Levelling the Lake, de l’auteur Jamie Benidickson, relate la régularisation des eaux dans le bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie

18 novembre 2019
levelling the lake cover

Tandis que de nouvelles difficultés nous rappellent l’importance de bien gérer et gouverner nos bassins versants en Amérique du Nord et ailleurs, le fait de connaître les réussites et les échecs du passé peut offrir de précieuses perspectives. Levelling the Lake, un nouveau livre sur la régularisation des eaux dans le bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie, dresse l’inventaire des solutions juridiques et institutionnelles à tout un enchaînement de problèmes de gestion des ressources et de l’environnement, des deux côtés de la frontière canado-américaine. Levelling the Lake a été publié en couverture rigide plus tôt cette année.

Depuis plus de 150 ans, le bassin versant du lac des Bois subit les impacts de très nombreuses interventions humaines qui se répercutent de façon marquée sur l’environnement. Mentionnons entre autres les activités liées à l’exploitation des ressources et à l’industrie, à commencer par les projets du tout début entrepris le long de la rivière à la Pluie, ainsi que par les activités de coupe du bois et d’estacades, de même que les projets d’extraction d’or et de fer, et l’instauration d’un réseau transfrontalier de production de pâtes et papiers.

Dans le même temps, déversoirs, barrages de rétention d’eau et installations hydroélectriques altéraient les fluctuations naturelles du débit et du niveau des lacs régularisés. La surexploitation massive a dévasté la pêche à l’esturgeon jadis de renommée mondiale, tandis que des barrages hydroélectriques ont transformé les habitats et les aires de reproduction du poisson. L’agriculture riveraine, y compris celle du riz sauvage, a aussi été perturbée.  

Au milieu du XXe siècle, les développements miniers – notamment l’extraction de fer à Steep Rock – ont généré des volumes sans précédent de matériaux sédimentaires et de résidus. Dans les années 1960 et 1970, les effets dévastateurs sur la santé des rejets de mercure ont été tragiquement ressentis par les communautés autochtones au nord du réseau du lac des Bois et de la rivière à la Pluie. Les usages récréatifs aussi ont contribué à des modifications imprévues de la qualité de l’eau, que ce soit à cause du déversement de carburant, de la manutention de déchets ou de l’introduction d’espèces non indigènes.

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Photo montrant une mine d’or en opération sur les berges du lac. Source : Lake of the Woods Museum, Kenora

 

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Photo montrant le Holst Point Lodge, un centre de villégiature estival. Source : Lake of the Woods Museum, Kenora

 

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Photo montrant une usine dépendante de l’énergie hydraulique du lac des Bois. Source : Lake of the Woods Museum, Kenora

 

À l’origine, la CMI a commencé à faire des enquêtes de référence sur la régularisation du niveau dans le cas du réseau du lac des Bois et de la rivière à la Pluie, en s’intéressant à la puissance de l’eau et à la capacité du réservoir plutôt qu’à la qualité de l’eau.

Depuis le tournant du XXe siècle, si ce n’est avant, la population affiche des réactions critiques voire indignées à cause de la perturbation et de la transformation de l’environnement dues au développement industriel. Des inspecteurs des pêches, des responsables de la santé publique, des pionniers de la conservation, des chercheurs associés à la CMI et des représentants des Première Nations qui ont observé la détérioration de la pêche ou de la récolte de riz sauvage se sont alors fait les porte-paroles de ces protestations. Ceux allaient reprendre ce flambeau plus tard, ainsi que des particuliers et des groupes communautaires préoccupés, allaient continuer d’exprimer leur déception, leur appréhension ou même leur inquiétude au sujet de l’environnement.

Dans les années 1960, des études sur la pollution menées par la CMI le long de la rivière à la Pluie ont fait ressortir la nécessité d’entreprendre des actions d’assainissement global si l’on voulait régler la détérioration des conditions le long des cours d’eau communs aux deux pays. Un demi-siècle plus tard, en 2010, les préoccupations relatives à la qualité de l’eau dans le bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie ont convaincu le Canada et les États-Unis d’inviter la CMI à faire le point sur les ententes binationales existantes en matière de gestion du bassin versant.

De nombreux enjeux retiennent l’attention, allant de la prolifération d’algues aux espèces envahissantes, comme l’écrevisse américaine et l’agrile du frêne, en passant par la fluctuation du niveau de l’eau qui nuit à la biodiversité et favorise l’érosion des berges. Les répercussions des activités minières et hydroélectriques ainsi que l’incidence incertaine des changements climatiques font également partie des préoccupations. Comme l’explique Levelling the Lake, l’exploitation des ressources naturelles et l’hydroélectricité, conjuguées à la croissance démographique et à l’utilisation récréative, ont laissé leur marque cumulative.

En 2019, alors que le Conseil canadien de contrôle du lac des Bois célèbre son centenaire et que le Conseil international de contrôle du lac des Bois et de la rivière à la Pluie de la CMI poursuit son mandat, des questions se posent inévitablement : Pouvons-nous faire mieux? Ce bassin hydrographique pourra-t-il être efficacement protégé avant qu’une crise n’éclate?

Levelling the Lake donne à penser que la collaboration institutionnelle transfrontalière soutenue, comme l’illustre l’histoire du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie, pourrait beaucoup contribuer à la connaissance de nos défis communs et à la mobilisation des ressources nécessaires pour y faire face. En effet, comme le soutient le livre, l’influence de la CMI fait déjà partie « d’un héritage important ayant consisté à intégrer et à défendre, sinon à pleinement protéger, les dimensions précieuses du patrimoine naturel ».