Les Grands Lacs récupèrent de l’éclat avec l’assainissement du cours inférieur de la rivière Menominee : 30 ans d’efforts couronnés de succès

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Allison Voglesong Zejnati
IJC
15 décembre 2020
lower menominee cac

Juste avant de se déverser dans la baie Green au nord-ouest du lac Michigan, la rivière Menominee définit la frontière entre les villes portuaires de Menominee, au Michigan, et de Marinette, au Wisconsin. Ce qui était autrefois une rivière très polluée qui divisait les deux villes est maintenant une voie navigable plus propre qui les unit et fait leur fierté.

Depuis cet automne, et après une trentaine d’années d’inlassables efforts, le cours inférieur de la rivière Menominee ne figure plus sur la liste binationale des points névralgiques de pollution autour des Grands Lacs.

« C’est quelque chose dont nous pouvons être très fiers, car nous avons réussi à réintégrer la rivière à la collectivité », a déclaré Keith West, coprésident du Lower Menominee River Area of Concern Citizens Advisory Committee et professeur agrégé de géosciences au campus Green Bay-Marinette de l’Université du Wisconsin.

De la dégradation à la revitalisation

À la fin des années 1980, la Commission mixte internationale (CMI) a inclus le cours inférieur de la rivière Menominee sur une liste de 42 points particulièrement pollués, dits secteurs préoccupants (SP), dans le bassin des Grands Lacs. Pendant des décennies, l’urbanisation et l’industrialisation à l’embouchure de la rivière, où le débit est plutôt lent, ont déversé des agents contaminants directement dans l’eau, dont l’arsenic et le goudron, qui se sont accumulés au fil du temps, recouvrant le fond de la rivière, sans parler de la contamination des berges où s’amoncelaient toute une panoplie de débris, fibres et boues résiduaires de peinture.

« J’emmenais mes élèves au port de Menekaunee, sur la rivière, car je trouvais que c’était un excellent exemple de la façon de détruire un écosystème aquatique », a dit M. West.

Dès l’inscription de la rivière dans la liste des secteurs préoccupants, les ministères des Ressources naturelles du Michigan et du Wisconsin ont commencé à collaborer avec un comité consultatif de citoyens. Le comité aide les organismes étatiques et fédéraux à gérer les divers aspects des plans d’assainissement de ces secteurs contaminés.

« Je me suis impliqué dès le premier jour. J’y ai travaillé plus de la moitié de ma vie », a déclaré Trygve Rhude, un résident de la région de Menominee qui travaille aux côtés de Keith West en qualité de coprésident du comité.

Pour retirer un secteur préoccupant de la liste établie par la CMI, les organismes étatiques — de concert avec des partenaires locaux et fédéraux comme le comité consultatif des citoyens — commencent par cerner les causes des problèmes écologiques. Ils prennent ensuite des mesures pour remédier aux déficiences et, enfin, à force de surveillance et de collecte de données, ils démontrent que l’écosystème n’est plus altéré afin que les humains et les animaux puissent de nouveau jouir des avantages d’une eau salubre.

Sur 14 problèmes possibles, le Plan d’assainissement du cours inférieur de la rivière Menominee en énumérait six, dits « altérations des utilisations bénéfiques ».
 

AUB de la rivière Menominee

Année écoulée

Restrictions sur la consommation du poisson et de la faune

2018

Dégradation des organismes benthiques

2017

Disparition de l’habitat du poisson et de la faune

2019

Restrictions sur les travaux de dragage

2017

Fermetures de plages (contact récréatif)

2011

Dégradation des populations de la faune aquatique et terrestre

2019


Six des 14 catégories possibles de dégradation de l’environnement, appelées altérations des utilisations bénéfiques, dans la rivière Menominee. Tableau adapté de l’EPA. 

 

« Le principal objectif pour ce secteur préoccupant était d’éliminer l’arsenic, et le seul fait d’accomplir cet exploit est une grande réussite », a déclaré M. Rhude.

« Mais nous avions aussi sur la liste des problèmes comme la perte d’habitat et la dégradation des populations de poissons, ce qui nous a permis de faire davantage que de nous contenter de retirer les sédiments contaminés de la rivière. »

Bien que le plan d’action pour la rivière Menominee ait établi plusieurs objectifs d’assainissement, les progrès ont traîné pendant des années faute de financement et en attendant que les questions légales soient réglées. Proposée en 2009, l’Initiative de restauration des Grands Lacs a commencé à injecter des fonds américains qui ont permis de mettre le plan en œuvre.

