Après un retrait de la liste : Une forte participation communautaire peut accroître les avantages dérivés de la restauration des secteurs préoccupants

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Kevin Bunch
15 juillet 2021
severn sound AOC

On considère depuis longtemps que la restauration et la revitalisation des secteurs désignés préoccupants dans la région des Grands Lacs sont synonymes de retombées environnementales, sanitaires et économiques positives. Les gouvernements fédéraux du Canada et des États-Unis jouent un rôle dans l’aboutissement des efforts de restauration, de concert avec les États et les provinces, les administrations locales, les collectivités autochtones, les organisations non gouvernementales et la population. Selon un récent document de recherche, même après que ces secteurs ont été « rayés de la liste », ils doivent continuer à faire l’objet d’une attention soutenue.

Selon Ted Angradi et d’autres auteurs de l’Environmental Protection Agency (EPA) à Duluth, il y a lieu de prendre en compte un large éventail de facteurs sociaux, communautaires et environnementaux pour assurer la poursuite des efforts de restauration et de revitalisation. Leurs messages à cet égard sont semblables aux recommandations formulées en 2017 par la Commission mixte internationale.

Selon l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs de 1987, 43 endroits de la région des Grands Lacs ont été désignés secteurs préoccupants, dont 26 aux États-Unis, 12 au Canada et cinq autres qui sont à cheval sur la frontière internationale.

Il s’agit de lieux où les activités humaines du siècle dernier ont dégradé l’intégrité physique, chimique ou biologique des eaux de façon importante sur le plan environnemental, avec des répercussions, allant de modérées à graves, sur les espèces aquatiques locales et les personnes qui vivent ou travaillent dans ces régions.

En mars 2021, huit secteurs préoccupants avaient été retirés de la liste, ce qui signifie que tous les travaux d’assainissement avaient été effectués et que les usages bénéfiques naturels des zones avaient été rétablis. Deux autres secteurs sont en phase de rétablissement et font l’objet d’un suivi; les autres continuent d’être le siège de nouveaux projets visant à les restaurer. Les gouvernements, principalement par l’entremise de l’EPA aux États-Unis et d’Environnement et Changement climatique Canada (en étroite collaboration avec le gouvernement de l’Ontario), ont été chargés de diriger la dépollution et la restauration de ces zones.

Processus et avantages de la restauration

Comment ces organismes et leurs partenaires évaluent-ils la correction d’une déficience particulière dans un secteur préoccupant? Les gestionnaires de projet, de concert avec les organismes environnementaux fédéraux, étatiques et provinciaux concernés, surveillent des aspects ou des indicateurs précis liés à une altération de l’environnement.

Par exemple, si l’on constate que la consommation de poissons locaux est dangereuse en raison de la pollution chimique, on pourra faire un suivi afin de voir si les niveaux de contaminants diminuent chez ces espèces afin d’atteindre une cible prédéterminée.  Au cours de la dernière décennie, des projets de restauration de secteurs préoccupants ont été financés dans le cadre de la Great Lakes Restoration Initiative aux États-Unis et dans le cadre de l’Initiative de protection des Grands Lacs, au Canada.

Selon l’article publié dans le Journal of Great Lakes Research en octobre 2019, les secteurs préoccupants au Canada et aux États-Unis, comme la rivière Détroit, le port de Hamilton, la rivière Ashtabula et le bras Severn, ont bénéficié de retombées économiques et sociales à la suite des efforts de nettoyage, en plus d’avantages sur le plan environnemental.

La rivière Détroit est considérée comme un exemple d’amélioration particulièrement réussie, même si elle n’a pas encore été retirée de la liste des secteurs préoccupants. John Hartig, scientifique spécialiste des Grands Lacs, qui a géré le refuge faunique international de la rivière Détroit pendant 14 ans, a signé un article en 2018 dans lequel il décrit ce secteur comme étant l’un des « cas les plus remarquables de régénération écologique en Amérique du Nord ». Il fait remarquer au passage que le Riverwalk et le refuge faunique de la ville sur les berges de la rivière Détroit ont non seulement fourni un habitat suffisant pour la faune, mais ont aussi attiré des millions de visiteurs dans ce secteur riverain, créé des emplois permanents et donné lieu a un rendement considérable du capital investi. La zone n’a plus rien à voir avec les étendues bétonnées et la pollution industrielle qui faisaient la triste réputation du front de rivière il y a des décennies, dans les années 2000. Hartig précise qu’il n’aurait pas été possible de changer le secteur riverain sans d’abord assainir l’eau.

