Des experts du domaine de la santé proposent un cadre de suivi des sources de contamination fécale dans tout le bassin

16 septembre 2021
swimming advisory sign great lakes

Au début du XXe siècle, l’incidence des maladies d’origine hydrique et la qualité souvent douteuse de l’eau ont incité les gouvernements du Canada et des États-Unis à demander à la Commission mixte internationale d’entreprendre l’une des plus vastes études sur la pollution causée par les eaux usées non traitées dans les eaux transfrontières des Grands Lacs. Les chercheurs ont prélevés des échantillons en plus de 1 500 endroits de quatre des cinq Grands Lacs (le lac Michigan faisant exception) et dans l’ensemble des bassins du lac à la Pluie, du lac des Bois et de la rivière Saint-Jean

Plus de 100 ans après l’étude originale de 1913, la qualité de l’eau et la santé des humains dépendent toujours de la gestion de la pollution fécale causée par les pathogènes humains présents dans les eaux usées. 

Dans son rapport sur la phase I de l’Étude du centenaire sur la qualité de l’eau dans les Grands Lacs publié en février 2021, le Conseil consultatif des professionnels de la santé de la CMI conclut qu’il est possible et nécessaire de mettre à jour le relevé de la qualité de l’eau dans tout le bassin grâce aux toutes dernières technologies en matière d’ADN, cela pour recenser les sources de pollution microbienne dans les Grands Lacs et réduire ainsi les risques de contamination.

Problème moderne, surveillance moderne

Heureusement, les sources d’eau potable actuelles ne sont plus contaminées par le choléra et la typhoïde. Cependant, nous ne sommes que trop conscients du fait que les Grands Lacs ne sont pas entièrement exempts d’une pollution fécale qui menace la santé publique. De nos jours, nous cherchons avant tout à en tirer de l’eau potable, dont nous nous servons aussi à des fins récréatives. Toutefois, les populations d’humains et de bétail dans le bassin versant se sont considérablement accrues. D’autres pressions externes comme les événements météorologiques causés par les changements climatiques et le vieillissement des installations d’adduction d’eau et de traitement des eaux usées augmentent le risque de contamination par la pollution fécale dans les Grands Lacs. Les technologies avancées de suivi des sources de contamination créées au XXe siècle nous offrent maintenant des outils cruciaux pour résoudre les problèmes de qualité de l’eau.

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Zones de pollution recensées par la CMI dans le cadre de son étude de 1913. Photo gracieuseté de la CMI

« Il est relativement facile de déterminer, par exemple, si les eaux d’une plage contiennent trop de bactéries pour qu’il soit possible de s’y baigner en toute sécurité », explique le codirecteur de l’étude, Tom Edge, membre du Conseil consultatif des professionnels de la santé et professeur de biologie à l’Université McMaster en Ontario. « Cependant, il est extrêmement difficile de cerner la source de cette bactérie pour éviter qu’elle ne contamine à nouveau ces eaux. »

Les sources courantes de pollution bactérienne dans cette région comprennent les déchets fécaux des humains et des animaux (animaux agricoles, domestiques et sauvages). Toutefois, les résultats préliminaires d’un sondage mené auprès des gestionnaires de la qualité de l’eau des plages par le Conseil et par la Great Lakes Beach Association ont révélé qu’un gestionnaire seulement sur trois connaissait avec certitude la source de la pollution fécale qui infestait ses plages.

« Cette nouvelle technologie nous permet de prélever un échantillon d’eau et de suivre la source de la contamination afin de l’éliminer complètement », explique Joan Rose, codirectrice de l’étude, membre du Conseil consultatif des professionnels de la santé, professeure et titulaire de la chaire de recherche sur l’eau à l’Université d’État du Michigan.

« S’il s’agit de déchets humains, c’est qu’il peut falloir nettoyer un regard d’égouts ou régler le problème de la multitude de fosses septiques défectueuses. S’il s’agit de déjections de vaches ou de moutons, il faut alors trouver des moyens de réduire le volume des eaux de ruissellement agricoles. La découverte des sources microbiennes qui contaminent le bassin nous oriente vers les solutions qui nous permettront d’éviter les problèmes. »

Une étude destinée à cerner les sources de pollution fécale à l’échelle du bassin

Dans son rapport sur la phase I, le Conseil consultatif des professionnels de la santé propose un cadre de travail portant sur le suivi des sources bactériennes dans un grand bassin. Les nouvelles technologies nous permettront de comparer les tendances et l’évolution des bactéries. Ce cadre commence par un échantillonnage dans les sites de la première étude, puis dans d’autres sites comme le lac Michigan et les régions métropolitaines, notamment à Duluth (Minnesota), à Cleveland (Ohio), à Hamilton (Ontario) et à Toronto (Ontario).

Le rapport indique qu’en effectuant un relevé dans tout le bassin, on répondrait à des questions cruciales comme :

  • La qualité des eaux près de la berge a‑t‑elle tendance à s’améliorer ou à empirer?
  • D’où vient la pollution?
  • Quels risques la qualité changeante des eaux riveraines pose‑t‑elle à la santé publique?

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La bernache du Canada et d’autres espèces sauvages indigènes laissent souvent un volume excessif de matières fécales dans les cours d’eau. Crédit photo : Karel Bock par Shutterstock

Dans son rapport, le Conseil décrit en détail le cadre qu’il propose d’appliquer à une étude quinquennale menée dans tout le bassin en plusieurs étapes. Il suggère aussi les objectifs à poursuivre à chaque étape.

Le Conseil recommande d’abord de constituer un comité composé de représentants d’organismes fédéraux, de conseils tribaux, de Premières Nations, de Métis, de provinces, d’États et de municipalités. Ce comité, qui serait chargé de concevoir et de superviser l’étude, s’inspirerait des conseils d’experts sur les pratiques exemplaires à suivre en utilisant les technologies de pointe et en menant les évaluations. Ensuite, il recommande d’inviter des laboratoires à effectuer des tests dans tout le bassin pour évaluer l’efficacité des activités de surveillance. La troisième étape serait le plan d’action, soit la surveillance des eaux et la cartographie des risques pour la santé. La dernière étape consisterait à mener les analyses nécessaires et à divulguer les résultats de cette étude menée dans tout le bassin.

Prochaines étapes

Ayant maintenant établi la faisabilité et la nécessité de mener une étude à l’échelle du bassin, le Conseil a lancé la phase II de son projet, qui consiste à élaborer un plan de mise en œuvre de cette étude. La CMI n’est pas en mesure d’entreprendre à elle seule cette étude de suivi des sources dans tout le bassin. Pendant la phase II, le Conseil consultatif des professionnels de la santé demandera donc l’opinion d’experts d’organismes et d’instituts de recherche régionaux pour élaborer le plan de mise en œuvre de l’étude.

« Le partenariat et la collaboration de ces organismes et instituts seront essentiels à l’élaboration du plan de mise en œuvre », affirme M. Edge. « Mais tout comme en 1913, le leadership et le rôle rassembleur très spécial de la CMI nous permettront de mener une autre étude novatrice pour protéger la santé humaine dans le bassin des Grands Lacs. »