Les résidents de la région des Grands Lacs font salle comble aux assemblées publiques de la CMI pour exprimer leurs idées et inquiétudes

21 avril 2017
Issues raised during the Great Lakes public meetings in 2017.

 

Les participants ont soulevé plusieurs questions clés durant les assemblées publiques sur les Grands Lacs
Les participants ont soulevé plusieurs questions clés durant les assemblées publiques sur les Grands Lacs, tel qu'il est décrit ci-dessous. Images : CBS News, Syracuse News, CMI, Environmental Media Associates, FLOW, Tipp of the Mitt Watershed Council, Education in the World

Les salles étaient combles lors des cinq assemblées publiques de la CMI sur les Grands Lacs tenues au Canada et aux États-Unis du 21 au 29 mars à différents endroits dans le bassin. Les gens étaient venus pour écouter les présentations et en apprendre davantage sur des sujets reflétant les enjeux locaux en lien avec la santé de l’écosystème des Grands Lacs et pour partager leurs propres idées et inquiétudes.

La CMI a tenu ces assemblées afin de recueillir des commentaires sur le rapport d'étape des gouvernements publié l’automne dernier et sur sa propre ébauche du Rapport d’évaluation des progrès publiée en janvier ainsi que pour aborder les enjeux d’intérêt pour les résidents de la région des Grands Lacs. Tous les commentaires – des présentateurs et du public – seront examinés en tant que rétroaction du public dans un Rapport triennal d’évaluation (RTE) des progrès final qui sera publié plus tard cette année. Le rapport fait partie des responsabilités de la CMI qui consistent notamment à évaluer les progrès réalisés par le Canada et les États-Unis tous les trois ans en vue d’atteindre les objectifs de l’Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs, y compris de recueillir des commentaires sur le Rapport d’étape des Parties (REP) des gouvernements. La rétroaction du public est essentielle à l’évaluation que doit faire la CMI et au respect de l’obligation qu’elle a de présenter les commentaires reçus du public en vertu de l’Accord. La CMI remercie toutes les personnes qui ont participé aux assemblées et partagé leurs idées et inquiétudes. Une période de consultation publique sur les rapports s’est terminée le 15 avril.

Voici quelques‑uns des enjeux soulevés le plus souvent au cours des six assemblées : les coupures proposées dans le financement américain de l’initiative de restauration des Grands Lacs (GLRI pour Great Lakes Restoration Initiative); les risques que représentent les centrales nucléaires et le stockage et le transport des déchets nucléaires; les menaces qui pèsent sur les lacs à cause du pipeline 5 d’Enbridge passant sous le détroit de Mackinac; l’accès à de l’eau potable à un prix raisonnable et le rôle du ruissellement agricole et des infrastructures urbaines en ce qui concerne la prolifération d’algues nuisibles et la pollution des lacs. Les enjeux qui ont été mentionnés à toutes les assemblées sont le ruissellement agricole, la désignation des radionucléides à titre de produit chimique source de préoccupations mutuelles et la menace que représentent les carpes asiatiques pour les lacs.

Des vidéos de chacune des assemblées ainsi qu’une vidéo récapitulative sont disponibles sur le site ParticipatezCMI.org. Voici un résumé des présentations données et des commentaires reçus aux assemblées.

Détroit

Deux séances ont eu lieu au Outdoor Activity Center du ministère des Ressources naturelles du Michigan à Détroit, au Michigan, le mardi 21 novembre : une table ronde en après‑midi à laquelle ont participé des scientifiques, des chefs d’organisations non gouvernementales, des citoyens et d’autres personnes pour discuter des enjeux uniques auxquels fait face la collectivité de Détroit; et une assemblée publique en soirée.

Au cours de l’après‑midi, les enjeux soulevés comprenaient notamment l’accès à de l’eau propre à un prix abordable, les menaces que représente le budget proposé aux États-Unis en ce qui concerne le financement continu des projets de restauration locaux et régionaux, et l’intégration des sciences sociales et de la justice et de l’économie de l’environnement au travail de la CMI sur les Grands Lacs, ainsi que les réponses précises à l’ébauche du RTE de la CMI.

