Même à l’aide de structures, les changements de niveau d’eau des Grands Lacs prendront du temps

20 mai 2013

Si vous vivez dans la région des Grands Lacs, vous êtes probablement préoccupé par de faibles niveaux d’eau soutenus et par les effets qu’auront sur la situation le récent Avis aux gouvernements de la CMI.

La Lake Charlevoix Association a récemment commandité une présentation à ce sujet à la Boyne City High School du Michigan, à laquelle participait Lana Pollack, présidente de la section américaine de la CMI.

En définitive, a fait remarquer Madame Pollack, on s’attend à ce que le communiqué officiel de la CMI sur l’Étude internationale des Grands Lacs d’amont adressé aux gouvernements canadien et américain donne lieu à une modification de la réglementation concernant les débits du lac Supérieur qui sera bénéfique pour la navigation, la pêche et l’écologie de la région immédiate, surtout en présence de conditions extrêmes.

Cependant, le nouveau plan de régularisation du lac Supérieur est considéré comme une amélioration graduelle par rapport au plan « 1977A », en vigueur depuis 1990, et il ne mènera pas à un grand changement des niveaux d’eau des lacs en général. Pour aller de l’avant, il faudra donc utiliser des stratégies de gestion adaptative, par exemple utiliser un plus grand nombre de limnimètres de surveillance pour faire le suivi de l’évaporation, de l’érosion et d’autres phénomènes, ce qui aidera les gouvernements, les entreprises et les individus à prendre des décisions plus réalistes quant à leurs quais, à la gestion de leurs ports et à leurs investissements en infrastructures. 

A boat on Lake Charlevoix. Credit: abarndweller.Près de 500 personnes ont assisté à la présentation du 6 mai à Boyne City, à laquelle participaient également Jennifer McKay, spécialiste de la politique au Tip of the Mitt Watershed Council de Petoskey, et Roger Gauthier, hydrologue sénior à la retraite de l’Army Corps of Engineers des États-Unis et fondateur de l’organisme Restore Our Waters International. 

Madame Pollack a souligné que pendant une période ininterrompue de 14 ans, les niveaux d’eau dans les lacs Michigan et Huron ont été faibles. Ces faibles niveaux ont été causés par un manque d’approvisionnement en eau, une évaporation accrue, des années de couverture de glace moindre sur les lacs et des températures de l’eau plus élevées associées au changement climatique. La dérivation à la hauteur de Chicago occasionne un débit sortant dans le bassin du Mississippi, mais l’Étude internationale des Grands Lacs d’amont et d’autres analyses ont conclu que son volume n’était pas suffisant pour être à l’origine des faibles niveaux d’eau des lacs Michigan et Huron.                                                             

De plus, les dérivations vers le lac Supérieur compensent largement le débit sortant à Chicago (voir illustration ci-dessous). Structures de contrôle et dérivations existantes, et effet des dérivations sur le niveau des lacs (tiré de l’Avis aux gouvernements de la CMI, avril 2013) 
 

La modification des canaux touche aussi les niveaux d’eau, surtout dans la rivière Sainte­Claire, à cause des travaux de dragage au début des années 1960 et de l’érosion subséquente abaissant le niveau des lacs Michigan et Huron de jusqu’à 25 centimètres (10 pouces) au total, selon l’Étude internationale des Grands Lacs d’amont de la CMI. 

L’Avis aux gouvernements de la Commission sur les conclusions et les recommandations de l’Étude internationale des Grands Lacs d’amont presse les gouvernements canadien et états­unien d’approfondir leur examen des effets causés par l’installation de moyens de contrôle ajustables, par exemple des seuils noyés ou des ralentisseurs dans la rivière Sainte-Claire, afin d’élever les niveaux des lacs Michigan et Huron de 13 à 25 centimètres (environ 5 à 10 pouces). Il s’agit de se concentrer sur une option qui pourrait principalement atténuer la situation durant les périodes de bas niveaux d’eau, sans exacerber les conditions lorsque ces niveaux sont élevés.

Si on donne suite à une telle solution, il est important de noter que la pleine efficacité de ces structures ne sera pas atteinte immédiatement; cela pourrait prendre jusqu’à dix ans après leur construction pour obtenir les résultats attendus, selon les conditions hydrologiques. 

Madame Pollack a dit aux personnes présentes à Boyne City qu’elle souhaiterait pouvoir en faire plus pour régler le problème. À vrai dire, elle n’a pas signé l’Avis, ce qui témoigne de sa préoccupation à l’endroit des effets négatifs potentiels en aval d’une structure et de l’attention insuffisante accordée au changement climatique comme facteur sous-jacent menant à ce qu’elle appelle des « faux espoirs ». Il serait en effet illusoire de penser que des structures seraient suffisantes pour régler les problèmes causés par les faibles niveaux d’eau, a-t-elle fait remarquer. 

Alors que le processus de mise en œuvre du nouveau plan de régularisation du lac Supérieur va de l’avant et que les gouvernements étudient l’Avis de la CMI, la gestion adaptative et la planification ont toujours un rôle important à jouer. Dans ses commentaires, Madame Pollack a insisté sur l’extrême importance d’un financement continu de la surveillance, de la modélisation et de la coordination binationale nécessaires pour appuyer la gestion adaptative. 

À cette fin, le CMI recommandera une stratégie de gestion adaptative visant les conditions extrêmes de niveau d’eau dans le bassin des Grands Lacs, ainsi que la création d’un Conseil consultatif des niveaux pour défendre la stratégie de gestion adaptative proposée pour tout le réseau des Grands Lacs et du Saint-Laurent et participer à son administration. 

Une équipe de travail de la CMI s’est déjà attelée à la tâche.