La CMI publie son 11e Rapport biennal sur
la qualité de l’eau des Grands Lacs

En 1972, les gouvernements fédéraux du Canada et des États-Unis se sont engagés à restaurer, pour le bénéfice des générations à venir, l’intégrité physique, chimique et biologique de l’écosystème du bassin des Grands Lacs. Des progrès, bien sûr, ont été accomplis en ce sens, mais le travail avance lentement et plusieurs problèmes persistent.
Dans son 11e Rapport biennal sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, la CMI souligne trois questions qui devront être résolues en priorité par les deux pays afin de permettre la revitalisation de cette merveille naturelle : l’assainissement des sédiments contaminés, la prévention de nouvelles introductions d’espèces exotiques envahissantes et la mise en place d’indicateurs écologiques compréhensibles pour mieux mesurer la santé de l’écosystème.
Les recherches actuelles démontrent que des substances toxiques pesticides, métaux lourds, BPC, etc. continuent de polluer les eaux des Grands Lacs et représentent une menace pour la santé humaine. La principale source de ces polluants reste les sédiments qui jonchent le fond des lacs et les risques d’exposition pour les humains reliés à la consommation de poissons contaminés.
En 1987, les États-Unis et le Canada se sont mis d’accord pour lutter contre la pollution de façon structurée dans les endroits que celle-ci touchait le plus durement. Les deux pays ont alors dressé une liste de 43 zones préoccupantes et se sont engagés à développer des plans d’actions correctrices (PAC) pour restaurer chacune d’elles. Les choses n’ont toutefois pas évolué aussi vite que prévu. Des fonds insuffisants, des lacunes au palier de la direction et, dans bien des cas, l’immensité du travail à accomplir les zones préoccupantes renferment des millions de mètres cubes de sédiments contaminés sont autant de facteurs qui ont ralenti les opérations ou en empêché l’achèvement. Il n’est pas rare de voir des décennies s’écouler avant que des mesures de nettoyage soient entreprises, et ce, même s’il est démontré que les toxines contenues dans les sédiments affectent l’environnement et toute la chaîne alimentaire, jusqu’aux humains. Quinze ans après son lancement, le programme des zones préoccupantes met davantage en lumière le fait que les fonds disponibles pour le nettoyage des Lacs sont insuffisants et que les gouvernements doivent faire bien plus.
Les espèces exotiques envahissantes, arrivant par l’intermédiaire des ballasts des navires transocéaniques, peuvent prospérer librement dans les Grands Lacs en l’absence de tout facteur de contrôle naturel tels les prédateurs. C’est ainsi que l’expansion débridée des populations de moules zébrées a causé des millions de dollars de dégâts aux systèmes d’aqueduc et à l’environnement. Et la moule zébrée n’est qu’une des espèces exotiques parmi les quelques 160 déjà présentes dans le bassin des Grands Lacs. La prochaine à y pénétrer pourrait s’avérer encore plus dévastatrice. Les États-Unis et le Canada ont réagi en établissant des règlements et des marches à suivre pour la vidange des eaux de ballast, principale source de la menace. Mais il y a encore des risques parce que la plupart des navires légalement « délestés » qui empruntent le système des Grands Lacs transportent des espèces exotiques dans leurs citernes de ballast presque vides ou dans les films biologiques qui contaminent la coque ou la chaîne de l’ancre. Vu le risque élevé, la Commission est d’avis que les deux gouvernements nationaux doivent prendre des mesures immédiates plus énergiques pour barrer l’accès aux espèces exotiques. Ces mesures devraient comprendre des règles et des programmes nouveaux pour que les navires « délestés » ne contaminent pas les eaux du réseau.
Enfin, suite aux mesures visant à rendre l’eau potable, les plages propres à la baignade et les secteurs pleinement ouverts à la pêche, il est clair que les Grands Lacs demeurent une bonne source d’eau pouvant être traitée pour la consommation, mais certains secteurs demeurent impropres à la baignade et, dans les cinq lacs, la quantité de nombreux poissons comestibles est limitée. Ces grands indicateurs de la santé de l’écosystème aideront les décideurs et le public à suivre l’évolution de la qualité de l’environnement et permettront aux organismes de réglementation d’en faire rapport de façon intelligible. Parce qu’il reste encore de nombreuses incertitudes quant à l’état écologique des lacs, il faut financer davantage la recherche et la surveillance, en se servant de multiples indicateurs, certains généraux, d’autres, très ciblés.
L’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs continue de guider la bonne gestion de ce magnifique écosystème. Les avantages d’investir dans le plus vaste écosystème d’eau douce de la planète sont remarquables : notre santé, notre économie et notre environnement en profiteront. En conséquence, la Commission exhorte les gouvernements à intensifier leurs activités et leurs investissements pour protéger cette ressource commune exceptionnelle et précieuse.
