Les chercheurs sur les proliférations d’algues s’adaptent à la demande en données

05 août 2016
Map image of three 2016 cyanobacterial blooms

Dans le cadre des projets réguliers de recherche sur l’environnement, le travail sur le terrain se fait en été, le traitement et l’analyse des échantillons se font à l’hiver et les résultats sont présentés lors de conférences scientifiques l’année suivante, puis sont éventuellement publiés dans des articles de revues. Ce paradigme a changé pour les chercheurs sur les proliférations d’algues nuisibles (PAN) dans le lac Érié. Les intervenants, les organismes de financement et les médias s’attendent désormais à avoir accès instantanément aux observations continues tirées des capteurs lacustres et accès en quelques heures aux images satellites, aux résultats d’épreuves en laboratoire et aux extrants de modèle traités.

Cette utilisation des données de recherche pour orienter les décisions opérationnelles présente des défis organisationnels et juridiques et en matière de logistique et d’éthique. Comme le temps manque pour le contrôle de la qualité, des discussions avec les collaborateurs ou l’interprétation, les gestionnaires des plages, les capitaines de bateaux de pêche d’excursion ou même les exploitants d’usines de traitement de l’eau potable peuvent mal interpréter les données préliminaires de recherche et les observations en temps réel.

Il n’y a pas de réseau de bouées et d’instruments fixes pour la mesure des proliférations d’algues appuyé par du personnel d’entretien permanent, des navires et un financement, contrairement aux réseaux d’instruments utilisés pour les prévisions météorologiques et la navigation (par exemple, radar Doppler ou balises de chenaux de la Garde côtière). Par conséquent, les chercheurs se sentent obligés de concentrer leur énergie à recueillir et à communiquer davantage de données de surveillance régulière plutôt qu’à réaliser des expériences, à mettre au point de nouvelles techniques et à encadrer les étudiants.

Les chercheurs qui étudient les PAN du lac Érié utilisent une variété de méthodes novatrices d’acheminement des données afin de fournir des mises à jour en temps opportun aux intervenants sur les conditions en évolution, tout en disposant de plus de temps pour s’acquitter d’autres responsabilités importantes. Des progrès connexes sont réalisés en ce qui concerne la mise en commun et la communication efficaces des données relatives aux PAN avec des non‑spécialistes dans des endroits au‑delà des Grands Lacs.

 

On s’attend à ce que les chercheurs travaillent en étroite collaboration avec des spécialistes d’autres établissements et disciplines, en plus d’interagir régulièrement et de communiquer clairement avec des journalistes qui veulent connaître leurs dernières observations. Les chercheurs qui étudient les phénomènes environnementaux qui pourraient avoir des répercussions sur la santé humaine, comme les proliférations d’algues toxiques, sont particulièrement populaires. Cependant, le public, qui peut comprendre des gestionnaires des ressources et le public en général, a besoin de renseignements dans des formes différentes que celles des renseignements destinés aux collègues du milieu universitaire et aux étudiants de deuxième ou troisième cycle.

Carte préparée à partir de données satellites des proliférations de trois espèces différentes de cyanobactéries, présentées dans l’Experimental Lake Erie Harmful Algal Bloom Bulletin du NOAA du 15 juillet 2016.
Carte préparée à partir de données satellites des proliférations de trois espèces différentes de cyanobactéries, présentées dans l’Experimental Lake Erie Harmful Algal Bloom Bulletin du NOAA du 15 juillet 2016.

Qu’est‑ce qui est en jeu? La santé des humains, des animaux de compagnie, du bétail et des écosystèmes, les revenus découlant du tourisme ainsi que la réputation des villes, des états, des établissements et des chercheurs eux‑mêmes sont menacés. La diffusion de « mauvais » renseignements qui sont inexacts ou incompréhensibles peut mettre les gens et les carrières en danger.

Qu’est‑ce qui fonctionne bien? Compte tenu de la demande du cycle des nouvelles en continu, la diffusion en ligne de données et de documents de référence, notamment des fiches de renseignements, des vidéos, des animations et des billets de blogue, permet aux journalistes et aux consommateurs d’avoir accès à des renseignements et à du contexte à jour chaque fois qu’ils le désirent, même s’il est impossible de communiquer avec leur chercheur local sur les PAN lorsqu’une prolifération se produit.

Les renseignements les plus à jour sur les PAN du lac Érié sont fournis par une collaboration occasionnelle d’organismes du gouvernement fédéral, des États et des provinces (National Oceanic and Atmospheric Administration, Environmental Protection Agency de l'Ohio et Sea Grant), d’universités (Heidelberg, Michigan, Ohio State, Toledo), d’installations de traitement de l’eau potable, d’organismes à but non lucratif (Great Lakes Observing System) et d’entreprises privées (Fondriest, LimnoTech). Les membres de ce groupe diffusent des données et des prévisions entre eux et avec le public des États‑Unis et du Canada au moyen de portails cartographiques Web et de fiches et tableaux prévisionnels envoyés automatiquement par courriel. Des systèmes similaires existent en Ontario, en Nouvelle‑Angleterre, dans le golfe du Mexique, en Californie et en Australie, entre autres.

 

Capture d’écran du HABs Data Portal du GLOS du 22 juillet 2016, qui montre des données sur la présence continue d’algues bleues, recueillies au moyen d’un instrument déployé à partir d’une bouée située près de la prise d’eau de Toledo (Ohio), sur le lac Érié. Il s’agit d’une des 18 stations sur le lac qui fournissent des mesures en temps réel.
Capture d’écran du HABs Data Portal du GLOS du 22 juillet 2016, qui montre des données sur la présence continue d’algues bleues, recueillies au moyen d’un instrument déployé à partir d’une bouée située près de la prise d’eau de Toledo (Ohio), sur le lac Érié. Il s’agit d’une des 18 stations sur le lac qui fournissent des mesures en temps réel.

Qu’est‑ce qui ne fonctionne pas? La concurrence entre des médias et des groupes de recherche peut pousser à faire preuve de sensationnalisme par rapport aux histoires relatives aux PAN ou à communiquer prématurément des hypothèses ou des interprétations de données. Des renseignements trop techniques, désuets, inexacts, vagues ou contradictoires peuvent semer la confusion chez les auditeurs, les lecteurs et les téléspectateurs. Parmi les autres problèmes liés au système de diffusion des renseignements concernant les PAN, mentionnons l’absence d’une autorité claire pour toute source (contrairement au National Hurricane Center, par exemple), un financement imprévisible pour la recherche et la communication, le défi de toucher divers publics et les contraintes de temps des chercheurs et des journalistes.

Pour le moment, l’Internet et les listes de distribution par courriel aident à fournir des renseignements aux médias et au public ainsi qu’à atténuer une partie de la pression que subissent les chercheurs. Cependant, cela ne peut pas encore remplacer les entrevues vidéo avec des chercheurs en action sur l’eau, sur la rive ou dans un laboratoire. De plus, il peut être bon de voir les personnes responsables des données de temps à autre.

Dans le cadre de l’analyse finale, les questions relatives aux proliférations d’algues toxiques concernent souvent la communication des risques et le fait de donner les moyens aux non‑spécialistes de prendre eux‑mêmes des décisions éclairées. Comme c’est le cas avec un médecin de famille ou un mécanicien automobile de confiance, il est utile de parler directement avec ceux qui s’y connaissent, pourvu qu’ils puissent vulgariser les termes et les concepts techniques en langage clair.