Les projets de restauration des terres humides dans les zones urbaines des Grands Lacs contribuent à l’assainissement des secteurs préoccupants

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Kevin Bunch
09 octobre 2018
duffins creek wetlands

Les milieux urbanisés présentent un défi particulier dans le rétablissement de la santé des Grands Lacs, en raison des surfaces imperméables comme les routes et les toits, ainsi que des problèmes de ruissellement et de débordement des égouts unitaires. L’expansion tentaculaire et l’aménagement du secteur riverain ont entraîné la destruction des anciennes terres humides et d’autres habitats.

À l’ère des changements climatiques, la résilience — c’est-à-dire les moyens garantissant que les collectivités humaines et l’habitat des plantes et des animaux pourront le mieux survivre aux phénomènes météorologiques extrêmes, aux inondations et à la hausse des températures — est plus importante que jamais. Les milieux humides font partie de la solution.

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Les terres humides restaurées le long du marais du ruisseau Duffins à Toronto.

La protection et la restauration des terres humides peuvent aider considérablement les collectivités et la faune à faire face à ces changements. En plus de fournir un habitat et d’accroître le potentiel de biodiversité, les terres humides offrent des services utiles aux régions riveraines, améliorant la qualité de l’eau et limitant les dommages causés par les inondations, tout en offrant des possibilités récréatives.

En vertu de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, certaines parties des lacs et les canaux qui les relient, frappés d’une grave détérioration en raison de la pollution et des eaux de ruissellement urbaines, ont été désignés comme secteurs préoccupants (SP). Le rétablissement de l’habitat du poisson et de la faune est habituellement l’un des facteurs qui interviennent dans le délistage d’un secteur préoccupant, et les efforts de rétablissement peuvent contribuer au passage à l’amélioration de la qualité de l’eau.

Comme les rives sont durcies et aménagés, les possibilités de rétablissement de l’habitat sont limitées dans des régions comme Toronto, en Ontario, et Buffalo, dans l’État de New York. Des organismes et des organisations non gouvernementales travaillent à maximiser les avantages des terres disponibles pour faciliter le rétablissement de l’habitat dans le bassin de la rivière Niagara, dans l’État de New York et dans la région de Toronto.

Les parcs de Toronto versent d’énormes dividendes écosystémiques à la suite de l’amélioration des terres humides

L’Office de protection de la nature de Toronto et de la région a obtenu d’importants résultats durant la dernière décennie grâce à trois projets, à savoir des travaux de remise en état des marais de la rivière Humber et du ruisseau Duffins et un projet de création d’habitats dans le parc Tommy Thompson.

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Emplacement des trois projets de rétablissement des terres humides le long du littoral de Toronto.

Suite au succès des projets de rétablissement des années antérieures, l’Office a pu susciter suffisamment de bonne volonté et de confiance parmi les organismes de réglementation pour améliorer les milieux humides dégradés le long de ces cours d’eau, a déclaré Gord MacPherson, directeur associé des projets de rétablissement de l’Office. Les régions riveraines ont été fortement urbanisées dans les années 1940 jusqu’au début des années 1950, et les marais ont été compromis par l’extraction de gravier, par la régulation du niveau d’eau dans les régions supérieures et inférieures des Grands Lacs et par le drainage du marais côtier de la baie d’Ashbridge en 1912; la carpe commune envahissante s’alimente aussi dans le système, détruisant les espèces végétales qui restent.  Dans l’ensemble, entre l’urbanisation, la régulation de l’eau et la présence de la carpe commune, la résilience naturelle de l’écosystème s’est dégradée au fil des décennies.

L’Office a construit des barrières contre la carpe et des structures de contrôle du niveau d’eau au cours de l’hiver 2005 dans la région du marais du ruisseau Duffins, au moment précis où la carpe commune sort du marais, a déclaré Karen McDonald, gestionnaire principale des projets de rétablissement à l’Office, au cours d’une présentation en juin devant l’Association internationale de recherche sur les Grands Lacs. On a ensuite abaissé les niveaux d’eau suffisamment pour une saison de croissance afin de planter un mélange de végétation permettant de maximiser l’habitat compte tenu des restrictions d’espace; MacPherson a comparé cela à la récupération de 50 années de perte de terres humides en un an.

L’effort a été couronné de succès. Mme MacPherson a expliqué que, grâce à la disparition de la carpe, la végétation submergée est passée de 5 % du marais à 95 % en quelques années et que les huttes de rats musqués, les loutres de rivière, les petits blongios et les tortues sont réapparus. Les barrières contre la carpe ont permis de préserver la santé de la région et d’offrir un refuge à ces espèces et à d’autres.

Dans le marais de la lagune inférieure de la rivière Humber, des digues ont été mises en place avec des structures de contrôle du niveau d’eau, quoique les digues aient été trop basses et que l’eau ait pu les infiltrer, limitant ainsi la quantité de végétation qui y a pris racine, a expliqué M. McDonald. Les travaux de rétablissement sont toujours en cours.

Au parc Tommy Thompson, des sédiments dragués non contaminés du port ont servi à créer près de 20 hectares (49,42 acres) de nouvelles terres humides dans le parc, a ajouté Mme MacPherson. L’Office a utilisé la télémétrie hydroacoustique – une technologie de suivi des marqueurs – pour examiner la situation de diverses espèces de poissons et leurs réactions à différents habitats dans la région de Toronto; cette information a permis de maximiser l’habitat du plus grand nombre possible d’animaux. Le parc comprend quatre structures de contrôle de la carpe, dont trois peuvent servir à contrôler les niveaux d’eau.

