Des sécheresses sévissent dans les bassins centraux, mettant à l’épreuve les gestionnaires des ressources en eau

16 février 2018

Par Kevin Bunch, Commission mixte internationale (CMI)

 

 

Une « sécheresse éclair » au cours de l’été 2017 a restreint les réserves en eau dans les bassins versants transfrontaliers en Alberta, en Saskatchewan, au Manitoba, au Dakota du Nord et au Montana, ce qui a compliqué la tâche des gestionnaires des ressources en eau qui doivent veiller à ce que chacun ait sa part.

M. Adnan Akyuz, Ph. D., climatologue au North Dakota State Climate Office, a indiqué que l’automne et l’hiver 2016 avaient été anormalement humides – correspondant à la neuvième période la plus humide jamais enregistrée dans cet État depuis 1890. Cependant, c’est la tendance opposée qui a prévalu de mars à juillet 2017, alors que l’État  – ainsi que le Montana, l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba – ont commencé à devenir plus secs. Les régions les plus à l’ouest ont été particulièrement éprouvées par la sécheresse.

La rivière Milk a connu, au cours de l’été et de l’automne 2017, l’une de ses pires périodes de sécheresse jamais enregistrées. Les utilisateurs d’eau au Canada et aux États-Unis ont cessé les pratiques d’irrigation en août. Mention de source : Milk River Watershed Alliance
La rivière Milk a connu, au cours de l’été et de l’automne 2017, l’une de ses pires périodes de sécheresse jamais enregistrées. Les utilisateurs d’eau au Canada et aux États-Unis ont cessé les pratiques d’irrigation en août. Mention de source :
Milk River Watershed Alliance

Les rivières St. Mary et Milk ont connu une « sécheresse éclair »

« De juin à septembre, nous avons reçu environ 25 % des chutes de pluie moyennes annuelles », a expliqué Jeff Woodward, représentant canadien sur le terrain parmi les agents régulateurs accrédités de la Commission mixte internationale (CMI) pour les rivières St. Mary et Milk, et ingénieur en ressources en eau à Environnement et Changement climatique Canada. « Dans le sud de la Saskatchewan, il n’y a eu aucune précipitation appréciable entre juin et septembre, et c’est vraiment anormal. »

L’année 2017 a commencé avec des réservoirs presque pleins dans le bassin St. Mary-Milk de la région Alberta-Montana-Saskatchewan, a indiqué M. Woodward. Par la suite, il y a eu une période humide qui a laissé les réserves en eau à un niveau près de la moyenne ou supérieur à la moyenne. Cependant, lorsque des mois anormalement secs sont survenus à l’été, les agents régulateurs ont commencé à éprouver des difficultés avec la répartition des eaux.

La fonction d’agent régulateur a été établie par le Traité relatif aux eaux limitrophes signé par les gouvernements du Canada et des États-Unis en 1909 pour mesurer les débits d’eau dans les rivières transfrontalières St. Mary et Milk, qui ont été reliées par un canal artificiel en 1917 pour amener de l’eau de la rivière St. Mary à la rivière Milk et la répartir entre les deux pays (une ordonnance de la CMI en 1921 en précise les modalités). De plus, la répartition de l’eau pour chaque pays tient compte des réserves en eau. Les utilisateurs d’eau sont donc obligés de limiter leur consommation dans une situation de sécheresse. Des réservoirs en amont peuvent atténuer la gravité de ce problème en retenant de l’eau pour une utilisation à une date ultérieure au cours de la saison.

En vertu de la lettre d’intention des agents régulateurs, les Canadiens peuvent utiliser une plus grande part d’eau de la rivière Milk seulement plus tard dans la saison – aux environs de juin à septembre – si les États-Unis ont utilisé une plus grande part d’eau de la rivière St. Mary plus tôt dans la saison, habituellement au cours de la période allant de mars à mai. Ces déficits sont conçus pour s’équilibrer à la fin de la période d’irrigation. Selon M. Woodward, en raison d’un printemps humide, les réservoirs sur la rivière St. Mary étaient pleins. Par conséquent, il n’y a eu ni occasion ni besoin pour les gestionnaires des ressources en eau américains de prendre plus que leur part d’eau lorsque la crue printanière est survenue, ne laissant au Canada aucun « surplus » d’eau utilisable pendant les mois de sécheresse.