Un mal pour un bien

« Le fait d’être un secteur préoccupant a été un mal pour un bien, car nous avons pu utiliser cet argent pour restaurer l’habitat et réaliser des projets vraiment visibles qui profitent à notre collectivité et à l’environnement, dont le port de Menekaunee. Il n’aurait jamais vu le jour si nous n’avions pas été un secteur préoccupant », a déclaré M. Rhude. « Nous avions un objectif commun… c’était même assez plaisant. »

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À gauche, le port de Menekaunee, juste après le dragage et le retrait des sédiments contaminés. À droite, la même zone portuaire après la plantation de végétation indigène. Photo : Trygve Rhude

Stephanie Swart, chargée des Grands Lacs au sein du ministère de l’Environnement du Michigan et coordonnatrice des aspects énergétiques touchant le secteur préoccupant du cours inférieur de la rivière Menominee, a ajouté que la quantité d’habitat de l’esturgeon que nous avons pu rétablir est vraiment remarquable.

Brianna Kupsky, de l’Office of Great Waters du ministère des Ressources naturelles du Wisconsin, coordonnatrice pour le secteur préoccupant de la rivière Menominee, estime quant à elle que la réussite la plus importante est le travail accompli de 2014 à 2019 grâce au financement de l’Initiative de restauration des Grands Lacs.

Le projet pour la rivière Menominee était prêt à démarrer et on s’était entendu sur les plans d’assainissement exhaustifs à suivre. Depuis 1985, 71,1 millions de dollars américains de fonds publics ont été consacrés à l’assainissement de ce secteur préoccupant; 41,1 millions provenaient de l’Initiative de restauration des Grands Lacs.

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Chronologie des activités d’assainissement du cours inférieur de la rivière Menominee. Photo : Wisconsin Department of Natural Resources et University of Wisconsin Extension

Sur la quarantaine de secteurs préoccupants autour des Grands Lacs, le cours inférieur de la rivière Menominee est le huitième à être rayé de la liste. Il est le cinquième aux États-Unis, le premier au Wisconsin et le troisième au Michigan.

En octobre 2020, l’Environmental Protection Agency des États-Unis a annoncé que la rivière Ashtabula, en Ohio, est le prochain secteur préoccupant en lice pour entreprendre le processus de radiation de la liste.

Le Canada appuie pour sa part de nombreux projets nationaux et binationaux d’assainissement des secteurs préoccupants. Selon Raj Bejankiwar, scientifique du Bureau régional des Grands Lacs de la CMI, les projets visant les secteurs préoccupants de la baie Nipigon, de la rivière Niagara, de la baie Quinte, du fleuve Saint-Laurent et de la Havre peninsula ont pratiquement conclu leurs mesures correctives. Le Canada prévoit que le port Spanish et la baie Jackfish seront désignés comme secteurs préoccupants « en voie de rétablissement ».

De plus, l’un des plus grands sites de sédiments contaminés du bassin des Grands Lacs, le récif Randal dans le secteur préoccupant du port de Hamilton sur le lac Ontario, devrait achever un projet d'assainissement de 140 millions de dollars canadiens d’ici 2022. Des progrès importants ont également été réalisés dans les secteurs préoccupants binationaux, notamment la rivière Détroit et la rivière Ste-Claire. Quant à la rivière St. Marys, le financement provenant du Fonds canadien de durabilité des Grands Lacs sera utilisé par la Première nation de Batchewana pour assainir l’habitat du poisson.

La vie après la radiation de la liste

Malheureusement, la pandémie de la COVID-19 a déjoué les plans d’organisation d’une fête publique pour célébrer la radiation de la Menominee; les organisateurs espèrent que ce n’est que partie remise jusqu’au printemps.

Bien que la rivière ait été retirée de la liste, les membres de la collectivité se doivent de continuer à participer à sa protection. « Si on peut encourager les gens à apprécier l’eau, ils la protégeront, et je pense que l’assainissement de la rivière dans le secteur préoccupant a réussi à le faire », a dit M. West.

Pour recevoir des avis sur les plans futurs pour célébrer la radiation du secteur préoccupant du cours inférieur de la rivière Menominee, ou trouver des façons de participer aux possibilités d’intendance, songez à vous abonner à la liste de distribution du Wisconsin Department of Natural Resources ou envoyez un courriel à la coordonnatrice des secteurs préoccupants du Michigan, Stephanie Swart.

Vous pouvez suivre les activités du comité de la rivière Menominee sur Facebook et en apprendre davantage sur le programme des secteurs préoccupants du Wisconsin sur le site Web du ministère des Ressources naturelles et sur celui du Michigan sur le site Web du ministère de l’Environnement, des Grands Lacs et de l’Énergie.

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Allison Voglesong Zejnati
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Allison Voglesong Zejnati is public affairs specialist at the IJC’s Great Lakes Regional Office in Windsor, Ontario.