Les efforts de revitalisation et de restauration dans les secteurs préoccupants ont fait l’objet de suivis multiformes; l’article de 2019 souligne que les indicateurs environnementaux, économiques, sociaux et de gouvernance (qui recensent les lacunes des politiques relatives à l’eau, de la gestion et de la capacité d’adaptation allant de la qualité de l’eau à la sécurité) ont été différemment appliqués dans les efforts de restauration des secteurs préoccupants et des projets plus généraux de revitalisation communautaire.

Toujours selon l’article de M. Angradi, il est important de pouvoir s’appuyer sur une perspective aussi large que possible, et les indicateurs peuvent également aider à se faire une idée de l’avant et de l’après processus de restauration des secteurs préoccupants. Une collectivité qui administrerait un projet de revitalisation ne s’inscrivant pas dans le cadre d’un processus de restauration d’un secteur préoccupant, pourrait, par exemple, s’appuyer sur des indicateurs économiques pour mesurer les progrès réalisés et savoir ce qu’elle fait pour la collectivité et l’économie locales, sans pour autant devoir disposer d’indicateurs sur les avantages environnementaux ou sociaux. Cette collectivité pourrait donc passer à côté de la pleine valeur du projet.

Le soutien communautaire favorise une revitalisation efficace après la restauration

L’article de 2019 de Ted Angradi et de ses collaborateurs formule plusieurs recommandations en matière d’orientation des efforts d’assainissement, d’amélioration et de protection dans les situations où les dirigeants locaux soumettent une demande de restauration d’un secteur préoccupant, cela afin de s’assurer que les écosystèmes et le bien-être social sont pris en compte comme il se doit.

Par exemple, les auteurs suggèrent de considérer que tout projet d’assainissement d’un secteur préoccupant est une occasion d’améliorer les retombées socioéconomiques de l’écosystème, retombées qui sont normalement déjà définies dans les plans d’assainissement des secteurs préoccupants. Ils font également remarquer que les gestionnaires de projet locaux devraient tenir compte des mesures susceptibles d’être efficaces à long terme ainsi que des indicateurs sensibles à la revitalisation à court terme. Ils recommandent en outre d’aborder la revitalisation de façon globale, en tant que processus continu allant au-delà de la désignation de secteur préoccupant. Cela revient à dire qu’il faut reconnaître que les efforts de restauration des secteurs préoccupants ne sont qu’un outil dont disposent les collectivités pour dynamiser et assainir leurs zones riveraines, tant pour les gens que pour la faune.

Les auteurs recommandent de veiller à ce que certains de ces indicateurs demeurent sensibles aux répercussions imprévues des efforts de revitalisation en consultant des experts locaux en la matière. Il est ici en partie question d’un effort actif visant à mobiliser directement les résidents, car les organisations locales et les membres du public s’en remettent souvent à des experts de la situation locale qui peuvent fournir des renseignements utiles. De même, les collectivités autochtones possèdent des connaissances locales et traditionnelles essentielles aux efforts de restauration.

En plus des indicateurs de gouvernance, d’autres aspects comme le degré de bénévolat communautaire et la participation aux projets de nettoyage communautaires ainsi que la tenue de réunions publiques sont des exemples de ce à quoi les indicateurs locaux peuvent ressembler, toujours selon l’auteur principal, Ted Angradi.

Selon ce dernier, ces indicateurs locaux pourraient servir à mesurer le degré de participation de la collectivité à un projet de revitalisation.