« On a atteint un point où il y avait de l’eau qui circulait dans le réseau de la rivière Milk détourné depuis la rivière St. Mary, sans qu’il n’y ait aucun débit naturel dans le réseau de la rivière Milk comme tel », a indiqué M. Woodward. Toute l’eau qui circulait dans la rivière Milk provenait de l’eau américaine stockée par les barrages que la rivière St. Mary détournait le long du canal. « En fait, tout le débit d’eau que nous avons vu (sur la rivière Milk) au Canada était de l’eau américaine. »

Par conséquent, le 3 août 2017 les agents ont interdit au Canada la consommation d’eau provenant de cette rivière, parce que c’était de l’eau à laquelle le pays n’avait pas droit en vertu de l’entente, a indiqué M. Woodward. Les États-Unis ont fait de même pour cesser leur utilisation de l’eau provenant du réseau, a-t-il ajouté. M. Woodward a précisé que, à la fin de la saison, les agents régulateurs et les utilisateurs d’eau avaient été en mesure de compenser le déséquilibre, grâce en partie à la souplesse de l’entente entre les deux pays.

Néanmoins, M. Woodward a indiqué que les changements climatiques semblaient engendrer des conditions climatiques plus extrêmes dans le bassin, et que les agents ne pouvaient pas faire beaucoup plus pour gérer les ressources en eau. Il a dit que, à son avis, il devrait y avoir plus de discussions et une plus grande planification des investissements de structure, comme de nouveaux réservoirs ou des améliorations des dérivations de l’eau, ou peut-être simplement des rajustements dans la façon dont la répartition est gérée.

« Cela met en évidence le besoin d’avoir chaque année des discussions relatives à la lettre d’intention », a indiqué M. Woodward. « Les choses que nous avions prévues par le passé ne correspondent pas aux scénarios avec lesquels nous devons composer maintenant. »

Cependant, il ne faudrait pas penser qu’aucun travail n’a été accompli. Des discussions régulières ont eu lieu dans le cadre de l’initiative de la gestion des eaux des rivières St. Mary et Milk de la région Montana-Alberta. Dans le cadre de cette initiative, on examine comment améliorer l’accès à l’eau partagée des rivières St. Mary et Milk, y compris le stockage de l’eau et les améliorations au canal St. Mary-Milk.

La CMI appuie l’idée que les représentants sur le terrain et les agents régulateurs passent en revue les procédures administratives (qui documentent la façon dont les débits naturels doivent être calculés) et les lettres d’intention qu’ils utilisent pour guider la répartition, et qu’ils soumettent ensuite à la CMI un rapport concernant les prochaines étapes.

En date du janvier 2018, la quantité de neige au sol et l’écoulement des eaux printanières prévu se situent au niveau de la normale, ou presque au niveau de la normale, selon le représentant des États-Unis sur le terrain John Kilpatrick.

Des restrictions relatives à l’eau ont été nécessaires sur la portion ouest de la rivière Souris

La rivière Souris prend sa source en Saskatchewan et s’écoule au Dakota du Nord et au Manitoba. Mention de source : Karl Musser
La rivière Souris prend sa source en Saskatchewan et s’écoule au Dakota du Nord et au Manitoba. Mention de source :
Karl Musser

À l’est des conditions de sécheresse ont sévi dans les bassins de la rivière Souris et de la rivière Rouge. La rivière Souris, qui s’étend de la Saskatchewan au Dakota du Nord, avant de remonter au nord au Manitoba, est située dans la partie ouest de cet État, tandis que la rivière Rouge divise le Dakota du Nord et le Minnesota avant de terminer son parcours au Manitoba.

