L’atteinte des buts relatifs à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs : défis et réussites pour la CMI

18 janvier 2017

 

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Sherri Mason, de SUNY-Fredonia, a dirigé une étude sur les microplastiques dans les Grands Lacs à bord du navire de recherche Niagara en 2012. Les minuscules morceaux de plastique constituent une préoccupation croissante pour l’environnement dans les Grands Lacs.
Crédit : SUNY-Fredonia

Les terres humides côtières du bassin des Grands Lacs sont en train de se rétablir, offrant un habitat et filtrant les eaux naturellement le long des rives. Des secteurs préoccupants qui souffrent depuis longtemps de la dégradation et de la pollution s’améliorent. On est en train d’établir des plans pour réduire les volumes de nutriments qui pénètrent dans le lac Érié et contrôler les proliférations d’algues. De nouvelles espèces aquatiques ont été exclues des lacs et l’on a dressé une première liste de substances chimiques d’intérêt mutuel. Le Canada et les États-Unis ont réalisé des progrès importants pour remettre en état et protéger les lacs, même s’il y a encore beaucoup de travail à faire pour atteindre les objectifs de l’Accord de 2012 relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

Voici les constatations clés contenues dans un nouveau projet de rapport d’étape sur l’évaluation triennale de la CMI. L’accord oblige la CMI à déterminer aux trois ans dans quelle mesure les pays traitent tout un éventail d’enjeux dans les Grands Lacs. Le rapport d’étape sur l’évaluation triennale, maintenant diffusé pour contribution du public, présente un tableau en grande partie positif. Ses constatations découlent du travail effectué par la CMI et ses conseils consultatifs des Grands Lacs, ainsi que du Rapport d’étape des parties que le Canada et les États-Unis ont dévoilé en septembre dernier.

Le rapport final d’évaluation triennale, qui sera publié à la fin de 2017, devrait contenir des recommandations et des suggestions au sujet des efforts que le Canada et les États-Unis devront déployer pour protéger le bassin. La CMI encourage la population des deux pays à contribuer par ses réflexions et ses commentaires au rapport d’évaluation triennale, à l’adresse ParticipateIJC.org et au cours d’une série de réunions publiques qui auront lieu en mars (voir « À votre tour ») afin d’aider à formuler les recommandations finales.

L’Accord de 2012 comporte une série d’objectifs qui guideront les deux pays, huit États et deux provinces au sujet des enjeux liés aux Grands Lacs.

Eau potable et polluants

Les rapports d’évaluation triennale signalent que la qualité des Grands Lacs en général a peu changé pour la natation et d’autres usages récréatifs. Les eaux étaient sans danger pour la natation au cours de 96 p. 100 de la saison aux États-Unis et de 78 p. 100 de la saison en Ontario, ce qui a laissé aux gens amplement d’occasions de profiter des lacs sans avoir à s’inquiéter des bactéries E. coli ou des proliférations d’algues.

La CMI a établi de plus que lorsqu’elle est traitée comme il se doit, l’eau de source provenant des lacs est potable même s’il y a eu quelques incidents dignes de mention. Un avis de « ne pas boire » lancé en 2014 à Toledo, en Ohio, ainsi qu’à l’Île Pelee, en Ontario, était relié directement à la pollution de l’eau des Grands Lacs lorsqu’on a découvert une concentration dangereuse d’une toxine, soit la microcystine, dans l’eau traitée au cours d’une prolifération d’algues dans le lac Érié. D’autres incidents de contamination d’eau potable comme celui qui est survenu à Flint, au Michigan, où des concentrations élevées de plomb ont pénétré par lixiviation dans des canalisations de distribution en 2015 parce que l’on n’avait pas soumis l’eau à des traitements anticorrosion, aident aussi à nous rappeler qu’il est possible d’améliorer la façon de livrer l’eau potable en toute sécurité à la population du bassin.

L’amélioration ou le maintien de la qualité de l’eau potable dans le bassin ont progressé aussi un peu. Sur les 10 zones préoccupantes des Grands Lacs qui avaient des problèmes de qualité de l’eau potable – soit des restrictions à la consommation ou des problèmes de goût et d’odeur – sept n’ont plus de problèmes et les dirigeants s’attendent à ce que deux des trois autres n’en aient plus au cours des deux ou trois prochaines années.

