Infrastructure à une inflexion : Possibilité d’optimiser les réseaux d’aqueduc communautaires

06 mars 2019
flushing water pipes

Les services publics ont été qualifiés de « réseaux invisibles » qui sont à l’abri des regards et de l’esprit jusqu’à ce que quelque chose tourne mal. Une partie de l’infrastructure nord-américaine d’approvisionnement en eau et de collecte des eaux usées vieillit, est en mauvais état et aurait dû faire l’objet d’importants réinvestissements.

On estime que le prix à payer par les États-Unis pour ce secteur s’élèvera à 1 billion de dollars au cours des 25 prochaines années, et les collectivités s’efforcent de combler l’écart entre les investissements et les besoins. Le financement des contribuables et les options de financement sont limités, de sorte qu’une grande partie du fardeau incombera aux contribuables des services publics, ce qui soulève des préoccupations quant à l’équité et à l’abordabilité.

flushing water pipes
Exemple de rinçage de conduites d’eau. Source : Shutterstock

 

Au cours de la phase de développement de nombreux réseaux de services publics urbains, la croissance de ces derniers a été présupposée et les planificateurs ont pêché par excès de surcapacité. Dans le cadre de la modernisation de ces réseaux, il convient de se demander si chaque pied de tuyau doit être remplacé « en nature » – pied par pied et diamètre par diamètre. Les réseaux d’aqueduc communautaires se sont développés au fur et à mesure que les zones urbaines se développaient, et pas nécessairement selon un plan général. Peu de réseaux actuels seraient considérés comme optimaux dans les meilleures circonstances. 

Au fur et à mesure que l’infrastructure vieillissait, quelque chose d’autre s’est produit. Les services publics ont connu une baisse constante de leurs ventes, car les gens utilisent moins d’eau, du moins à l’intérieur.

Toutes les façons dont nous utilisons l’eau dans nos maisons – du lavage des vêtements, de la vaisselle et de nous-mêmes à la chasse d’eau – sont plus efficaces aujourd’hui qu’à l’époque de la construction des réseaux d’aqueduc. Les normes pour les appareils conçus à l’origine pour économiser l’énergie permettent de réaliser des économies d’eau, de produits chimiques et d’autres intrants. L’utilisation industrielle et commerciale de l’eau est également plus efficace et, contrairement à l’énergie, il y a peu de nouvelles utilisations de l’eau traitée dans ces secteurs. Les prix plus élevés reflétant les coûts plus élevés de l’assainissement de l’eau et de l’approvisionnement en eau par les municipalités inciteront les gens à reconsidérer leur choix d’arroser leur pelouse et d’utiliser l’eau à d’autres usages extérieurs.

Étant donné que la population desservie est un facteur clé de la conception du réseau, certaines villes plus anciennes sont confrontées au défi supplémentaire de la perte de population ainsi qu’à la pauvreté généralisée. Les réseaux urbains conçus pour la croissance pourraient avoir à faire face à base d’utilisateurs de plus en plus réduite. Les infrastructures surdimensionnées ont des répercussions sur l’intégrité des réseaux et la qualité de l’eau qui circule (ou non) dans les réseaux de distribution. Compter sur la croissance future ne constitue pas un fondement solide pour la planification et la gestion des actifs, et des approches plus réfléchies et plus souples sont nécessaires.

L’augmentation des coûts et la baisse de la demande, conjuguées à une plus grande dépendance aux revenus provenant des clients, entraînent des tarifs élevés pour le service d’approvisionnement en eau. Les hausses tarifaires ne sont jamais les bienvenues, mais il est important de garder à l’esprit que le taux plus élevé s’applique à une utilisation moindre. L’amélioration de l’efficacité des réseaux d’aqueduc contribue à réduire les coûts d’exploitation à court terme et les coûts en capital à long terme, et le taux plus élevé est moins élevé en raison des gains d’efficacité. Malheureusement, les gains d’efficacité ne peuvent compenser toute la pression sur les coûts liés au remplacement des infrastructures et à la conformité réglementaire pour assurer la salubrité de l’eau potable.

Réaliser des gains d’efficacité nous ramène à l’infrastructure et à la façon de la remplacer. Les collectivités qui ont reporté des dépenses doivent commencer à faire des investissements essentiels, mais elles peuvent aussi avoir l’occasion de revoir leurs hypothèses et de repenser leurs stratégies.

Le moment est venu de réaliser les avantages de l’efficacité durement disputée. Tous les services publics explorent des moyens de se moderniser. Heureusement, il existe des outils de modélisation qui permettent d’optimiser les réseaux d’aqueduc en fonction de l’évolution de la demande tout en respectant les critères de niveau de service. Une approche plus intelligente devrait permettre de réduire les coûts d’investissement et d’exploitation, de créer des réseaux d’aqueduc plus sains et des services d’approvisionnement en eau plus abordables.

L’essentiel? En ce moment d’inflexion, les services d’approvisionnement en eau font face à de nombreux défis et à une occasion unique. La prudence exige de ne pas construire l’infrastructure de demain pour répondre à la demande d’hier.

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CMI sur l’infrastructure

Dans son Quatorzième Rapport biennal sur la qualité de l’eau dans les Grands Lacs réalisé en vertu de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, la CMI a mis l’accent sur les programmes visant à réduire, contrôler et prévenir la pollution provenant de sources municipales et entrant dans le réseau des Grands Lacs. L’objectif était d’examiner les programmes existants visant à contrôler la pollution des eaux de surface et de donner un aperçu de la situation actuelle.

Les recommandations concernant la pollution d’origine municipale comprenaient :

1.    Veiller à ce que les mesures de stimulation économique en cours d’élaboration répondent aux besoins des systèmes de traitement des eaux usées dans le bassin des Grands Lacs.

2.    Établir un lien plus efficace entre la gestion des bassins hydrographiques et le processus de délivrance de permis aux responsables des rejets municipaux et industriels.

3.    Faire appel à des vérifications par des tiers pour améliorer la conformité aux normes ou aux objectifs de qualité de l’eau dans les Grands Lacs.

4.    Encourager l’adoption d’une « infrastructure verte » pour compléter les investissements traditionnels dans les infrastructures.

De plus, dans sa première évaluation triennale des progrès, la CMI a demandé au Canada et aux États-Unis d’établir des échéanciers et des cibles précis pour apporter des améliorations essentielles à l’infrastructure d’eaux usées et d’eau potable, réduire le ruissellement des nutriments et éliminer les rejets de produits chimiques d’intérêt commun.

Afin d’atteindre les objectifs de santé humaine de l’Accord pour une eau propre à la consommation, à la baignade et à la pêche, la CMI a également recommandé que les gouvernements augmentent le financement des infrastructures et qu’ils aident les collectivités à améliorer leur capacité d’intervention en cas de tempêtes extrêmes, en particulier en cas de débordement des égouts unitaires.