Contaminants et répercussions des changements climatiques : Questions clés soulevées lors des dernières consultations sur la qualité de l’eau

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Sally Cole-Misch
IJC
12 décembre 2019
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Les commissaires et le personnel de la Commission mixte internationale (CMI) se sont rendus dans la région des Grands Lacs en octobre dernier pour poursuivre la série de consultations sur les progrès réalisés par les gouvernements du Canada et des États-Unis au titre de l’assainissement et de la protection des lacs. Dans le cadre de cette visite, ils se sont rencontrés à Cornwall (Ontario), avec les résidents et les dirigeants du Conseil Mohawk d’Akwesasne pour s’informer de leurs priorités en matière de qualité de l’eau. Ils ont également passé une journée à l’Université Clarkson de Potsdam (État de New York), où ils ont eu des entretiens avec des étudiants, dont beaucoup se préparent à devenir de futurs chercheurs et décideurs politiques sur les Grands Lacs.

Cornwall (Ontario)

Le 8 octobre, six chefs de district du Conseil Mohawk d’Akwesasne, accompagnés de plusieurs membres de leur personnel chargé des sciences de l’environnement et des politiques, ont accueilli les commissaires et le personnel de la CMI à l’aréna A’nowarako:wa. Avant la réunion, les représentants de la Commission ont visité les ouvrages d’assainissement de la rivière Grasse qui serviront à éliminer les sédiments contaminés par les BPC d’ici trois ans. Les BPC, ou biphényles polychlorés, sont une famille de produits chimiques autrefois utilisés dans l’équipement électrique et comme solvants industriels.

Le site de la rivière Grasse fait partie des travaux d’assainissement du secteur préoccupant du fleuve Saint-Laurent, qui a été désigné comme tel en 1985. Cornwall, le plus grand centre urbain de la région, est une plaque tournante de l’activité industrielle depuis plus de 100 ans, ce qui a mis fin à de multiples utilisations de la voie navigable. Autrement dit, cette activité a causé ce que l’on appelle des « altérations des utilisations bénéfiques ».

Lors de la réunion, les participants ont exprimé leur frustration et préoccupation à l’égard des incessantes répercussions de ces altérations sur leurs collectivités. Rappelant qu’ils habitent une île en plein cœur de ce secteur préoccupant, ils ont affirmé que la pollution a radicalement changé leur culture, leurs moyens de subsistance et leur santé publique et que les mesures déployées sont insuffisantes pour nettoyer les contaminants et restaurer l’habitat.

« Akwesasne regroupe une collectivité qui s’étend de l’autre côté de la frontière et elle est touchée par les actions de tous », a déclaré l’agent des services environnementaux du Conseil Mohawk d’Akwesasne, Abraham Francis. « Nous avons participé aux recherches qui ont abouti à la désignation du secteur préoccupant, mais nous n’avons pas l’occasion de participer au processus décisionnel entrepris par l’État de New York, l’Ontario et le Québec en vue d’adopter des mesures efficaces. Akwesasne est une nation souveraine qui doit être reconnue et faire partie de ce processus. »

Plusieurs personnes présentes à la réunion ont également fait valoir la nécessité de mener d’autres recherches pour combler le manque de données, tout en insistant sur la nécessité de financer la coordination de solutions efficaces. « On ne devrait pas parler de frontières infra ou internationales. Pour nous, la terre et l’eau ne font qu’un et vous devriez voir les choses de la même façon », a déclaré le chef du district de Tsi Snaihne, Joe Lazore.

Potsdam (New York)

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Michael Twiss, professeur à l’université Clarkson, ouvre la séance de visualisation avec les étudiants et les commissaires. Photo : CMI

Le lendemain, à l’Université Clarkson, les commissaires et le personnel de la CMI ont rencontré des étudiants de tous les cycles des collèges et des universités de la région des Grands Lacs pour une séance de vision collective et un jeu de rôles. Michael Twiss, professeur de biologie à l’université Clarkson, était l’organisateur de la journée. Twiss est également membre du Conseil consultatif scientifique de la CMI et président sortant de l’Association internationale de recherche des Grands Lacs.

Les participants se sont divisés en cinq tables pour imaginer l’état de santé de l’un des Grands Lacs d’ici 50 ans, avant de présenter leurs visions respectives en plénière. Leurs prévisions ont varié, passant d’un scénario optimiste et prospère à la lutte pour le maintien du statu quo.

Par exemple, un groupe a conclu que les programmes éducatifs et législatifs auraient aidé les gens à s’apercevoir de l’impact de leur empreinte de consommation sur l’écosystème. Ils ont en outre imaginé que des modes de vie durables devaient constituer la norme et que la perspective collective consisterait à être proactif, et non réactif, dans la lutte contre les menaces qui pèsent sur la qualité de l’eau des Grands Lacs.

Les étudiants ont également formulé des attentes pour un avenir qui intègre les connaissances écologiques traditionnelles dans les politiques et qui écoute l’avis des scientifiques. Ils espèrent que les collectivités construiront de meilleures installations de traitement de l’eau pour pouvoir gérer la pollution plus intense qui va de pair avec la croissance de la population régionale. Cette croissance serait attribuable aux déménagements que les changements climatiques ne manqueront pas d’entraîner.

Un autre groupe d’étudiants a présenté les meilleurs et les pires scénarios pour l’avenir de la région des Grands Lacs. Les trois groupes restants ont dit que, dans 50 ans, il s’agirait de mettre l’accent sur le maintien d’un niveau constant de santé écologique, surtout à la suite des changements climatiques. Les changements climatiques et leurs répercussions sur la région et le monde entier étaient une préoccupation commune aux cinq groupes d’étudiants.

Les commissaires ont également pris connaissance des recherches effectuées par les étudiants au cours d’une séance d’affichage, en plus de participer avec eux à une activité de jeu de rôles conçue par la CMI. Des vidéoclips et des enregistrements complets des deux réunions viendront s’ajouter au site Web de la CMI dans les mois qui suivent.

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Sally Cole-Misch is the public affairs officer for the IJC’s Great Lakes Regional Office.