Deuxième année d’inondations dans le bassin du lac à la Pluie
Après avoir vu les lacs Namakan et à la Pluie atteindre leurs niveaux les plus élevés depuis 1968, les résidants de cette région frontalière de l’Ontario et du Minnesota ont dû affronter, en 2002, une deuxième saison de fortes crues.
Les précipitations du mois de juin 2002 ont en effet atteint des sommets jamais vus dans le Nord du Minnesota, certaines régions recevant, en deux jours, près de la moitié des précipitations annuelles moyennes. Des chiffres semblables ont été enregistrés en Ontario. Suite aux pluies torrentielles, les affluents des principaux cours d’eau ont débordé un peu partout, rendant inaccessibles des tronçons routiers et des ponts pour ensuite aller se jeter dans les principaux lacs de la région. Devant cette crue rapide, la CMI a tout d’abord ordonné la fermeture partielle, pendant quelques jours, des vannes du barrage contrôlant le lac à la Pluie afin d’éviter un débordement à la hauteur du village de Rainy River. La Commission a ensuite fait réduire le débit du lac Namakan pour éviter le débordement du lac à la Pluie. Cette série de mesures a permis aux niveaux des lacs à la Pluie et Namakan de revenir à leurs moyennes saisonnières respectives dès le mois de juillet. Cependant, ces mesures ont également forcé le lac à la Pluie à dépasser de beaucoup les niveaux de pointe atteints l’an dernier et le niveau d’urgence établi par la CMI. Le lac Namakan, quant à lui, a dépassé son niveau d’urgence, mais de façon moins significative qu’en 2001.



Quai et statue d'une sirène sumergés, et le couché du soleil à Pine Island, lac à la Pluie.
Nos remerciements à Mary Lysne, Rainy Lake Conservancy
Suite à ces secondes crues printanières, quelques résidants de la région ont soulevé des questions quant aux modifications apportées par la CMI, en janvier 2000, à son plan de régulation des lacs à la Pluie et Namakan. La CMI a adopté ces modifications pour réduire l’occurrence des niveaux d’urgence tout en permettant un meilleur équilibre de la protection accordée aux différents usagers du système, aux centrales hydroélectriques, à l’environnement et aux plaisanciers, tant en amont qu’en aval des barrages. Le Conseil international de contrôle du lac à la Pluie de la CMI, qui a joué un rôle de premier plan dans le développement et l’adoption du nouveau plan de régulation, estime que les nouvelles règles ont contribué à faire augmenter les niveaux des différents cours d’eau dans la région de un à deux pouces lors des crues de 2002. Se basant sur ces chiffres, la CMI et son Conseil continuent d’étudier toutes les questions reliées aux inondations dans le but de mieux gérer ces situations extrêmes.
Venez rencontrer les membres
de la Commission à Ann Arbor

Photo : University of Michigan
Photo : Ann Arbor Area Convention and Visitors Bureau
La CMI vous invite cordialement à vous joindre à elle lors de son prochain Forum public sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, qui aura lieu à Ann Arbor, au Michigan, les 19 et 20 septembre 2003.
Les forums biennaux sur la qualité de l’eau des Grands Lacs sont des rencontres orchestrées par la CMI pour regrouper les gens qui se soucient de l’avenir des Grands Lacs. L’objectif de la Commission est de stimuler, d’éduquer et de rassembler la communauté du bassin des Grands Lacs afin qu’elle travaille de concert avec les gouvernements pour que soient pleinement réalisés les objectifs de l’Accord sur la qualité de l’eau des Lacs. Les résidants du bassin pourront célébrer les acquis, poser des questions au sujet des priorités gouvernementales, discuter des nouveaux défis qui se profilent à l’horizon et échanger sur les meilleures pratiques de restauration des zones préoccupantes. De plus amples détails seront disponibles d’ici peu sur le site Internet de la Commission.
Les commissaires de la CMI sonnent l’alarme
au sujet de la carpe asiatique

Photo : Andy Whitcomb
En juillet dernier, la CMI écrivait aux gouvernements du Canada et des États-Unis afin qu’ils prennent immédiatement des mesures pour empêcher les carpes asiatiques d’atteindre l’écosystème des Grands Lacs. Au cours des années 1970, trois espèces de carpes asiatiques la carpe argentée, la carpe à grosse tête et la carpe noire furent introduites dans le Sud des États-Unis pour lutter contre les proliférations d’algues et les populations d’escargots qui nuisaient à l’aquaculture. Or, des carpes à grosse tête et des carpes argentées se sont échappées de leur lieu de captivité à l’occasion des importantes inondations qui se sont produites au début des années 1990 et ont gagné le réseau hydrographique du fleuve Mississippi. On retrouve maintenant des carpes asiatiques non loin du canal maritime et sanitaire de Chicago, relié aux Grands Lacs près de Chicago, dans l’Illinois. On a de plus repéré quantité de cette espèce dans la rivière Illinois, même jusqu’à sa jonction avec la rivière Kankakee. On estime, d’après leur taux de dispersion actuel, que ces carpes pourraient atteindre cette année le lac Michigan par le biais du réseau fleuve Mississippi-rivière Illinois.
