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Lettre ouverte à la population du bassin des Grands Lacs :

À titre d'organisme binational indépendant chargé d'évaluer les progrès et de faire des recommandations aux Canada et aux États-Unis concernant le rétablissement des Grands Lacs, la Commission mixte internationale (CMI) a conseillé les deux gouvernements sur la menace que pose les carpes asiatiques à l'écosystème des Grands Lacs. Nous avons le plaisir d'annoncer que nos avertissements ont été entendus et que des mesures sont prises afin d'empêcher que ces prédateurs affamés envahissent les eaux des Grands Lacs et de protéger ainsi une pêche commerciale et sportive qui pèse 4,5 milliards de dollars.

Les carpes asiatiques prolifèrent rapidement dans le bassin du Mississipi. Elles sautent hors de l'eau lorsqu'elles sont effrayées par les moteurs de bateau, frappent des pêcheurs à la ligne et font tomber des plaisanciers de leur moto marine. Pire encore, ces voraces consommateurs de plancton peuvent peser jusqu'à 100 livres, privant les poissons indigènes de leur nourriture et menaçant la biodiversité dans de nombreuses rivières du centre du pays. Les carpes asiatiques remontent sans cesse vers le nord, en direction des eaux plus froides du lac Michigan, et se rapprochent déjà dangereusement de l'écosystème des Grands Lacs.

Afin de répondre à la menace posée par la carpe asiatique, une coalition de gouverneurs dirigée par MM. Bob Taft de l'Ohio et Jim Doyle du Wisconsin, des hauts fonctionnaires fédéraux, notamment M. Mike Leavitt, administrateur de l'EPA, et M. John Paul Woodley, chef de l'Army Corps of Engineers, des dirigeants municipaux comme le maire Richard Daley de Chicago, des membres du Great Lakes Congressional Task Force et des responsables de trois douzaines d'organismes locaux, fédéraux et étatiques collaborent pour la première fois. À l'échelle internationale, la CMI et la Commission des pêches des Grands Lacs continuent à offrir des idées et des ressources pour mener le combat. Enfin, durant tout le processus, des scientifiques de l'ensemble du bassin ont permis d'étayer les décisions politiques cruciales sur une base scientifique solide.

Et maintenant, à la suite de cet effort de coopération sans précédent, les 9,1 millions de dollars nécessaires ont été obtenus pour construire la barrière électrifiée de dispersion des poissons dans le canal d'évacuation sanitaire et de navigation de Chicago, la dernière ligne de défense des Grands Lacs. Il faut saluer l'État de l'Illinois pour avoir fourni 1,7 million de dollars en financement de contrepartie. M. Mike Leavitt, à titre de président du Great Lakes Interagency Task Force, et des leaders importants de la Chambre et du Sénat ont montré une détermination acharnée pour trouver les derniers 1,8 million de dollars qu'il fallait pour compléter les 5 millions de dollars déjà promis par l'Army Corps. Nous sommes également reconnaissants envers les autres États des Grands Lacs qui ont accepté de partager le fardeau de la protection des lacs en apportant une somme totalisant 575 000 $.

Malgré cette bonne nouvelle, la CMI continue de se préoccuper, car une nouvelle espèce envahissante est repérée tous les huit mois. Des centaines de scientifiques et de décideurs réunis à Toronto plus tôt ce mois-ci ont fait remarquer que les espèces envahissantes étaient le seul indicateur de l'état des Grands Lacs classé comme médiocre et en détérioration. Voilà qui ne fait que renforcer notre recommandation que le Congrès américain adopte la National Aquatic Invasive Species Act (NAISA - Loi nationale sur les espèces envahissantes aquatiques) qui permettra de prévenir les invasions au moyen d'une approche intégrée, de dépister les envahisseurs possibles et de réagir rapidement à leur apparition. La découverte récente d'un poisson à tête de serpent nordique (Channa Argus) dans le port Burnham de Chicago met en relief l'urgent besoin d'une intervention. La NAISA permet de mettre sur pied un système d'intervention rapide qui mobilise immédiatement les ressources et les organismes concernés pour éradiquer le prédateur envahisseur avant qu'il ne puisse se répandre. De la même façon, nous incitons le Canada à mettre en œuvre son plan national de lutte contre les espèces envahissantes et à chercher à harmoniser et à coordonner ses programmes et ses politiques avec ceux des États-Unis.

Tant au Canada qu'aux États-Unis, il est crucial d'intervenir globalement contre les espèces aquatiques envahissantes pour que nos deux pays atteignent leurs objectifs communs de rétablir et de maintenir l'intégrité biologique des eaux du bassin des Grands Lacs. La Commission demeure toute disposée à définir les approches en vue de coordonner et d'harmoniser les efforts binationaux qui préviendront l'introduction d'espèces aquatiques envahissantes dans les Grands Lacs. En outre, nous pensons que la coopération qui s'est manifestée dans la lutte contre la carpe asiatique fournit un excellent modèle de collaboration future face à des problèmes de rétablissement plus vastes, plus complexes et plus coûteux.

Le très honorable Herb Gray L'honorable Dennis Schornack
Président, Section canadienne, CMI Président, Section américaine, CMI
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