Les microplastiques constituent un vecteur potentiel de contaminants chimiques

John Scott
Illinois Sustainable Technology Center
10 mars 2020
microplastics muskegon

Depuis l’émergence des plastiques produits en masse au milieu du XIXe siècle, on estime que plus de 6,3 milliards de tonnes métriques de déchets de plastique ont été produites -- ce qui équivaut au poids d’un milliard d’éléphants. Malheureusement, seulement 9 % de ces matériaux sont recyclés. Par conséquent, les plastiques sont maintenant omniprésents dans l’environnement. Les eaux de surface, comme nos océans et les Grands Lacs, sont la destination finale de bon nombre de ces matériaux, et le plastique est le débris marin le plus souvent trouvé.

Les microplastiques sont des matériaux extrêmement petits (d’une longueur de moins de 5 millimètres) qui se retrouvent dans à peu près toutes les eaux de surface échantillonnées à l’échelle mondiale par des chercheurs. Même si certains de ces matériaux ont été conçus à l’origine pour être très petits, comme les microbilles utilisées dans les cosmétiques, beaucoup sont le résultat de la décomposition de plus gros plastiques au fil du temps. 

Étant donné que les plastiques sont conçus pour résister à la dégradation, il n’est pas surprenant qu’ils puissent persister dans l’environnement pendant des centaines d’années. Des matériaux comme le carton ou la laine peuvent prendre de deux à trois mois à se dégrader, alors que les produits plastiques comme les pailles, les bouteilles d’eau ou les lignes de pêche peuvent prendre jusqu’à 600 ans ou plus.      

Les polluants organiques persistants (POP) sont des produits chimiques d’origine anthropique qui, comme les plastiques, sont persistants et souvent omniprésents dans l’environnement. On sait que de nombreux POP, comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), les biphényles polychlorés (BPC) et des pesticides comme le DDT, existent dans l’environnement. Toutefois, de nouvelles catégories de contaminants, comme les substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques (SPFA), sont également détectées partout dans le monde et ont suscité des préoccupations au sein de la population. En 2017, la Commission mixte internationale a présenté des recommandations aux gouvernements du Canada et des États-Unis pour tenir les microplastiques hors des Grands Lacs.

microplastic samples
Maggie Oudsema, (à gauche), assistante de recherche au Robert B. Annis Water Resources Institute de la Grand Valley State University, et John Scott, de l’Illinois Sustainable Technology Center, immergent des échantillons de microplastiques dans le lac Muskegon. Photo : John Scott

Étant donné les propriétés des plastiques, bon nombre d’entre eux peuvent absorber les polluants provenant de leur milieu environnant. Pour étudier le potentiel d’adsorption des polluants des microplastiques, un effort de collaboration entre l’Illinois Sustainable Technology Center de l’Université de l’Illinois, l’Annis Water Resources Institute de la Grand Valley State University et l’Université de Birmingham au Royaume-Uni ont mené une expérience sur le lac Muskegon au Michigan.

Cette équipe a déployé trois types de microplastiques (polyéthylène, polypropylène et polyester) à deux endroits. Après des périodes d’un mois et de trois mois, l’équipe a récupéré les matériaux et les a analysés afin de déceler la présence de plus de 85 POP différents.

On a découvert que certains matériaux avaient absorbé des polluants en grandes quantités, soit jusqu’à 280 fois les niveaux d’eau de fond pour les HAP et 380 fois les niveaux d’eau de fond pour certains BPC.

En plus des polluants existants, l’équipe a également découvert des concentrations de SPFA associées à certains de leurs matériaux qui étaient 259 fois plus élevées que les concentrations de fond. C’est un résultat assez surprenant puisque l’équipe a découvert que les microplastiques dans l’eau de laboratoire seulement concentrent les SPFA à seulement un cinquième des niveaux de fond. Cette différence d’adsorption en laboratoire et sur le terrain est fort probablement attribuable au fait que le matériel biologique améliore l’adsorption des SPFA dans l’environnement.

Même si l’équipe a découvert que ces matériaux peuvent concentrer des polluants à des centaines de fois les niveaux de fond, dans l’ensemble, les concentrations sont assez faibles et ne sont probablement pas assez élevées pour avoir un effet sur les espèces aquatiques plus importantes comme la truite ou l’achigan. Toutefois, les matériaux examinés dans le cadre de cette étude n’ont été déployés que pendant trois mois et certains chercheurs estiment que bon nombre des microplastiques sont présents dans l’environnement depuis plusieurs décennies ou plus.

En outre, nous ne savons toujours pas si tous les différents produits chimiques et biologiques associés aux microplastiques produisent ensemble les effets nocifs sur la santé pour les organismes qui y sont exposés. Cela met en évidence la nécessité de poursuivre les travaux pour explorer les effets potentiels sur la santé des microplastiques et d’autres matériaux qui peuvent y être associés. Cette approche serait plus représentative de ce qui se trouve dans l’environnement.  

Ce projet a été financé par le Allen and Helen Hunting Research and Innovation Fund, Illinois-Indiana Sea Grant, l’Illinois Hazardous Waste Research Fund et le Birmingham-Illinois Partnership for Discovery, Engagement and Education (BRIDGE).

 

ENCADRÉ : Conseils pour garder les microplastiques hors de l’environnement

Évitez les plastiques à usage unique. Bon nombre de ces articles sont conçus pour durer éternellement, mais ne sont destinés qu’à un usage unique. Trouvez des façons de remplacer les articles à usage unique par des articles réutilisables comme des sacs d’épicerie, des tasses et des couverts réutilisables, etc.

Évitez l’eau embouteillée. Achetez une bouteille d’eau réutilisable et gardez-la toujours avec vous. L’eau du robinet est en général salubre et perdre l’habitude de l’eau embouteillée vous fera probablement économiser de l’argent.

Recyclez. Même si la plupart des matériaux ne sont pas recyclés, ne vous découragez pas dans ces efforts. Si vous n’essayez pas de recycler vos déchets, il n’y a aucune chance qu’ils soient réutilisés. Toutefois, si vous jetez vos déchets de façon responsable, ils auront de fortes chances d’être recyclés.

Assurez-vous de disposer de vos déchets de façon responsable. Éliminez-les aux endroits appropriés et ne laissez pas les déchets à l’extérieur se détériorer en raison de l’eau ou s’envoler aux quatre vents.

Achetez en vrac. Les portions individuelles ont en général un rapport produit-emballage élevé. Il en résulte plus d’emballage que nécessaire. Notez également que l’achat en vrac est habituellement moins cher que l’achat de portions individuelles.

John Scott
Illinois Sustainable Technology Center

John W. Scott est chimiste principal au Illinois Sustainable Technology Center de l’Université de l’Illinois.