Leila Meikas de Detroiters Working for Environmental Justice, William Copeland du East Michigan Environmental Action Council, Sandra Turner-Handy du Michigan Environmental Council et Sylvia Orduño de la Michigan Welfare Rights Organization ont demandé à la CMI d’aborder plus en détail l’accès équitable à de l’eau propre et la justice environnementale dans le RTE final. « Il existe une distance politique entre les gens et l’intérêt porté à l’eau qui fait en sorte que les entreprises peuvent extraire de l’eau (Grands Lacs) à un coût moindre que celui que devrait payer une personne vivant dans la pauvreté », a dit Sylvia Orduño. « La protection de l’ensemble des Grands Lacs doit revenir à la base, à l’échelle de chaque foyer, afin que tout le monde comprenne de quelle façon la justice environnementale, l’abordabilité et la santé publique sont liées à la qualité de l’eau des Grands Lacs. » D’autres participants ont encouragé la CMI à faire participer des spécialistes en sciences sociales et en économie au sein de ses conseils consultatifs sur les Grands Lacs pour accroître l’éventail de sujets et de recherches qu’ils peuvent fournir à la CMI.

detroit public meeting
L’assemblée publique qui s’est déroulée en soirée à Détroit (ci dessus), et des participants faisant la file pour présenter leurs commentaires (ci dessous). Photos : CMI

participants line up

Ces enjeux et d’autres encore ont été soulevés par le public lors de l’assemblée en soirée après de courtes présentations axées sur la potabilité et la « baignabilité » (caractère propice à la baignade) des eaux des Grands Lacs à l’échelle locale. Les participants ont exprimé des préoccupations quant à la menace posée par les radionucléides résultant d’émissions potentielles des centrales nucléaires existantes et par les propositions de stockage et de transport de déchets nucléaires dans la région, et demandé que les radionucléides soient inscrits sur la liste des produits chimiques sources de préoccupations mutuelles (PCSPM) par les gouvernements. Ceux qui ont pris la parole ont aussi demandé avec insistance que le pipeline 5 d’Enbridge passant sous le détroit de Mackinac soit fermé et que le pétrole soit plutôt transporté sur terre, où un déversement pourrait être confiné plus complètement que dans les lacs. Des propositions ont aussi été présentées pour désigner la rivière Détroit à titre de site du patrimoine mondial de l’UNESCO, établir le lac Érié comme parc marin binational depuis la pointe de l’île Pelée jusqu’à l’embouchure de la rivière Détroit et pour faire face à la menace imminente que représente la carpe asiatique pour les lacs.

Sarnia

Les participants à la table ronde publique
Les participants à la table ronde publique organisée à Sarnia sont accueillis par le président de la section canadienne de la CMI Gordon Walker. Photo : Jeff Kart

Des résidents demeurant depuis le nord de l’Ontario jusqu'au Mid‑Ohio se sont déplacés pour assister à la table ronde publique tenue en après‑midi au centre communautaire Lochiel Kiwanis dans la ville de Sarnia, en Ontario, le 22 mars. Après la tenue de présentations sur les progrès accomplis pour assainir le secteur préoccupant de la rivière Sainte‑Claire et sur les produits chimiques sources de préoccupations mutuelles (PCSPM) ainsi que sur l’agriculture durable et la prolifération d’algues nuisibles, les participants ont abordé ces sujets en petits groupes. Les discussions ont porté, entre autres, sur le besoin : d’assurer un financement adéquat pour l’assainissement des secteurs préoccupants toxiques; de désigner les radionucléides et d’autres produits chimiques en tant que PCSPM plus rapidement; de déterminer les produits pharmaceutiques présents dans l’eau en raison des rejets des stations d’épuration; et de fournir une meilleure formation sur les pratiques exemplaires de gestion afin de réduire les charges de phosphore dans les lacs.

Joe Hill, membre du Comité consultatif de l’environnement de Sarnia, et d’autres personnes ont exprimé des inquiétudes concernant la production d'énergie nucléaire. « Comment peut‑on savoir si l’eau potable pompée dans la région est saine, qu’elle n’est pas contaminée par le nucléaire? Nous n’avons pas besoin de centrales nucléaires. » Sandra Sahguj, du Thunderbird Water Panther Circle, de la Première Nation de l’île Walpole, a indiqué que le dragage pour le transport maritime dans la rivière Sainte‑Claire est une source de préoccupation. « Un plan prévoit le dragage de la rivière Sainte‑Claire à l’île Walpole. On ne veut plus de gros bateaux dans la rivière Sainte‑Claire, et on ne veut pas non plus que les déchets nucléaires soient transportés sur l’eau. C’est trop dangereux. »