Une carte des sécheresses des provinces canadiennes en date de la fin de l’été 2017 montre que le temps sec et la sécheresse continuaient d’être un enjeu en Saskatchewan et au Manitoba. Mention de source : Agriculture et Agroalimentaire Canada
Une carte des sécheresses des provinces canadiennes en date de la fin de l’été 2017 montre que le temps sec et la sécheresse continuaient d’être un enjeu en Saskatchewan et au Manitoba. Mention de source :
Agriculture et Agroalimentaire Canada

Une carte des sécheresses de l’été 2017 dans la zone continentale des États-Unis montre des conditions de sécheresse au Montana, et un chevauchement dans les États environnants. Mention de source : National Drought Mitigation Center
Une carte des sécheresses de l’été 2017 dans la zone continentale des États-Unis montre des conditions de sécheresse au Montana, et un chevauchement dans les États environnants. Mention de source :
National Drought Mitigation Center

Au sein du Conseil international de la rivière Souris, le coprésident américain Garland Erbele – qui remplit également les fonctions d’ingénieur pour l’État du Dakota du Nord – a indiqué qu’un épais couvert neigeux s’était développé dans le sud de la Saskatchewan et du Manitoba et dans la partie nord du Dakota du Nord au cours de l’hiver 2017. Après que le US National Weather Service (NWS) eut signalé une importante possibilité d’inondation, le conseil a baissé le niveau de ses réservoirs au-delà de la normale afin de disposer de suffisamment d’espace pour contenir les eaux d’inondation dans le cas où un important ruissellement se produirait. En mars et en avril 2017, il était devenu évident que la région ne recevrait pas les précipitations habituelles prévues. De plus, la neige a fondu dans des « conditions idéales », a indiqué M. Erbele, puisque les températures ont été au-dessus du point de congélation le jour et au-dessous du point de congélation la nuit, ce qui a limité les inondations dans l’extrémité inférieure de la rivière Souris. Sous l’effet cumulatif de ces conditions, les débits d’eau de la rivière sont demeurés faibles.

« Comme cela se produit toujours lors d’une sécheresse, la demande d’eau a été forte », a mentionné M. Erbele. « Nous devons acheminer 20 pieds cubes d’eau par seconde au Canada à l’extrémité inférieure de la rivière (en Dakota du Nord) vers le Manitoba et, bien que nous ayons été capables de le faire presque toute l’année, il y a eu de courtes périodes où les débits d’eau se sont situés à un niveau inférieur au niveau d’acheminement requis prévu. Mise à part cette période, M. Erbele a indiqué qu’il n’y avait pas eu d’autre problème de débit sur la rivière Souris au cours de la sécheresse, bien que Minot ait appliqué des restrictions sur l’utilisation de l’eau dans l’extrémité sud de la rivière.

M. Akyuz a mentionné que c’était la première fois depuis 2006 que l’État avait connu une « sécheresse exceptionnelle », telle que qualifiée par le NWS, et que la région en général avait connu une année active en matière d’incendies. L’eau qui se trouvait dans des plans d’eau avait des problèmes de qualité et était envahie par les algues, a-t-il ajouté.  Des précipitations constantes ont contribué à mettre fin aux conditions de sécheresse dans la moitié est du Dakota du Nord, mais, en date du 16 janvier, elles perduraient dans une certaine mesure dans la moitié ouest, selon le US Drought Monitor.

La majeure partie du Manitoba a évité des conditions de sécheresse en 2017, grâce aux accumulations de neige et à l’humidité au sol, bien que la Saskatchewan ait été aux prises avec des conditions de sécheresse graves selon Agriculture et Agroalimentaire Canada. Cependant, l’est de la Saskatchewan et une grande partie du sud du Manitoba sont aux prises avec du temps anormalement sec cet hiver.

Kevin Bunch est rédacteur spécialiste des communications au bureau de la Section américaine de la CMI à Washington, D.C.