Les décisions du consommateur peuvent freiner la pollution par les microbilles

25 février 2016

Par Ellen Perschbacher
Université de Waterloo, étudiante en science de l’environnement
Ancienne stagiaire au bureau régional des Grands Lacs de la Commission mixte internationale, Windsor (Ontario)

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Crédit : Griszka Niewiadomski
Crédit : Griszka Niewiadomski

Les citoyens préoccupés peuvent aider à diminuer la quantité de microplastiques qui pénètrent dans les Grands Lacs. Il suffit pour commencer de faire attention aux microbilles dans les produits de soins personnels.

Ces dernières sont une sous-catégorie de microplastiques. Il s’agit de petites particules de plastique sphériques présentes dans des centaines de produits de soins personnels qui sont fabriqués à l’échelle mondiale. En tant qu’ingrédients dans les dentifrices, les shampoings, les nettoyants pour le visage, les écrans solaires, le maquillage, les vernis à ongles et les crèmes à raser, ces particules de plastique sont rejetées dans l’évier à chaque utilisation et, dans la plupart des cas, elles passent par les usines de traitement des eaux usées sans être éliminées et se déversent directement dans les eaux de surface comme les Grands Lacs.

Lorsque les microbilles aboutissent dans les eaux de surface, les organismes aquatiques et les espèces sauvages peuvent les confondre avec de la nourriture. Ces particules peuvent contenir des substances toxiques telles que des phtalates et du bisphénol A, et le pétrole présent dans ces plastiques agit comme un aimant pour d’autres toxines telles que l’insecticide dichlorodiphényltrichloréthane.

Le dichlorodiphényltrichloréthane a été interdit en 1972 et en 1981 aux États-Unis et au Canada, respectivement, mais peut rester dans l’environnement pendant des décennies et continuer de pénétrer dans les lacs par l’air lorsqu’il est utilisé dans certains pays d’Amérique latine. Les répercussions des substances toxiques sur la reproduction et le développement sont clairement démontrées (lien disponible en anglais seulement), en particulier lorsqu’il s’agit de toxines qui se bioaccumulent dans les organismes occupant une place élevée dans la chaîne alimentaire, notamment l’être humain.

Le dichlorodiphényltrichloréthane présent dans l’insecticide s’accumule dans les insectes que d’autres animaux mangent, avec des effets toxiques pour les oiseaux et les poissons. Crédit : Tim Lang
Le dichlorodiphényltrichloréthane présent dans l’insecticide s’accumule dans les insectes que d’autres animaux mangent, avec des effets toxiques pour les oiseaux et les poissons. Crédit : Tim Lang

En 2012, l’industrie des produits de soins personnels valait 433 milliards de dollars (États-Unis) et grandissait à un rythme de 8 % par an. Les choix que font les consommateurs peuvent avoir une grande incidence sur la réduction de la pollution par les microbilles. Une bouteille générique de gel de douche, par exemple, contient autant de microplastique en poids que son contenant.

En premier lieu, il est préférable de ne pas acheter de produits contenant des microbilles, qui sont inscrites comme étant du polypropylène, du polyéthylène, du polyéthylène téréphtalate, du nylon ou du poly(méthacrylate de méthyle). Il vaut mieux acheter plutôt des produits biologiques ou écologiques qui contiennent des solutions de rechange naturelles aux microbilles, comme des amandes moulues et des coques de noix, des fèves de cacao, des noyaux d’abricot, de la ponce broyée, du gruau ou du sel de mer. Ces derniers sont déjà largement utilisés dans les produits de soins personnels biologiques et étaient utilisés de manière générale dans les produits de soins personnels avant l’introduction des microbilles de plastique dans les années 1990.

Abricots. Crédit : Dennis Hill
Abricots. Crédit : Dennis Hill

Ensuite, vous pouvez télécharger une application gratuite appelée Beat the Micro Bead qui balaiera le code à barre d’un produit pour déterminer s’il contient des microbilles. Cette application s’inscrit dans le cadre de la campagne internationale contre les microbilles dans les cosmétiques. Jusque-là, cette dernière a obtenu le soutien de 79 organisations non gouvernementales issues de 35 pays, y compris le Canada et les États-Unis.

La plupart des produits biologiques ou naturels n’ont jamais contenu de microbilles et de nombreuses entreprises se sont engagées de leur plein gré à les éliminer. Tandis que la législation fédérale américaine signée en décembre 2015 impose à toutes les entreprises d’éliminer les microbilles avant 2017, les stocks existants sur les étagères des magasins qui peuvent en contenir sont autorisés jusqu’en 2019. (Voir « Mise à jour des mesures législatives »)

Pour finir, voici une liste des entreprises qui ont pris ou prennent volontairement des mesures pour réduire la pollution par les microbilles.

Merci d’avoir pris connaissance de ces renseignements. Partagez cette histoire sur Facebook ou Twitter et dites-nous comment vous avez modifié vos habitudes d’achat par rapport aux microbilles.

Entreprise

Marques

Engagement

Beiersdorf

Eucerin, Nivea

L’objectif établi en avril 2013 visait à remplacer toutes les microbilles de plastique d’ici la fin de l’année 2015. Aucune mise à jour n’a été fournie.

Clarins

 

A remplacé les microbilles contenant 100 % de cellulose en 2015.

Colgate-Palmolive

Colgate

Reformulation des produits afin qu’ils soient exempts de microbilles. Le processus devait être terminé d’ici la fin de l’année 2014, même si les stocks actuels présents sur les étagères ne seront pas remplacés.

Johnson & Johnson Inc.

Aveeno, Clean & Clear, Neutrogena

Élimination progressive de l’utilisation de microbilles de plastique dans leurs produits d’ici la fin de l’année 2017.

IKEA

 

A arrêté de vendre des produits contenant des microbilles après juin 2013.

Loblaw

Life, Choix du Président

L’ensemble des produits ménagers et cosmétiques des marques Life et Choix du Président ne contiendra plus de microbilles d’ici 2018.

L’Oréal

Biotherm, The Body Shop

A progressivement éliminé les produits Biotherm contenant des microbilles de plastique en 2014 et dans les produits The Body Shop en 2015.

Procter & Gamble

Crest, Oral-B

Tous les produits Crest et Oral-B ne contiendront plus de microbilles d’ici mars 2016.

Target

 

Il était prévu que tous les produits de la marque ne contiennent plus de microbilles d’ici la fin de l’année 2015 et des négociations se déroulent avec les fournisseurs pour qu’il en soit de même.

Unilever PLC

Dove

A éliminé progressivement les microbilles avant la fin de l’année 2015.

Walgreen Co.

 

Négociations avec ses fournisseurs privés pour éliminer les microbilles.

Source : Beat the Micro Bead

 

À venir : Mise à jour des mesures législatives

Autres articles de la série :

De minuscules morceaux de plastique avec des conséquences énormes sur l’environnement et la santé humaine

Histoire et évolution des microbilles