Les inondations menacent les collectivités transfrontalières

14 juin 2018
trees in osoyoos british columbia surrounded by floodwaters

Arbres dans la ville d’Osoyoos, en Colombie-Britannique, entourés des eaux de crue le 15 mai. Photo : Tamara Morgan
Arbres dans la ville d’Osoyoos, en Colombie-Britannique, entourés des eaux de crue le 15 mai. Photo : Tamara Morgan

L’épais manteau neigeux dans le nord-ouest du Pacifique et dans les massifs montagneux à l’est conduit à des inondations et à des risques de crue le long de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Toutefois, la gravité de la situation dépend de la vitesse de fonte des neiges.

Les eaux de crue touchent le lac Osoyoos pour la deuxième année consécutive

Pour les personnes qui habitent et travaillent autour du lac Osoyoos (situé à la frontière entre le centre de l’État de Washington et la Colombie-Britannique), les inondations occasionnées par l’accumulation de neige en montagne, en amont, ont été pires que les crues survenues l’an dernier.

Selon l’U.S. Geological Survey (USGS), le niveau des eaux du lac en 2018 a atteint 279,29 mètres (916,32 pieds) le 18 mai, dépassant ainsi le record de l’an dernier enregistré le 2 juin 2017 (278,84 mètres ou 914,88 pieds). Il s’agit du deuxième pic mesuré à l’aide de la jauge du lac Osoyoos depuis celui de 1972, observé à 279,49 mètres (917,11 pieds).

Avant la mise en place de la jauge du lac Osoyoos, le niveau d’eau de 280,03 mètres (918,8 pieds) atteint en 1984 était attesté par la laisse de crue présente sur l’ancien bâtiment de l’Okanogan Hotel à Oroville, dans l’État de Washington. Cette année, le pic s’explique en partie par la fonte précoce et rapide d’un épais manteau neigeux le long des montagnes et des voies navigables du bassin. Néanmoins, le manteau neigeux ne constitue qu’un élément, certes essentiel, du problème d’inondation. Selon Brian Symonds, membre du Conseil international de contrôle du lac Osoyoos et ancien directeur du ministère des Forêts, des Terres et de l’Exploitation des ressources naturelles de la Colombie-Britannique, la configuration des voies navigables du bassin limite fortement la capacité des exploitants du barrage d’atténuer les inondations.

Lors de la fonte des neiges, le lac Okanagan devrait pouvoir accueillir une partie du volume de ruissellement sans empirer le phénomène de crue en aval et autour du lac Osoyoos. Étant donné que la capacité de stockage du lac Osoyoos est relativement faible par rapport à la quantité d’eau qui s’écoule dans le lac au cours de la crue printanière, M. Symonds affirme qu’il n’est pas viable d’exploiter le barrage Zosel pour réduire de façon considérable le niveau d’eau en conservant une marge en prévision de la fonte des neiges (comme c’est le cas pour le lac Okanagan).

Le barrage Zosel est soumis à une ordonnance d’approbation de la Commission mixte internationale (CMI) en ce qui a trait à son exploitation et à son entretien. L’exploitation du barrage est supervisée par le Conseil de contrôle du lac Osoyoos. Le lac Okanagan dispose de son propre barrage pour contrôler le débit qui s’écoule hors du lac. Ce barrage n’est pas soumis à des ordonnances de la CMI, mais ses exploitants collaborent avec des gestionnaires des ressources hydriques en aval afin d’en contrôler efficacement le débit. Les zones montagneuses entourant le lac Okanagan présentent un manteau neigeux qui pourrait alimenter une importante crue nivale. Toutefois, les gestionnaires des ressources hydriques ont anticipé cette éventualité durant l’hiver et ont laissé s’écouler le maximum d’eau en prévision de la situation, indique M. Symonds.

Au cours de la crue printanière, les débits élevés de la rivière Similkameen peuvent avoir des répercussions sur la quantité d’eau provenant du lac Osoyoos. Une accumulation de neige presque record a également été enregistrée dans les massifs montagneux avoisinant la rivière Similkameen, qui se jette dans la rivière Okanogan en aval du lac Osoyoos. Si une grande quantité d’eau de la rivière Similkameen pénètre dans la rivière Okanogan en peu de temps, alors la quantité d’eau susceptible de traverser le barrage Zosel peut être réduite, ce qui exacerbe les niveaux d’eau élevés du lac Osoyoos.

D’après Kris Kauffman, ingénieur-conseil et membre du Conseil de contrôle dans l’État de Washington, toutes les vannes du barrage Zosel ont été ouvertes au mois de mars, le retirant alors efficacement du système de contrôle. M. Kauffman précise que le barrage a été conçu en tenant compte de limites particulières inhérentes au contrôle, et que les niveaux élevés d’eau enregistrés dans le secteur en 2017 et 2018 ont dépassé ces limites. Il ajoute que les gestionnaires des ressources hydriques du lac Okanagan ont déployé beaucoup d’efforts pour retenir autant d’eau que possible afin d’empêcher que la région d’Osoyoos ne soit submergée.

