La carte de narration aide à visualiser la qualité de l’eau dans le bassin de la rivière Rouge

14 juin 2018
red river story map

Kevin Bunch, CMI

La carte de la rivière Rouge met en évidence les lieux d’échantillonnage des polluants, et indique l’importance des concentrations pour chacun d’eux. Source : USGS.
La carte de la rivière Rouge met en évidence les lieux d’échantillonnage des polluants, et indique l’importance des concentrations pour chacun d’eux. Source : USGS.

La rivière Rouge, qui coule vers le nord entre le Dakota du Nord et le Minnesota et traverse le sud du Manitoba, n’est pas le seul cours d’eau canado-américain aux prises avec des problèmes de polluants comme l’azote, le phosphore et les sulfates. Cependant, comme son bassin versant chevauche deux pays, la compilation des données pour quantifier le problème pose une difficulté supplémentaire. Les informations provenant de deux pays, de deux États et d’une province doivent être combinées pour comprendre l’étendue des conditions qui prévalent dans la rivière.

Une collaboration entre la CMI et le Service géologique des États-Unis (USGS) a donné lieu à une carte de narration en ligne qui permet aux visiteurs de voir comment les quantités de divers polluants provenant de l’ensemble du réseau de la rivière Rouge ont été mesurées au fil du temps. À l’aide de données provenant de plusieurs organismes aux échelons fédéral, provincial et étatique, la carte donne [CJ1] un aperçu des données sur la qualité de l’eau à un endroit, comme l’indique Rochelle Nustad, hydrologue au Dakota Water Science Center de l’USGS.

Mme Nustad explique que ces données permettent à tout type de décideur d’aller voir un site n’importe où dans le bassin et d’avoir une idée de la qualité de l’eau à cette station.

La CMI rend compte de l’état du bassin de la rivière Rouge aux gouvernements des États-Unis et du Canada, et son Conseil international de la rivière Rouge (CIRR) est chargé en partie de faire rapport sur la qualité de l’eau et de formuler des recommandations à la CMI sur les moyens d’améliorer les conditions. En collaboration avec le personnel de la CMI, Mme Nustad a élaboré et publié la toute première version de la carte de narration en 2013. Depuis, celle-ci a été mise à jour périodiquement, selon les nouvelles données provenant de sites d’échantillonnage dans l’ensemble du bassin.

Du côté américain de la frontière, Les renseignements proviennent de l’USGS, de la Minnesota Pollution Control Agency et du Département de la santé du Dakota du Nord et, du côté canadien, d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) et de Développement durable Manitoba (DDM).

Les données américaines peuvent être consultées sur le site Web du National Water Quality Monitoring Council Water Quality Portal, parrainé par l’USGS et l’Agence des États-Unis pour la protection de l’environnement (USEPA). Pour le Canada, Mme Nustad reçoit des données d’ECCC et de DDM.

Les données sur la qualité de l’eau fournies par ces organismes sont utilisées pour mettre à jour et bonifier la carte de narration.

La rivière Rouge, vue ici près de Selkirk, au Manitoba, présente plusieurs problèmes de qualité de l’eau dans son bassin que les organismes espèrent régler. La carte de narration peut les aider à évaluer l’ampleur des problèmes dans toute la zone. Source : Robert Linsdell.
La rivière Rouge, vue ici près de Selkirk, au Manitoba, présente plusieurs problèmes de qualité de l’eau dans son bassin que les organismes espèrent régler. La carte de narration peut les aider à évaluer l’ampleur des problèmes dans toute la zone. Source : Robert Linsdell.


Cependant, la carte de narration ne montre que les points de données. Pour déterminer si les conditions s’améliorent ou se détériorent dans le bassin, Mme Nustad explique que les organismes locaux et le CIRR travaillent avec l’USGS à élaborer un rapport qui montrera les tendances à long terme de la qualité de l’eau dans tout le bassin, tout en tenant compte des changements de l’écoulement au fil du temps.

Le rapport sur les tendances et la carte de narration qui l’accompagne ont été financés par l’Initiative internationale sur les bassins hydrographiques (IIBH) de la CMI en mars, avec l’aide financière des organismes du Dakota du Nord et du Minnesota, et devraient être publiés en juin 2019.

« Nous espérons ainsi jeter les bases d’un examen des tendances que nous ferions tous les cinq ans, explique Mme Nustad. La tendance s’est-elle renversée? Sommes-nous à la hausse ou à la baisse? Nos efforts pour améliorer la qualité de l’eau dans le bassin portent-ils fruit? »

Les données nécessaires à l’analyse des tendances proviennent de sept sites offrant des données à long terme (25 ans ou plus) et de 30 sites offrant des données à court terme, depuis 10 ou 15 ans. Les chercheurs qui analysent les données examinent les éléments nutritifs, les sulfates, les chlorures, les matières en suspension (comme le limon, les eaux usées ou les matières végétales et animales en décomposition) et les matières dissoutes totales (comme le calcium, le potassium, le magnésium et le sodium).

Selon Jim Ziegler, membre du CIRR et gestionnaire de la Minnesota Pollution Control Agency, le rapport des tendances et la carte seront essentiels pour acquérir les connaissances nécessaires afin de résoudre les problèmes de pollution par les éléments nutritifs dans la rivière Rouge. Bien que les organismes au Canada et aux États-Unis disposent de données sur des conditions particulières à des moments précis, les données sur les tendances sont importantes pour déterminer les endroits ou les projets qu’il vaudrait mieux cibler, ainsi que les meilleurs remèdes possibles.

M. Ziegler estime que la recherche financée par le CIRR et la Commission du bassin de la rivière Rouge(organisme binational sans but lucratif) peut aider les organismes des États et des provinces à élaborer des stratégies individuelles recommandées qui précisent les étapes nécessaires pour résoudre le problème de la pollution par les éléments nutritifs dans la rivière. L’élaboration des stratégies ne comporte aucune date d’achèvement précise, mais le rapport sur les tendances sera utile pour coordonner les efforts dans l’ensemble du bassin.

Même sans rapport sur les tendances, la carte de narration indique les points chauds pour divers polluants, grâce aux données recueillies depuis 2003 pour la plupart des sites et plus tôt pour certains autres.

Ainsi, les concentrations d’azote les plus élevées – moyenne décennale d’environ 4,17 milligrammes par litre d’eau (ou parties par million) – ont été décelées dans la rivière Rabbit, près de la frontière du Dakota du Sud, et des concentrations légèrement plus faibles près de Grand Forks, au Dakota du Nord, et de Winnipeg, au Manitoba. Les concentrations de phosphore les plus élevées, soit 0,62 milligramme par litre d’eau, proviennent des environs de Devil’s Lake dans le Dakota du Nord; de fortes concentrations ont également été détectées dans la rivière Maple dans le sud-est du Dakota du Nord et dans la rivière La Salle, au sud de Winnipeg. Enfin, les concentrations de sulfate sont les plus élevées à l’extrémité sud du bassin, autour de la rivière Mustinka au Minnesota, qui approchent de la moyenne décennale de 601 milligrammes par litre d’eau. Toutes ces substances peuvent contribuer à la croissance excessive des algues, tandis que des concentrations élevées de sulfates peuvent causer des problèmes de santé chez les bovins.

« Je crois qu’il y a une excellente collaboration entre les organismes [et avec la CMI], affirme Mme Nustad. Il ne s’agit pas seulement de fournir des données, mais aussi de montrer que, au sein du CIRR, nous travaillons à améliorer la qualité de l’eau en combinant nos efforts et en nous aidant d’outils. »