Oregon (Toledo)

toledo oregon ohio
Une salle comble a écouté un récapitulatif des recherches en cours sur le lac Érié, présenté par Chris Winslow (pas dans la photo) directeur du Ohio Sea Grant College Program. Photo : Jeff Kart

Les participants ont rempli la salle de réunion du Lake Erie Center et le corridor adjacent le soir du 23 mars à Oregon, en Ohio, près de Toledo, pour en apprendre au sujet des plus récentes recherches sur le lac Érié, ainsi que pour avoir des mises à jour sur le plan de protection et de restauration du lac Érié de l’État et sur le lien entre l’Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs et les plans d’action nationaux visant à restaurer le lac Érié, avant de présenter leurs propres commentaires. De nombreux participants ont dit qu’il est nécessaire de réglementer les déchets d’origine animale issus des CAFO (Concentrated Animal Feeding Operation), utilisés comme engrais sur les terres agricoles, de la même façon qu’une réglementation prescrit des limites sur les engrais dans le cas des cultures. « Si on n’a pas de règlements obligatoires, on ne pourra pas atteindre l’objectif de ne pas introduire d’éléments nutritifs provenant d’activités humaines dans les lacs », a dit Nick Mandros du Ohio Environmental Council. Rick Graham du comité sur les Grands Lacs de l’Izaak Walton League a ajouté : « Il faut que le bassin ouest du lac Érié soit déclaré comme étant dégradé pour forcer les gens responsables du problème à changer leurs façons de faire et à restaurer les eaux dans notre région ».

Le commissaire Benoît Bouchard de la Section canadienne présente le mot de la fin
Le commissaire Benoît Bouchard de la Section canadienne présente le mot de la fin de l’assemblée qui a eu lieu dans la région de Toledo. Photo : Sarah Lobrichon

D’autres commentaires ont porté sur l’effet des changements climatiques sur les lacs et le nombre accru d’enjeux liés à la justice environnementale que cela va entraîner au fil du temps, sur la nécessité de préserver le financement pour l’initiative de restauration des Grands Lacs aux États‑Unis dans le but de restaurer le secteur préoccupant de la rivière Maumee, et sur la restauration des milieux humides dans les terres agricoles et les terres communes afin de ralentir le drainage des eaux et de filtrer les polluants de façon naturelle. La notification efficace du public lors de la fermeture de plages a également été mentionnée comme constituant un besoin essentiel dans les cinq Grands Lacs. « L’Ohio fait du beau travail en matière de surveillance », a fait savoir Sandy Bihn, sentinelle (Waterkeeper) du lac Érié, « et on peut s’en inspirer comme modèle pour évaluer la surveillance que font les provinces et les autres États de la microcystine et diffuser rapidement ces résultats au public, et pour fermer les plages au besoin. »

Buffalo

Les studios de radiodiffusion publique WBFO-WNED ont organisé deux séances le mardi 28 mars, auxquelles plus de 270 personnes ont assisté pour en apprendre davantage sur les Grands Lacs et en parler, à Buffalo (New York). La séance d’après‑midi a commencé par huit présentations sur des sujets variés, notamment la restauration du secteur préoccupant de la rivière Buffalo, l’effet des nouveaux contaminants sur les poissons et les autres espèces sauvages, la restauration des milieux humides, l’initiative pour les rives des Grands Lacs et la remise en état des rives accessibles à des fins récréatives dans les secteurs riverains urbains. Une période de questions et de déclarations par le public a suivi les présentations.

Lana Pollack, présidente de la section américaine de la CMI, accueille les participants à l’assemblée publique qui s’est déroulée à Buffalo
Lana Pollack, présidente de la section américaine de la CMI, accueille les participants à l’assemblée publique qui s’est déroulée à Buffalo. Photo : Sally Cole-Misch

Parmi les questions soulevées durant les assemblées publiques en après‑midi et en soirée, mentionnons les impacts des débordements d’égouts unitaires et l’entreposage de déchets nucléaires. Paul Grenier, conseiller régional de la ville de Welland, en Ontario, a dit : « Les administrations locales… ont besoin de règlements uniformes en matière de rejets d'eaux usées; ce ne sont pas les mêmes dans tous les États et provinces ». Charley Tarr a ajouté que le plan de contrôle à long terme de la Buffalo Sewer Authority comporte des lacunes pour la même raison. « Nous avons besoin d’un plan régional qui traite des apports en amont et suburbains », a‑t‑il dit.