Les États-Unis et le Canada effectuent en outre des études sur la qualité des eaux souterraines pour déterminer si les réserves d’eaux souterraines, qui sont en général bonnes, s’améliorent. Cette recherche devrait aussi donner aux chercheurs une meilleure idée de l’effet que la qualité et la quantité des eaux souterraines ont sur les réserves d’eaux de surface dans le bassin. Comme des collectivités et des puits individuels peuvent dépendre des eaux souterraines, il est crucial pour la santé publique d’assurer que les approvisionnements soient solides, se rechargent et ne contiennent pas de polluants chimiques. La Loi sur l’eau saine de l’Ontario oblige à établir des plans de protection des eaux de source tandis que du côté des États-Unis, les États peuvent établir volontairement, en vertu de la Safe Drinking Water Act des États-Unis, des plans pour exclure les produits chimiques dangereux de l’eau potable.

La pollution chimique continue de menacer la santé humaine et écosystémique, et le Canada et les États-Unis ont du retard face à cet enjeu dans les Grands Lacs. Le rapport d’évaluation triennale signale que les concentrations de substances chimiques toxiques présentent un peu de tout – certains produits chimiques existants diminuent tandis que d’autres semblent augmenter, ce qui pourrait annoncer de graves problèmes à l’avenir. Les pays ont dressé une liste initiale de substances chimiques d’intérêt mutuel et élaborent des stratégies pour les contrôler, mais la liste a été terminée en mai seulement et les stratégies binationales visant à contrôler ces substances ont du retard. Les stratégies pilotes visant deux des substances chimiques identifiées sont incomplètes et le processus d’élaboration n’est pas transparent pour le public.

Lorsqu’il est question de la présence de substances chimiques dans la faune, les deux pays ont réalisé des progrès pour réduire la quantité de contaminants existants – comme le DDT ou les BPC – dans le poisson que consomme souvent la population, mais on a quand même diffusé des avis dans le cas de certaines espèces et de certains secteurs à cause de la présence de ces contaminants existants. Les deux pays continuent de contrôler les concentrations de contaminants dans le poisson des Grands Lacs que consomment en général les populations humaines, même s’il faut plus de données pour déterminer si les deux pays réalisent d’autres progrès. C’est particulièrement important pour les collectivités qui consomment plus que d’autres du poisson capturé sur la scène locale et pour les pêcheurs sportifs qui aiment aussi consommer leurs prises.

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Les installations industrielles et chimiques le long des voies d’eau des Grands Lacs – y compris des tributaires comme la rivière Rouge au Michigan ci‑dessus – ont toujours été des sources clés de pollution chimique dans les lacs. Crédit : EPA

Conditions environnementales, changements climatiques et ruissellements de nutriments

D’autres objectifs de l’Accord sur la qualité de l’eau dans les Grands Lacs préconisent des terres humides en bonne santé et productives et chargent les États-Unis et le Canada de protéger et de remettre en état les terres humides et d’autres habitats dans toute la région des lacs. Le rapport d’évaluation triennale indique que les terres humides côtières s’améliorent dans tout le bassin, offrant un habitat à toutes sortes d’espèces indigènes et une barrière protectrice visant à réduire le volume des ruissellements de polluants et de nutriments qui pénètrent dans les lacs.

Cette amélioration appuie aussi un autre objectif de l’Accord, qui est de contrôler le ruissellement des nutriments et les proliférations d’algues qui en découlent. Selon Li Wang, bioscientifique de la CMI, les États-Unis ont fourni à des organisations locales des fonds pour la remise en état de l’habitat dans le contexte de l’initiative de restauration des Grands Lacs tandis qu’Environnement et Changement climatique Canada a utilisé de l’argent provenant du Fonds de conservation de la faune pour appuyer presque 40 projets de remise en état dans le bassin. Le Plan 2014 approuvé récemment pour la régularisation des débits d’eau au barrage Moses Saunders aidera aussi à remettre en état quelque 64 000 acres de terres humides autour du lac Ontario et du Saint-Laurent, qui ont été dégradées à cause des plans antérieurs de gestion de l’écoulement de l’eau.

Les ruissellements de nutriments (provenant principalement de sources agricoles) constituent un problème sérieux dans tous les lacs sauf le lac Supérieur et la CMI a constaté qu’il s’aggrave. Ces nutriments contribuent à l’apparition de proliférations d’algues indésirées et appauvrissent l’oxygène, rendent les eaux toxiques et endommagent le réseau alimentaire. Les deux pays ont convenu d’essayer de réduire les ruissellements de nutriments dans le lac Érié de 40 p. 100 d’ici à 2025 par rapport aux niveaux de 2008 et sont en train d’établir des plans d’action pour y parvenir. Ces plans doivent être prêts en février 2018.

