Le marquage des poissons fournit aux autorités de précieuses données sur les frayères et les passes à poissons dans la rivière Rouge

Picture of Kevin Bunch
Kevin Bunch
21 août 2018
Hansen from the University of Nebraska and Charles from Fisheries and Oceans Canada insert a small transmitter tag inside of a fish
Henry Hansen de l’Université du Nebraska et Colin Charles de Pêches et Océans Canada introduisent un petit émetteur à l’intérieur d’un poisson. Photo : Doug Watkinson/MPO
Henry Hansen de l’Université du Nebraska et Colin Charles de Pêches et Océans Canada introduisent un petit émetteur à l’intérieur d’un poisson. Photo : Doug Watkinson/MPO

La gestion durable des populations de poissons dans la rivière Rouge et dans le lac Winnipeg exige une coopération transfrontalière et une importante quantité de données sur les zones où les poissons fraient, se nourrissent et vivent. Un projet bilatéral de marquage des poissons a été mis en branle afin de suivre leurs déplacements. Les premières données recueillies montrent comment la carpe commune envahissante et les espèces indigènes comme le barbue de rivière, le buffalo à grande bouche, l’esturgeon jaune et le doré jaune utilisent leur environnement ainsi que les zones où l’on retrouve des engorgements dans le réseau fluvial.

Le projet a été lancé il y a deux ans par Pêches et Océans Canada (MPO) et se poursuivra jusqu’en 2022, selon Eva Enders, chercheuse scientifique au Ministère. Pour suivre les poissons, les chercheurs les ont attrapés puis leur ont implanté par une intervention chirurgicale un petit émetteur avant de les relâcher au même endroit. L’émetteur émet un signal sonore toutes les unes à trois minutes. Un réseau de récepteurs installé le long de la rivière Rouge et dans certaines parties du lac Winnipeg ainsi que des rivières Assiniboine et Winnipeg permet aux chercheurs de détecter les poissons marqués lorsqu’ils passent dans un rayon d’un à deux kilomètres d’un récepteur.

« Les récepteurs enregistrent le code unique de l’émetteur. Nous savons donc quand et à quel récepteur le poisson passe », indique Mme Enders. Les chercheurs vont recueillir les données des récepteurs tous les six à douze mois.

(Lire également : « La population de gaspareaux s’accroît selon les dénombrements les plus récents dans la rivière Ste Croix »)

Un programme de marquage des poissons existait déjà dans la rivière Rouge dans le cadre duquel des étiquettes étaient apposées sur les barbues de rivière depuis 2012, ajoute Mark Pegg, écologiste piscicole à l’Université du Nebraska. Les pêcheurs peuvent signaler les poissons marqués lorsqu’ils les attrapent, ce qui donne aux chercheurs une idée des populations et des déplacements. M. Pegg fait observer que les émetteurs utilisés dans le cadre de la nouvelle étude télémétrique permettent aux chercheurs de déterminer avec plus d’exactitude les déplacements et de savoir quand et où les poissons se déplacent.

Un chercheur remet un doré jaune à l’eau après avoir inséré un émetteur sonore à l’intérieur du poisson. Photo : Doug Watkinson/MPO
Un chercheur remet un doré jaune à l’eau après avoir inséré un émetteur sonore à l’intérieur du poisson. Photo : Doug Watkinson/MPO

En plus des données sur les variables environnementales, ainsi que les recommandations et les rapports du Conseil international de la rivière Rouge, les responsables de la gestion des eaux peuvent utiliser les données sur les déplacements des poissons pour déterminer le débit nécessaire au cycle de vie des espèces de poissons visées par l’étude, selon Mme Enders.

Même si les données ne permettent pas de déterminer les zones exactes de fraie, Mme Enders indique que les chercheurs peuvent voir les cours d’eau empruntés par les poissons et les sites où ils reviennent au cours de la saison de la fraie, ce qui leur permet indirectement de savoir où sont les frayères. Les données ont par ailleurs une utilité directe pour les organismes du Dakota du Nord, du Minnesota et du Manitoba, car elles servent de base à leurs décisions relatives à la gestion des pêches.