M. McDonald a expliqué que, dans les zones où la carpe a été empêchée d’entrer, on a constaté l’épanouissement d’une végétation propre aux milieux humides, tandis que les zones où la carpe est entrée demeurent endommagés et stériles. Mme MacPherson a expliqué que, malgré cela, les zones en bonne santé sont fréquentées par un mélange de poissons, de reptiles et d’oiseaux, dont des tortues en voie de disparition et des oiseaux migrateurs à la recherche d’un endroit où se reposer. Cela en a fait non seulement un endroit plus sain pour la faune, mais aussi une destination régionale pour l’observation des oiseaux et les activités de plein air pour les résidents et les visiteurs de Toronto.

« Les habitants des zones urbaines n’ont pas l’occasion (en général) de faire l’expérience des terres de conservation », a dit Mme MacPherson. « On voit la ville, mais on a l’impression d’être loin du tourbillon urbain. Vous voulez voir des tortues, des oiseaux ou aller pêcher? C’est l’endroit idéal, et les gens s’y intéressent désormais. »

Compte tenu du stress causé par les changements climatiques à l’habitat entourant les lacs – qu’il s’agisse des changements dans les régimes de précipitations, de la prolifération d’algues ou de la  température de l’eau -, ces milieux humides restaurés et construits devraient aider diverses espèces indigènes à faire face aux changements climatiques futurs, à protéger la ville contre les inondations causées par des tempêtes violentes et à filtrer les eaux de ruissellement qui se déversent dans le lac.

Comme l’a expliqué Mme MacPherson, le projet a été financé entre autres par Environnement et Changement climatique Canada et par la ville de Toronto; la restauration du marais de la rivière Humber a coûté 60 000 $, le ruisseau Duffins, 200 000 $, et le projet de terres humides du parc Tommy Thompson, 2,6 millions de dollars, grâce à une subvention de 500 000 $ de Coca Cola.

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Des loutres de rivière ont été aperçues au marais Duffins à la suite du projet de rétablissement des terres humides.

Transformer les étangs de zones écologiques mortes en habitat sain sur l’île Unity à Buffalo

Unity Island, qui sépare la rivière Niagara du canal de Black Rock (et de la ville de Buffalo), a servi de site d’enfouissement pendant de nombreuses décennies, puis de parc public avec trois étangs comme élément central. Ces étangs ont été le lieu de mesures prises en 2018 par le US Army Corps of Engineers (USACE) et la municipalité de Buffalo visant à restaurer 4 hectares (10 acres) d’habitat de terres humides côtières fonctionnelles (désormais rares dans la région) dans l’île et à les relier au bassin de la rivière Niagara.

Le projet de rétablissement de l’habitat en est à sa première année et devrait en durer deux autres, a expliqué Andrew Hannes, écologiste de l’USACE. À l’origine, les étangs étaient trop profonds pour abriter beaucoup de végétation, et les espèces présentes étaient envahissantes. Après avoir éliminé les plantes envahissantes, on a utilisé des matières draguées non contaminées pour réduire la profondeur des étangs, ce qui a permis d’y placer différentes plantes. De nouveaux ponceaux ont été installés pour relier les étangs entre eux et la rivière Niagara et permettre ainsi à la vie aquatique de se développer.

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En juin, on a enlevé la rocaille de la digue de l’île Unity.

À partir de cette année et jusqu’en 2019 et 2020, des espèces végétales aquatiques seront plantées dans les étangs et feront l’objet d’une surveillance pour confirmer les plantes qui se portent effectivement que prévu. Dans les zones les moins profondes des étangs, des espèces végétales émergentes, comme les carex et les joncs, seront plantées, tandis que, dans les zones plus profondes, il y a une « zone aquatique submergée » pour les plantes comme le céleri aquatique et l’herbier.

Avec ces plantes comme base, Hannes a expliqué que les étangs devraient offrir le genre d’habitat de frai des marais que préfèrent les espèces de poissons comme le maskinongé ou le grand brochet. La majeure partie des terres humides côtières de la rivière Niagara ont été détruites à mesure que la région s’urbanisait, a ajouté M. Hannes, de sorte que même le rétablissement d’une petite zone pourrait faire une grande différence pour les poissons, les plantes, les reptiles et les oiseaux migrateurs et locaux.

Outre le projet des étangs de l’île Unity, M. Hannes a indiqué que l’USACE a repéré plusieurs autres endroits autour de Buffalo, sur la rivière Niagara, où l’habitat des marais pourrait être rétabli au moyen de sédiments dragués au cours des prochaines années. Bien qu’un site sur l’île Unity ne changera probablement pas grand-chose dans la qualité de l’eau ou la résilience du littoral – puisqu’il s’agit d’une partie relativement petite du réseau fluvial -, il estime qu’un plus grand nombre de milieux humides pourraient avoir un effet positif cumulatif. Il demeure cependant que c’est un habitat qui convient mieux aux espèces qui ont de la difficulté à trouver des lieux sûrs et stables.

Le projet a fini par coûter 3 millions de dollars américains, avec l’aide financière de l’USACE et de la municipalité de Buffalo et une subvention du New York Power Authority Habitat Enhancement Restoration Fund.

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En juillet, on a, sur un quart du site, planté des espèces végétales de milieux humides indigènes. Photo : USACE
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Kevin Bunch

Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.