Quand une collectivité planifie de nouveaux aménagements, des projets de restauration ou des voies d’accès vers des zones restaurées (ou à l’intérieur de celles-ci), l’adhésion massive de la population et des connaissances locales peuvent aider à faire en sorte que les projets demeurent durables et généralement bénéfiques. L’article indique qu’une plus grande participation de la collectivité augmente les chances que la revitalisation se poursuive même une fois le secteur préoccupant retiré de la liste, selon de nouveaux plans de viabilité et de revitalisation. Une telle façon de faire permet de réduire la probabilité que des problèmes écologiques semblables surgissent ultérieurement.  

detroit riverwalk
Le Gabriel-Richard Park fait partie du Riverwalk de Detroit, une partie du secteur riverain qui a été réaménagé pour accueillir des parcs et des habitations. Crédit photo : Detroit Riverfront Conservancy

« Si l’on examine toutes les autres répercussions (socioéconomiques) d’une telle amélioration en tenant compte de tout l’argent investi dans les promenades fluviales, la revitalisation du secteur riverain et les secteurs préoccupants, on voit qu’il sera plus facile d’amener la collectivité à poursuivre les efforts entrepris et pour les autres collectivités d’en faire autant », soutien Ted Angradi. « Je pense qu’il y a un effet boule de neige. »

Cette approche de mobilisation des organisations et des experts locaux s’harmonise étroitement avec certaines des recommandations concernant la restauration des secteurs préoccupants formulées par la CMI dans son premier rapport triennal d’évaluation des progrès de 2017.

Dans ce rapport, la CMI recommande que les gouvernements du Canada et des États-Unis « s’attachent à renforcer la mobilisation du grand public dans le cadre des plans d’assainissement en créant des occasions significatives pour le dialogue binational entre les parties prenantes des secteurs préoccupants et en soutenant les conseils consultatifs publics lorsque la vie reprend son cours une fois qu’un secteur est radié de la liste des secteurs préoccupants ».

En 2020, un rapport triennal d’évaluation des progrès a donné suite à ces recommandations relatives à la participation du public. On y ajoute que les plans d’action et d’aménagement riverains fournissent « des forums institutionnels et locaux clés pour la participation du public en vertu de l’Accord », ce qui est particulièrement important « pour les collectivités qui ne sont pas désignées comme secteurs préoccupants et pour celles qui souhaitent continuer de participer à la prise de décisions après la radiation d’un secteur préoccupant ». Par conséquent, dans son rapport de 2020, la CMI a recommandé que les gouvernements donnent davantage la possibilité au public d’influer sur leurs programmes et projets d’aménagement riverain.

Les organismes fédéraux des deux côtés de la frontière cherchent à intégrer ce genre de mesures dans leurs initiatives. Par exemple, l’Office of Environmental Justice (Bureau de justice environnementale) de l’EPA a récemment publié une présentation dans laquelle des membres de l’agence expliquent en quoi l’approche communautaire peut servir à renforcer la participation du public, l’intérêt et le soutien des efforts de revitalisation et de restauration.

Cette approche a déjà été appliquée dans la région des Grands Lacs. L’effort de restauration du secteur préoccupant de la rivière Detroit en est un exemple, et des comités consultatifs publics (destinés à faire participer la population aux plans d’assainissement) ont été mis sur pied dans la plupart des secteurs préoccupants du côté canadien.

Severn Sound, à l’extrémité est de la baie Georgienne, qui a été retiré de la liste des secteurs préoccupants en 2003, a bénéficié de cette approche. En 1993, le Severn Sound Regional Action Plan Committee a publié son plan visant à améliorer le secteur préoccupant, ce qui a mené quelques années plus tard à la création de la Severn Sound Environmental Association.

Cette association, composée de personnes venant de municipalités locales, ainsi que de représentants des gouvernements fédéral et provincial, travaille avec différentes Premières Nations, universités, entités commerciales et autres organisations pour gérer la revitalisation, la protection et le rétablissement continus de ce qui fut jadis le secteur préoccupant de Severn Sound et qui a été retiré de la liste. Les activités de l’association vont de la gérance publique et de la participation de la collectivité à la surveillance de la qualité de l’eau en passant par le contrôle des espèces envahissantes et la plantation d’arbres, ainsi que par la promotion de la santé globale de l’écosystème et de la collectivité.

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Kevin Bunch is a writer-communications specialist at the IJC’s US Section office in Washington, D.C.