« La quantité d’eau est tout simplement bien plus importante que celle que leurs systèmes et nos systèmes sont en mesure de gérer », déclare-t-il.

Le Conseil international de contrôle du lac Osoyoos met régulièrement à jour le niveau des eaux dans son site Web, et la municipalité d’Osoyoos propose une page consacrée aux situations d’urgence dans le cadre d’inondations et d’autres conditions dangereuses, notamment en indiquant les endroits où trouver des sacs de sable et en présentant le contenu d’une trousse d’urgence. En outre, l’USGS a mis en place un dispositif de suivi du niveau d’eau en temps réel pour le lac Osoyoos, en fonction de la fourchette dans laquelle les exploitants du barrage tentent de maintenir le niveau d’eau.

Selon M. Kauffman, la pente de la vallée de la rivière Okanagan en aval du lac Osoyoos étant inférieure à 0,42 mètre pour 1,6 km (1,4 pied pour 1 mile), même une légère hausse du niveau des eaux vers la mi‑mai peut poser des difficultés aux collectivités de la région. Au sud du barrage Zosel, un nombre important d’inondations des rives a été relevé, mais le principal axe routier nord-sud aux États-Unis n’a pas été fermé. À partir du 15 mai, les tribus confédérées de la réserve de Colville ont signalé des barrages routiers le long de la rivière Okanogan, et l’accès aux activités récréatives a été fermé pour des raisons de sécurité.

D’après Sue McKortoff, membre du Conseil du lac Osoyoos et maire de la ville, du sable et des sacs de sable ont été distribués aux particuliers et aux entreprises le long du rivage afin de faire face aux eaux de crue, et ce, grâce à l’aide de bénévoles, d’employés municipaux et provinciaux, et du centre des opérations d’urgence régional. La ville a également déployé des digues tubulaires « Tiger Dams », ou de grandes poches remplies d’eau faisant office de barrages temporaires.

 Eaux de crue du lac Osoyoos se rapprochant dangereusement de la chaussée le long du rivage le 15 mai. Photo : Tamara Morgan
Eaux de crue du lac Osoyoos se rapprochant dangereusement de la chaussée le long du rivage le 15 mai. Photo : Tamara Morgan

Comme la ville est une station balnéaire, les responsables municipaux d’Osoyoos ont rappelé aux visiteurs que certaines activités étaient toujours accessibles en période de crue, mais que la ville interdisait temporairement l’utilisation de véhicules motorisés sur le lac étant donné que les vagues pourraient entraîner un déversement d’eau sur d’autres propriétés.

Les gestionnaires des ressources hydriques du lac Kootenay se préparent au pire

D’après Gwyn Graham, secrétaire du Conseil international de contrôle du lac Kootenay, les environs du lac Kootenay ont connu une accumulation de neige supérieure à la moyenne cet hiver, soit près de 130 pour cent de l’accumulation normale. Avec les niveaux d’eau élevés, le potentiel d’inondations ce printemps est bien présent.

Néanmoins, la survenue ou non d’inondations dans la région demeure incertaine au début du mois de juin, notamment en raison de la capacité du réservoir dans le circuit et des conditions météorologiques. FortisBC, la compagnie d’électricité qui exploite le barrage Corra Linn, en aval du lac Kootenay, publie les conditions actuelles. L’entreprise met à jour un graphique du niveau de l’eau pour le lac Kootenay, et tient une liste de diffusion pour informer les destinataires des fluctuations du niveau d’eau du lac Kootenay.

Selon M. Graham, les inondations peuvent être évitées ou atténuées en fonction de l’évolution des températures et des précipitations dans la région en mai et en juin. À compter du 29 mai, le niveau d’eau du lac Kootenay s’est élevé à 534,07 mètres (1 752,2 pieds) au-dessus du niveau de la mer, et les niveaux relevés le 5 juin étaient à la baisse.

Inondations et risques dans d’autres régions

D’autres régions transfrontalières ont connu des épisodes d’inondations au cours du printemps. Les crues de la rivière Milk, qui traverse le Montana et l’Alberta, ont été modérées fin avril le long de la partie américaine de la rivière, en raison de la fonte des neiges le long des terres de basse altitude du bassin.

Les bassins de la rivière Rouge et de la rivière Souris n’ont pas connu d’inondations importantes ce printemps, notamment en raison de la sécheresse persistante et d’un temps sec. Dans le bassin versant des lacs à la Pluie et Namakan, le niveau des eaux a été maintenu dans la plage de la courbe des niveaux optimaux de la CMI.

À l’est, le lac Champlain et la rivière Richelieu ont dépassé leur niveau critique de crue au début du mois de mai en raison des précipitations et de la fonte des neiges. La CMI procède actuellement à une étude visant à déterminer les causes des inondations dans la région ainsi que les éventuelles solutions susceptibles d’atténuer les dommages qui y sont associés.

Les niveaux d’eau le long des Grands Lacs sont toujours supérieurs aux moyennes à long terme, et certaines inondations engendrées par des tempêtes sont survenues au large de la partie ouest du lac Érié le 15 avril, dans l’Ohio, au Michigan et en Ontario. Toutefois, aucune inondation majeure n’est attendue ce printemps.