L’envahissante carpe de roseau qui fraie dans la rivière Sandusky soulève des questions épineuses

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Kevin Bunch
11 juillet 2016
Sandusky River

Durant une excursion de recherche menée à l’été 2015, une étudiante diplômée de l’université de Toledo a découvert des œufs viables issus de la fraie de carpes de roseau dans la rivière Sandusky. La carpe de roseau est une espèce envahissante de carpe asiatique. (Voir le lien suivant en anglais seulement pour plus de détails : spawning viable eggs in the Sandusky River).

Heureusement, la carpe de roseau n’est pas la pire espèce de carpe asiatique : la carpe à grosse tête et la carpe argentée sont deux espèces envahissantes qui sont maintenant dominantes dans le fleuve Mississippi et ses tributaires et qui gagnent la compétition avec les poissons indigènes pour la nourriture, y compris les espèces recherchées pour la pêche et les poissons-proies comme la perchaude.

La rivière Sandusky. Photo gracieuseté de : Holly Embke
La rivière Sandusky. Photo gracieuseté de : Holly Embke

La découverte d’œufs de cette espèce par Mme Holly Embke près de Fremont en Ohio, n’était pas la première indication que la carpe de roseau frayait dans la voie maritime, étant donné que des poissons juvéniles avaient été découverts à cet endroit en 2012. Cependant, cela représentait la première confirmation de la fraie de ce poisson dans le bassin des Grands Lacs. (Voir le lien suivant en anglais seulement : the first confirmation).

Mme Embke a expliqué que dans certains États des Grands Lacs, il est légal d’acheter des carpes de roseau stériles pour le contrôle de la végétation, car ils sont des herbivores voraces. Lorsque ces poissons s’échappent, ils peuvent se faire un chemin jusqu’aux Grands Lacs et l’on en retrouve maintenant dans tous les Grands Lacs, sauf dans le lac Supérieur. On croyait que les poissons qui avaient été achetés étaient triploïdes et stériles et n’entraient en compétition directe avec aucune espèce indigène.

Cependant, les poissons juvéniles que Mme Embke a découverts en 2012 étaient diploïdes ou en mesure de se reproduire. Mme Embke s’est rendue sur la rivière Sandusky une à trois fois par semaine entre les mois de juin et août 2015 et a étendu des filets bongo pour essayer de recueillir des œufs – en se disant que la température de l’eau semblait suffisamment chaude pour que les poissons tentent de frayer – en plus d’installer des pièges lumineux pour essayer de capturer des carpes juvéniles.

Comme l’a indiqué Mme Embke : « dans la rivière Sandusky nous pensions que les carpes iraient frayer dans ce secteur de la rivière se trouvant près de Fremont, en Ohio, parce que cet endroit répond aux caractéristiques des sites de fraie qu’elles utilisent dans leur région d’origine, c’est-à-dire des secteurs peu profonds et rocailleux ».

Même si elle n’a pas réussi à capturer de carpe juvénile, Mme Embke a ajouté qu’ils ont recueilli sept œufs dans les filets et un autre, de façon aléatoire, dans un piège lumineux installé un peu en aval. Tous les œufs avaient été fertilisés et en étaient à différentes étapes de leur développement.

Œufs de carpe de roseau recueillis dans la rivière Sandusky. Photo gracieuseté de : Holly Embke
Œufs de carpe de roseau recueillis dans la rivière Sandusky. Photo gracieuseté de : Holly Embke

Mme Embke a déjà amorcé une deuxième étude sur le terrain dans la rivière Sandusky cette année et espère réduire la zone de recherche de la frayère afin de déterminer plus précisément où les carpes juvéniles se trouvent et pourraient être capturées.

La gestion des populations de carpes est très importante, surtout si elles se reproduisent dans le bassin des Grands Lacs. Mme Embke a indiqué que l’appétit de la carpe de roseau pour les plantes aquatiques combiné à une augmentation des populations de carpes aurait des répercussions néfastes sur l’habitat des oiseaux aquatiques, des insectes et d’autres poissons du littoral en plus d’accroître l’érosion des sols et de réduire la qualité de l’eau dans son ensemble en raison de l’élimination des plantes aquatiques consommées par ces poissons.

M. Jeff Tyson, administrateur des pêches du lac Érié du Département des ressources naturelles (DRN) de l’Ohio, a indiqué que des plans de mesures d’urgence et d’intervention en sont aux étapes préliminaires, mais que l’État devrait disposer de plans précis d’ici 2017 ou 2018 pour contrer la carpe de roseau. Pour le moment, a poursuivi M. Tyson, le Département des ressources naturelles ne dispose pas de suffisamment d’information sur les espèces se trouvant dans la rivière et sur l’emplacement des frayères pour réaliser une intervention significative. Même si la présence de carpes de roseau a été signalée au début des années 1980, ce n’est pas avant 2011 que l’Ohio a commencé à documenter les cas d’observations de carpes de roseau. Dans l’intervalle, le DRN s’efforce de déterminer exactement où la présence de carpes de roseau a été confirmée dans la rivière Sandusky et à quels endroits se trouvent les frayères.

Les chercheurs de l’Ohio travaillent en collaboration avec le Département des ressources naturelles du Michigan afin d’étiqueter des carpes et d’utiliser cette information pour échantillonner des données. M. Tyson a indiqué que l’État est également intéressé à recueillir tout spécimen de carpe de roseau capturé par des pêcheurs, aux fins de recherche. Vous pouvez signaler toute capture ou toute observation au moyen du lien suivant : ohiodnr.gov/reportais.

Une carpe de roseau. Photo gracieuseté de : USDA APHIS PPQ
Une carpe de roseau. Photo gracieuseté de : USDA APHIS PPQ

Une carpe de roseau adulte solitaire a également été capturée par un pêcheur commercial dans le fleuve Saint-Laurent en mai 2016 (voir le lien suivant en anglais seulement : caught by a commercial fisherman in the St. Lawrence River), capture qui a soulevé des préoccupations du fait que cette espèce envahissante pourrait avoir atteint cette voie navigable. M. Jacques Nadeau, directeur des communications pour le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, a indiqué que ce poisson solitaire âgé de 20 à 25 ans semble être un cas isolé et qu’il n’aurait sans doute pas eu la chance de pondre des œufs. Le gouvernement provincial a prévu un budget de 1,7 million de dollars canadiens d’ici 2018 afin de poursuivre les études sur ce cours d’eau et pour préparer une intervention d’urgence si l’on trouve d’autres carpes de roseau.

La Commission mixte internationale (IJC) est en faveur d’une séparation écologique (voir le lien suivant en anglais seulement : ecological separation) des Grands Lacs du fleuve Mississippi afin d’empêcher que la carpe asiatique envahissante se répande dans tout le bassin des Grands Lacs. Cette mesure de séparation comporterait l’utilisation de barrières pour empêcher les poissons de cette espèce d’atteindre les Grands Lacs. 

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Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.