Les plans en question doivent être rigoureux pour produire les réductions visées, mais les plans en préparation ne prévoient pas suffisamment de mesures relatives à la remise en état des terres humides et à la construction pour aider à atteindre les objectifs, selon le rapport d’évaluation triennale. Ces proliférations sont particulièrement prévalentes dans le lac Érié, même si elles ont fait leur apparition à divers endroits partout dans les Grands Lacs, du port de Hamilton dans le lac Ontario jusqu’à la baie de Saginaw dans le lac Huron. On recommande à la population générale de ne pas nager ni pêcher dans les voies d’eau lorsque des bulletins mis à jour régulièrement indiquent que ce n’est pas sécuritaire à cause de ces proliférations.

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Une prolifération d’algues nuisible s’étend dans l’ouest et le centre du lac Érié en octobre 2011. Les nutriments qui s’écoulent dans les lacs et nourrissent les proliférations d’algues représentent un problème auquel les États-Unis et le Canada s’attaquent. Crédit : NASA Landsat-5

L’Accord prévoit que les lacs doivent être libres de nouvelles espèces envahissantes et qu’il faut limiter le plus possible la propagation et l’effet de celles qui existent déjà. Les États-Unis et le Canada ont certes pu bloquer l’apparition d’espèces envahissantes dans les Grands Lacs en appliquant les exigences relatives à la vidange des eaux de ballast – basées sur des normes proposées par l’Organisation maritime internationale – mais des espèces nuisibles comme les Phragmites, les moules zébrée et quagga continuent de se propager et de causer des ravages dans l’écosystème indigène. Il n’y a pas d’estimation détaillée des répercussions économiques de ces espèces, même s’il en coûte de l’argent pour contrôler la lamproie marine dans les tributaires et éliminer les moules des infrastructures. Des recherches effectuées dans les deux pays continuent de trouver de nouvelles façons de contenir et, peut-être, d’éradiquer ces espèces envahissantes par de nombreux moyens, y compris les phéromones, les barrières électriques et acoustiques et les contrôles chimiques. 

Le rapport d’évaluation triennale traite d’autres préoccupations environnementales dans le cas des Grands Lacs, ainsi que des populations et de la faune qui les entourent, dans le contexte de l’objectif global relatif à la qualité de l’eau qui consiste à libérer les lacs des substances, matières « ou conditions » qui ont une incidence négative sur eux.  Les animaux peuvent ingérer des débris de plastique appelés microplastiques, ce qui cause toutes sortes de problèmes de santé qui peuvent grimper dans la chaîne alimentaire jusqu’à l’être humain. Les deux pays ont adopté des lois qui interdiront les produits contenant des microbilles, mais celles‑ci constituent seulement un sous-groupe limité de tous les microplastiques. Il faut redoubler d’efforts pour empêcher tous les autres plastiques dégradés de pénétrer dans les lacs à la suite de choix portant sur l’élimination des déchets. 

Enfin, les changements climatiques sont à l’origine d’une tendance générale à la diminution de la couverture de glace dans les Grands Lacs, ce qui a des répercussions sur l’écosystème et les niveaux d’eau pendant le reste de l’année. Le Canada prépare des modèles de changements climatiques particuliers à la région des Grands Lacs et au fleuve Saint-Laurent, mais la CMI croit qu’une démarche binationale unifiée menée par les gouvernements fédéral et régionaux pour s’adapter aux changements climatiques constitue la meilleure façon d’aller de l’avant et qu’il faudrait explorer cette possibilité. Le rapport d’évaluation triennale est le fruit de trois ans de travail et le premier publié depuis la signature de l’Accord de 2012. La Commission espère qu’il aidera à guider et maintenir les progrès pendant les années à venir au cours desquelles les gouvernements chercheront à redonner leur intégrité aux eaux des Grands Lacs.

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es terres humides, comme celles‑ci dans la baie Batchawana en Ontario, constituent des barrières naturelles importantes qui empêchent les polluants de pénétrer dans les Grands Lacs et s’améliorent depuis quelques années. Crédit : IJC