années de sécheresse, et par le biais d’une plus grande souplesse opérationnelle quand les conditions de sécheresse sont respectées. Au cours des dernières années, le Conseil a connu de fréquentes sécheresses où les volumes de crues nivales des deux rivières étaient inférieurs à la moyenne.
M. Suchy précise qu’en 2019, lorsqu’il a été question de la nécessité de disposer de tels modèles et de les élaborer « il était devenu évident que plus aucune année ne présentait des conditions normales ». « Nous avions affaire à des extrêmes. Nous avions connu des années avec des inondations, des années où le niveau du lac avait été élevé et d’autres où il y avait eu des sécheresses. »
Scott Vanderkooi, coprésident américain du Conseil et directeur du centre Osoyoos de la U.S. Geological Survey Washington Water Science Center, indique que ce travail de modélisation s’appuie sur les travaux du Canadian Okanagan Basin Water Board (OBWB) (en anglais seulement), une organisation nationale qui favorise la gestion collaborative du bassin de la rivière Okanagan. L’OBWB avait confié à Northwest Hydraulic Consultants (NHC) un projet de modélisation de la cartographie des crues, qui a produit un modèle hydrologique du réseau fluvial axé sur les niveaux et les risques d’inondation.
M. Vanderkooi précise que le Conseil d’Osoyoos a décidé d’élaborer un modèle hydrologique du bassin de Similkameen au moment où l’OBWB était sur le point d’achever son travail.« On comprenait mal la façon dont le comportement hydrologique de la Similkameen pourrait changer à l’avenir, car ce cours d’eau peut présenter un débit nettement plus élevé que celui de l’Okanagan lors d’une crue nivale, tandis qu’il est souvent en condition d’étiage ».
Les travaux sur la rivière Okanagan se sont terminés vers 2020, et c’est en 2021 que NHC a débuté ceux sur la Similkameen. Selon M. Vanderkooi, l’OBWB a beaucoup cartographier les élévations au Canada et le Conseil de l’Osoyoos a été en mesure d’étendre cette cartographie à la partie américaine du réseau grâce à un financement de l’Initiative internationale sur les bassins hydrographiques (IIBH) versé par l’entremise de la CMI. L’IIBH est assortie d’un cadre de financement des projets qui aident les conseils de la CMI à déterminer l’impact d’un climat changeant sur leurs responsabilités et leurs fonctions. Des cartes d’élévation précises et à haute résolution constituent l’épine dorsale des modèles hydrologiques, car elles montrent où l’eau est susceptible de s’écouler et quelle est la capacité de stockage des lacs et des réservoirs.
Une fois les modèles hydrologiques individuels établis pour les bassins de l’Okanogan et de la Similkameen, le Conseil a confié à NHC la tâche de refaire le modèle de l’Okanagan en fonction d’un faible débit. Les rivières Similkameen et Okanogan se rejoignent juste au sud du lac Osoyoos et, en situation de débit élevé, la confluence des deux cours d’eau peut être le siège d’un phénomène de refoulement dans le lac Osoyoos assorti d’une élévation du niveau d’eau. Les deux réseaux hydrographiques sont reliés, et ils sont tous deux essentiels pour fournir de l’eau aux utilisateurs en aval.
Ce travail a débouché sur un modèle intégré capable d’exécuter des projections climatiques par la simulation hydrologique de la Similkameen, de l’Okanagan et du lac Osoyoos. De plus, il comprend un « modèle opérationnel » qui tient compte de l’exploitation du barrage Zosel à l’extrémité aval du lac Osoyoos et des barrages supplémentaires en amont du lac Okanagan. Il en découle une vue d’ensemble de la façon dont les différentes conditions et décisions opérationnelles influeront sur les niveaux d’eau dans l’ensemble du réseau.
Selon le rapport final, les données climatiques locales prévoient que les bassins de l’Okanagan et de la Similkameen connaîtront des crues printanières plus faibles, des débits estivaux plus également faibles et davantage de précipitations en hiver dans des scénarios futurs d’augmentation des températures.
À partir de ces changements envisagés, les données disponibles suggèrent que le niveau d’eau du lac Osoyoos devrait baisser en raison de crues printanières plus faibles et qu’il pourrait finir par être plus vulnérable aux conditions de sécheresse.
Les résultats du modèle soulignent l’importance de poursuivre le travail entrepris pour comprendre et gérer les eaux et le bassin que se partagent les deux pays, aujourd’hui et à l’avenir. Il est certes impossible de contrôler les conditions météorologiques qui régneront au niveau du lac Osoyoos, mais de meilleurs renseignements permettront au Conseil d’être mieux préparé à faire face aux circonstances extrêmes.
Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C. and serves as the executive editor for the Shared Waters newsletter.