L’approche de la « double optique » apporte de multiples perspectives au nouveau rapport sur l’état du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie

Picture of Kevin Bunch
Kevin Bunch
18 mai 2022
rainy lake of the woods basin map

Carte des différentes administrations et nations du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie incluse dans le troisième rapport sur l’état du bassin. Source : Grand Conseil du Traité no 3

Le troisième rapport sur l’état du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie donne un aperçu des problèmes hydrologiques les plus pressants auxquels la région fait face, dont la pollution par les nutriments, la prolifération des algues et les changements climatiques. C’est aussi la première fois, pour cette série de rapports, que les connaissances écologiques autochtones occupent le premier plan aux côtés de la science occidentale.

Le rapport a été dévoilé lors du Forum du bassin versant du lac des Bois et de la rivière à la Pluie de mars 2022. Il a été rédigé et révisé par deux auteurs, Bev Clark, qui se concentre sur les approches scientifiques occidentales, et Lucas King, qui s’occupe des connaissances écologiques autochtones.

Des représentants d’organismes gouvernementaux locaux, du Minnesota, de l’Ontario, du Manitoba, des gouvernements fédéraux et des nations autochtones ont tous joué un rôle dans son élaboration, en examinant les données et ce qui a été rédigé des deux points de vue.

Les experts du Grand Conseil du Traité n3 et de l’International Multiagency Arrangement, qui se composent de personnel local et d’agences des deux côtés de la frontière, ont vraiment joué un rôle essentiel dans la rédaction du rapport, a déclaré Todd Sellers, président de la Lake of the Woods Sustainability Foundation et membre du Conseil international du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie de la CMI. « J’estime que ce rapport fournira une vision holistique de l’état du bassin qui reflétera les systèmes de connaissances autochtones et les perspectives sur l’état des écosystèmes et des ressources aquatiques », devait affirmer M. Sellers : « C’est la grande différence entre ce rapport et celui de 2014. »

Lucas King, directeur de l’unité de planification territoriale pour le Grand Conseil du Traité n3 a ajouté : « Le rapport sur l’état du bassin est une étape importante pour approfondir la collaboration entre les systèmes de connaissances autochtones et occidentaux dans l’ensemble du bassin ».

La nature complexe de la gouvernance multipartite qui y règne présente son propre ensemble de défis. Cependant, la façon dont nous travaillons ensemble, apprenons et respectons les connaissances et les systèmes de chacun pour relever ces défis est fondamentale si l’on veut respecter et approfondir les relations à titre de partenaires du Traité, tout en soutenant notre relation et nos responsabilités à l’égard de Nibi (l’eau), conformément aux principes énoncés dans la Déclaration sur Nibi du Traité n3 ».

Nous avons beaucoup appris depuis le rapport de 2014 grâce à des études distinctes menées par la Minnesota Pollution Control Agency et Environnement et Changement climatique Canada, nous a indiqué M. Sellers.

Le rapport a révélé que la pollution par les nutriments et la prolifération d’algues dans le lac des Bois demeurent l’un des principaux problèmes dans le bassin. Au moment de la publication du rapport, le Minnesota avait déterminé les cibles de chargement pour la pollution par les nutriments dans le lac, et le Canada était encore en train de mettre les siennes au point. M. Sellers dit espérer qu’une fois ce travail terminé, un effort binational visant à réduire l’introduction de nouveaux nutriments dans le système permettra d’alléger le problème de la prolifération des algues.

Rien n’indique que les niveaux ou concentrations d’éléments nutritifs dans le lac des Bois aient changé depuis la parution du rapport précédent, en 2014, estime M. Sellers. En raison de la taille du lac, les concentrations varient en fonction de la période de l’année et de la place occupée par le lac, la pointe sud affichant souvent les concentrations les plus élevées pendant l’été jusqu’à la fin de l’automne.

2022 report algae lake of the woods

Prolifération d’algues dans le lac des Bois. Photo : Nancy Dunnel

Outre le problème des éléments nutritifs, le rapport révèle que très peu d’autres contaminants, comme les métaux lourds, les produits chimiques et l’arsenic, dépassent les objectifs fixés et les niveaux d’alerte dans le bassin. La plupart des dépassements ont été détectés dans la rivière à la Pluie. Il y a aussi des préoccupations dans la région des eaux d’amont du bassin au sujet des mines proposées et de tout problème de qualité de l’eau à long terme qui pourrait en découler.

Les espèces envahissantes continuent d’être une préoccupation majeure, nous a confié M. Sellers, en particulier la moule zébrée.

Des larves de moules zébrées ont été détectées dans la baie Black du lac à la Pluie, et bien qu’aucune colonie adulte n’ait été trouvée jusqu’à présent, il est, selon lui, probable qu’elles se cachent quelque part. On avait déjà trouvé ces larves dans le sud du lac des Bois, et une espèce tout aussi envahissante, le cladocère épineux, a été détectée pendant des années dans la région.

Le Conseil du bassin du lac des Bois et de la rivière à la Pluie a appuyé une évaluation des risques liés aux espèces aquatiques envahissantes afin de déterminer les menaces les plus importantes pour le bassin en fonction de la facilité de transport et du risque d’établissement. Le cladocère épineux, l’écrevisse rouillée, le gobie à taches noires et la moule zébrée figurent tous sur la liste.

En 2018, le Conseil a mis en place des « protocoles pour l’esturgeon » pour gérer le débit dans le bassin pendant la saison de frai; on espère que la mesure contribuera à renforcer la population d’esturgeons au fil du temps. Le Conseil et les partenaires autochtones sont par ailleurs en train de concevoir une étude visant à élaborer un protocole semblable pour le riz Manoomin, ou riz sauvage, qui aiderait cette plante importante sur le plan culturel et culinaire à survivre pour être récoltée le long des rives du bassin.

Les changements climatiques demeurent une grande préoccupation pour la région, précise M. Sellers. Selon certaines études, le réchauffement climatique entraînerait probablement davantage de phénomènes météorologiques extrêmes et de températures de l’eau plus élevées dans la région, ce qui se traduirait par un plus grand nombre d’habitats pour les espèces envahissantes indésirables et une saison de prolifération d’algues plus longue.

« Les données du lac des Bois et les ensembles de données à long terme à proximité de la Région des lacs expérimentaux montrent que la saison de croissance sans glace devient de plus en plus longue dans le bassin avec un ajout moyen de trois à quatre jours par décennie », juge M. Sellers.

Le rapport décrit une série de lacunes et formule des recommandations relatives aux connaissances, notamment sur le plan de l’harmonisation des efforts de prévention des espèces envahissantes, l’élaboration d’un cadre intergouvernemental de planification du bassin hydrographique, la mobilisation des nations autochtones pour veiller à ce que chacune participe dans la mesure et de la manière qui lui convient, la préparation d’une carte des activités minières dans le bassin hydrographique et l’élaboration d’outils pour faire face aux conditions de sécheresse.

Le rapport complet et un aperçu peuvent être consultés sur le site Web de la Lake of the Woods Sustainability Foundation et sur le site Web de la CMI. Les travaux relatifs au rapport ont commencé en 2021 avec l’aide de l’Initiative internationale des bassins hydrographiques de la CMI.

 

Picture of Kevin Bunch
Kevin Bunch

Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.