Les carpes asiatiques peuvent atteindre une taille et un poids énormes : plus de 127 cm (50 po) et de 23 à 50 kg (de 50 à 110 lb). En outre, elles consomment de grandes quantités de nourriture (jusqu’à 40 % de leur poids corporel chaque jour) : de la végétation, du zooplancton ou des moules et des poissons indigènes. On a vu des carpes argentées atteindre 5,4 kg (12 lb) en un an et devenir si grosses qu’elles n’étaient plus vulnérables aux prédateurs naturels. Les carpes asiatiques sont extrêmement prolifiques (chaque femelle peut porter jusqu’à un million d’œufs) et deviennent rapidement communes dans les habitats qu’elles envahissent. Elles sont parfaitement adaptées au climat des Grands Lacs et on pense qu’elles se reproduiront rapidement si elles les atteignent. Si les sauts de cette espèce ont généré beaucoup d’attention jusqu’ici les carpes ont l’habitude de sauter de six à huit pieds au-dessus de l’eau, ce qui les amène quelques fois à atterrir dans des embarcations de plaisance ce sont les torts qu’elles peuvent causer à la chaîne alimentaire des Grands Lacs qui devraient retenir l’attention des décideurs.
Le seul système présentement en place qui pourrait empêcher les carpes asiatiques de se frayer un passage jusqu’au Grands Lacs est une barrière électronique de dispersion, installée dans le canal maritime et sanitaire de Chicago, à la hauteur de Romeoville, dans l’Illinois. Se servant de courant continu, ce genre de dispositif est fréquemment utilisé pour empêcher les poissons d’accéder aux bouches d’alimentation des systèmes d’irrigation ou des barrages hydroélectriques et pour contenir les populations de carpes herbivores. La barrière électronique de Romeoville a été érigée en avril 2002 et il semble qu’elle soit efficace. Toutefois, elle n’est qu’expérimentale et les électrodes ne sont pas conçues pour durer plus de deux ou trois ans. À ce moment-là, la barrière devra être mise hors service pour que soient remplacés les câbles qui servent d’électrodes. Par ailleurs, il n’y a pas de système d’urgence qui prendrait la relève en cas de panne de courant. Par conséquent, les risques de défaillance sont présentement beaucoup trop élevés et le système peut s’avérer inutile.
La CMI a donc demandé au gouvernement des États-Unis de débloquer des sommes suffisantes à soutenir le fonctionnement du système actuel et la construction d’une seconde barrière. La Commission souligne également l’importance d’éduquer la population sur la menace que représentent les poissons vivants que l’on importe pour la consommation ou qui servent d’appâts et qui sont relâchés dans les Grands Lacs par inadvertance. La CMI et la Commission des pêcheries des Grands Lacs ont organisé une table ronde à ce sujet à Chicago, le 16 août 2002. Des experts de plus de 15 différentes agences gouvernementales (municipales, provinciales et fédérales) s’y sont réunis pour discuter des démarches à entreprendre pour mettre un frein à la propagation des populations de carpes asiatiques. On trouvera plus de détails sur ce sujet sur la page Web de la Commission : www.ijc.org/rel/news/020711.html.
Le commissaire Jack Blaney reçoit
l’Ordre de la Colombie-Britannique
Le 19 septembre 2002, le commissaire Jack Blaney recevait l’Ordre de la Colombie-Britannique. Cette décoration souligne l’excellence des réalisations de citoyens de la Colombie-Britannique et reconnaît que leurs travaux ont enrichi l’héritage commun des résidants de cette province canadienne.l’héritage commun des résidants de cette province canadienne.
In Memorium
C’est avec chagrin que la CMI a appris le décès de Mme Gale Meyer, Ph. D., du Minnesota Department of Natural Resources. Mme Meyer oeuvrait également au sein du Conseil international de la rivière Rouge de la CMI.
Kathy Tonnessen reçoit le National Research Award
Cet été, Kathy Tonnessen a reçu le Director’s Award for Natural Resources, du National Park Service américain. Cet honneur lui a été décerné pour ses travaux de pointe dans le domaine des dépositions de polluants aéroportés et pour avoir favorisé le travail de plusieurs autres scientifiques dans les parcs nationaux de la côte ouest américaine. Kathy Tonnessen est membre du Conseil de la qualité de l’air de la CMI et travaille pour le National Park Service’s Air Resources Division, à l’Université du Montana de Missoula. Ses travaux ont permis de mesurer l’importance du suivi de la qualité de l’air qui circule au-dessus de parcs nationaux aux États-Unis et l’importance de certaines questions comme les concentrations d’azote dans l’air.
Intervenants
La CMI souhaite la bienvenue aux derniers membres nommés à ses conseils.