Emplacement des récepteurs le long des rivières Rouge, Winnipeg et Assiniboine. Les récepteurs dans le lac Winnipeg ne sont pas montrés sur cette carte. Photo : MPO
Emplacement des récepteurs le long des rivières Rouge, Winnipeg et Assiniboine. Les récepteurs dans le lac Winnipeg ne sont pas montrés sur cette carte. Photo : MPO

Mme Enders ajoute que grâce aux données télémétriques sur les poissons, les chercheurs peuvent déterminer quels poissons peuvent passer les barrages et les écluses dans le réseau de la rivière Rouge et du lac Winnipeg. Parmi ces barrages et écluses, citons le barrage Drayton, l’écluse et le barrage St. Andrews sur la rivière Rouge et le canal de dérivation de Portage sur la rivière Assiniboine.

Selon les résultats préliminaires, on observe un certain mouvement en aval de l’écluse et du barrage St. Andrews, et des mouvements limités en amont à St. Andrews et dans le canal de dérivation de Portage.

Néanmoins, les poissons entrent et sortent du lac Winnipeg dans la rivière Rouge. À l’heure actuelle, les données ne sont pas disponibles pour le barrage de Drayton, car le téléchargement des données des récepteurs n’est pas terminé, selon Mme Enders. M. Pegg fait remarquer que, même si l’écluse et le barrage St. Andrews sont munis d’une passe migratoire, les deux autres barrages sont bas, ce qui permet le passage des poissons lorsque l’eau est suffisamment haute.

M. Pegg indique que, lorsque les conditions hydrographiques sont adéquates, on a observé un déplacement des poissons de part et d’autre de la frontière canado-américaine. D’ailleurs, ces données transfrontalières pourraient s’avérer extrêmement utiles pour l’élaboration d’une stratégie commune de gestion des pêches. Il souligne que le Manitoba et les États-Unis ont une approche différente pour la gestion des pêches, mais que les deux souhaitent assurer le maintien des populations de barbues, un poisson prisé des amateurs de pêche. En ayant une meilleure idée de la façon dont les poissons utilisent le réseau hydrographique, les organismes peuvent planifier ensemble des mesures adaptées au cycle de vie des poissons.

Ces données pourraient également guider les efforts de réhabilitation de la mulette feuille-d’érable qui est classée comme une espèce menacée et dont le barbue de rivière est le seul hôte connu pour les larves. En étudiant le poisson-hôte, les responsables pourront élaborer un plan de gestion des risques pour le barbue qui favorisera la reproduction des mulettes, selon Mme Enders.

Mme Enders ajoute que l’étude sur les déplacements des poissons peut également fournir des données de base à l’US Army Corps of Engineers dans le cadre du projet de dérivation Fargo-Moorhead. Ces données permettront aux responsables d’évaluer les conséquences potentielles du projet sur le passage des poissons et leur cycle de vie.

L’étude est possible grâce au financement de Pêches et Océans Canada, du Manitoba Fish and Wildlife Enhancement Fund, d’Environnement et Changement climatique Canada, de la Lake Winnipeg Foundation, de Manitoba Hydro, de Fish Futures Inc. et de l’Initiative internationale sur les bassins hydrographiques de la Commission mixte internationale (CMI), laquelle a financé les récepteurs installés sur la rive américaine de la rivière Rouge ainsi que le marquage des poissons supplémentaires et la gestion de données.

L’émetteur inséré par intervention chirurgicale dans les poissons est minuscule et émet un signal sonore toutes les unes à trois minutes, lequel est capté par les récepteurs à proximité. Photo : Doug Watkinson/MPO
L’émetteur inséré par intervention chirurgicale dans les poissons est minuscule et émet un signal sonore toutes les unes à trois minutes, lequel est capté par les récepteurs à proximité. Photo : Doug Watkinson/MPO

 

Picture of Kevin Bunch
Kevin Bunch

Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.