La poussière pourrait-elle avoir une incidence sur la gestion de l’eau dans l’Ouest?

21 août 2018
dust particles

 

Les particules de poussière accélèrent la fonte des neiges. Photo : Jeff juge, NSIDC
Les particules de poussière accélèrent la fonte des neiges. Photo : Jeff juge, NSIDC

Des études récentes du département américain de l’Énergie indiquent que les particules de poussière et de suie peuvent faire accélérer la fonte de la neige accumulée sur les montagnes, ce qui aurait une incidence sur les apports d’eau dus à la fonte des neiges. Il est désormais possible que la fonte des neiges dans les Rocheuses de l’ouest des États-Unis ait lieu plusieurs semaines plus tôt que la normale en raison de la poussière et de facteurs climatiques. De quelles façons la poussière et la suie pourraient-elles influer sur la gestion de l’eau des rivières que se partagent le Canada et les États-Unis dans l’Ouest?

La construction de routes, l’agriculture intensive et les changements climatiques ont augmenté la quantité de poussière qui pénètre dans l’atmosphère et qui peut être déposée sur de longues distances. Comme l’indique une publication de l’université de Yale : « l’augmentation de la sécheresse due au réchauffement climatique est une cause majeure du problème de la poussière, puisque la sécheresse tue la végétation et désagrège le sol en particules qui peuvent être soufflées par le vent. »

La poussière en suspension dans l’air peut se déposer sur la neige accumulée sur les montagnes. Ces particules donnent une teinte plus foncée à la neige, qui absorbe alors plus d’énergie solaire et fond plus rapidement. La neige fraîchement tombée peut généralement refléter 90 à 95 % de l’énergie solaire.

Pourquoi la fonte des neiges prématurée importe-t-elle? Le moment de la fonte ainsi que les quantités de neige fondue et d’eau de ruissellement qui en résultent peuvent avoir une incidence sur les besoins écologiques et humains, y compris sur la fraie des poissons, la croissance des plantes, les loisirs et l’agriculture. Un manque d’eau pourrait également entraîner une augmentation des feux de forêt, bien que cela n’ait pas été approfondi dans les recherches récentes du département américain de l’Énergie.

Déversement du barrage de Zosel dans le lac Osoyoss, en bordure de la Colombie-Britannique et de l’État de Washington. Photo : CMI
Déversement du barrage de Zosel dans le lac Osoyoss, en bordure de la Colombie-Britannique et de l’État de Washington. Photo : CMI


De nombreuses régions du Canada et des États-Unis dépendent de la fonte des neiges pour s’approvisionner en eau. Les barrages le long de la frontière ouest fournissent de l’eau potable et permettent de faire de l’irrigation agricole et de réguler les inondations en retenant l’eau et en la rejetant de façon contrôlée. Les lâchures contrôlées obéissent à des procédures opérationnelles particulières qui sont généralement fondées sur des données climatiques historiques.

Puisque les changements climatiques dérèglent les régimes de précipitations et les écarts de température, la poussière est parfois un facteur oublié, mais influent, sur les régimes de ruissellement dus à la fonte des neiges. Une étude publiée dans Geophysical Research Letters a révélé que la poussière est le principal coupable, par opposition à la température de l’air et qu’elle occasionne des hausses de niveau d’eau plus rapides dans les rivières à cause du ruissellement de la fonte des neiges.

Les impacts des changements climatiques se font déjà sentir dans les bassins hydrographiques (comme celui d’Osoyoos) dont la principale source d’eau est la fonte des neiges. Dans la région du lac Osoyoos, les crues printanières (qui découlent du ruissellement de la fonte des neiges) de 2016 et de 2018 ont atteint leur point culminant, presque un mois plus tôt que d’habitude. L’accumulation de neige record et la fonte rapide de celle-ci en 2018 ont créé des conditions d’inondation dans la région d’Osoyoos.

La gestion de l’eau sera toujours difficile, mais de nouvelles technologies de surveillance comme celles de Terra, le satellite de la NASA, peuvent fournir aux scientifiques et aux gestionnaires de l’eau plus d’informations : quantité de poussière sur la neige, amélioration potentielle des prévisions, prévention des inondations et efforts de stockage de l’eau.

Les changements climatiques testeront la résilience des systèmes d’infrastructures du Canada et des États-Unis. Les impacts ressentis dans le sud des Rocheuses pourraient indiquer aux gestionnaires de l’eau le nombre de défis potentiels à venir.

La NASA a des satellites comme Terra (vue artstique) qui peuvent mesurer la poussière accumulée sur la neige et estimer l’énergie absorbée par cette dernière. Ces satellites permettent d’anticiper avec plus de précision le ruissellement de la neige fondue. Photo : NASA.
La NASA a des satellites comme Terra (vue artstique) qui peuvent mesurer la poussière accumulée sur la neige et estimer l’énergie absorbée par cette dernière. Ces satellites permettent d’anticiper avec plus de précision le ruissellement de la neige fondue. Photo : NASA.