Plusieurs personnes parmi celles qui ont pris la parole ont soulevé des inquiétudes à propos des fuites possibles et de la viabilité à long terme des installations de traitement des déchets nucléaires de West Valley, dans le bassin hydrologique du lac Ontario. « Compte tenu des tempêtes violentes qui surviennent dans la région, ces installations courent un sérieux risque », a dit Lynda Schneekloth du Sierra Club Niagara Group. « Les installations se trouvent sur un sol alluvial glaciaire, et ce n’est pas sécuritaire. Toutes les installations de traitement des déchets nucléaires devraient faire l’objet d’un examen à la lumière des phénomènes météorologiques plus extrêmes qui se manifestent partout dans la région. » D’autres personnes ont fait part de leurs inquiétudes quant aux déchets de la fracturation hydraulique, au financement continu par les États‑Unis de projets de restauration des Grands Lacs, à l’érosion et aux charges en sédiments dans les affluents de la rivière Buffalo, et au potentiel de déviation des cours d’eau avec le réchauffement climatique. « La priorité n° 1 est de garder l’eau du bassin des Grands Lacs dans le bassin des Grands Lacs », a dit Philip McIntyre.

St. Catharines

Les participants à la table ronde publique de St. Catharines
Les participants à la table ronde publique de St. Catharines ont discuté en petits groupes de l’agriculture durable, de la rivière Niagara, de l’agriculture et des éléments nutritifs et d’autres sujets. Photo : Allison Voglesong

La dernière assemblée publique tenue au club d'aviron de St. Catharines, en Ontario le 29 mars en après-midi s’est déroulée sous la forme d’une table ronde. Quatre présentations ont été données portant sur les initiatives régionales en matière d’agriculture durable et sur le secteur préoccupant de la rivière Niagara. Les participants se sont ensuite répartis en petits groupes pour discuter de ces questions, de l’agriculture et des éléments nutritifs, et de la rivière Grand et du lac Érié. Parmi les questions qui ont été soulevées par ces groupes, mentionnons le manque d’accès à des plages et aux voies navigables, la fermeture de plages en raison de la pollution et de bactéries, et le besoin de collaboration entre les organisations de réglementation et les exploitants agricoles afin d’identifier les causes communes et les sources d’éléments nutritifs qui entrent dans les lacs pour élaborer des plans comportant des réductions cibles pour chaque administration.

Des inquiétudes ont aussi été soulevées sur les réductions possibles du financement consacré au secteur préoccupant binational de la rivière Niagara, ce qui ralentirait les progrès, et sur la façon dont les eaux usées sont gérées dans la région. « Je m’inquiète pour les étangs d’épuration à Niagara-on-the-Lake et à Fort Erie et pour la bactérie E. coli qui est générée par ces étangs et qui cause des problèmes de santé », a dit George Jardine, du groupe de citoyens Citizens Against Unsanitary Sewage Effluent. « L’étang d’épuration temporaire était censé être utilisé seulement pendant 20 ans, mais il est toujours utilisé et n’a jamais été fermé. »

De plus, la question de la prolifération des phragmites, qui sont une graminée envahissante à panicule plumeux que l’on voit de plus en plus dans les fossés le long des routes et dans les milieux humides partout dans la région des Grands Lacs, a été soulevée par Janice Gilbert du groupe de travail sur les phragmites de l’Ontario. « Je pense que la plus grande menace qui pèse actuellement sur nos zones côtières ce sont les phragmites. Nous perdons de l’habitat, nous perdons de la biodiversité et nous perdons des espèces indigènes. Il faut que le gouvernement nous aide à obtenir l’herbicide qui permet de contrôler les phragmites et il faut qu’un programme soit mis en place dans la province. » Visitez le site ParticipatezCMI.org pour lire davantage à propos des assemblées publiques sur les Grands Lacs de la CMI et pour regarder des vidéos de ces assemblées, et aussi pour lire les commentaires fournis en ligne par d’autres personnes. Le RTE final comprendra tous les commentaires, dans le corps du rapport et dans une annexe des commentaires du public, lorsqu’il sera publié plus tard cette année.