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![]() July/August 1998 |
par Marisha Wojciechowska
L'être humain ayant toujours la fascinante tendance de se comparer à son voisin, jetons un coup d'oeil sur la façon dont certains de ces voisins gèrent leurs grands écosystèmes fluviaux et lacustres.
Le premier constat que est que chacun répond au problème de la gestion des fleuves et des lacs à sa façon, en fonction de ses conceptions du problème. Chacun aborde la gestion des fleuves selon un angle ou un autre, en fonction de sa culture, de ses valeurs ou de sa formation. Ainsi le géomorphologue voit le fleuve comme un réseau alimenté de ruisseaux et de rivières couvrant un territoire délimité (le bassin versant), au sein duquel s'opèrent des transferts de sédiments et de polluants. L'ingénieur y voit une série de problèmes hydrauliques à résoudre, faisant l'objet de solutions mathématiques et physiques (barrages, canaux, etc.). Cependant, toutes ces conceptions schématiques de l'écosystème omettent de représenter l'être humain en tant qu'usager individuel et collectif des ressources du fleuve. La dimension sociale tarde à être intégrée au même titre que les dimensions économiques et écosystémiques de conceptions des fleuves.
Le deuxième constat est que la gestion des ressources environnementales se juge désormais en fonction du concept de développement durable. Bien que faisant l'objet de nombreuses critiques ce concept présente néanmoins l'avantage d'unifier des impératifs sociaux, économiques et écologiques dans un même élan de développement et fixe désormais de nouveaux buts pour l'humanité. Dans cette optique de développement durable, nous posons que: la gestion des écosystèmes fluviaux et lacustres doit bénéficier d'une prise en compte croissante des usages et des milieux. C'est l'équation qui, selon nous, détermine l'essence des actions à poser pour aboutir à une gestion harmonieuse de nos écosystèmes et de leurs ressources.
Maintenant regardons comment l'on gère ces écosystèmes à l'échelle de la planète. Une étude comparative a été menée afin de déterminer comment les grands fleuves sont présentement gérés à l'échelle de la planète. Treize cas furent analysés en fonction de leurs différentes approches de la gestion (tableau 1).
Cette étude révèle qu'il existe trois grands types d'organismes de gestion :
Ainsi sur les treize fleuves/pays répertoriés, seulement cinq débordent de la simple gestion de l'eau dans le cadre de leurs approches, soit l'Angleterre, le Fleuve Mékong, la France, la Roumanie et les Grands Lacs, en pratiquant une gestion plus «globale». Ces derniers considèrent que la gestion des fleuves vise non seulement à tirer profit d'une opportunité ou à régler un problème lié à la ressource eau, mais à équilibrer les deux composantes de l'équation de gestion que sont les usages et les milieux.
En contrepartie, les autres cas répertoriés considèrent exclusivement la ressource en eau, cherchant soit à en tirer profit par le biais notamment de barrages pour la production d'hydroélectricité (conception des fleuves de l'ingénieur), soit à résoudre les problèmes qu'elle génère comme les cycles de crues et de sécheresses. Sans chercher à condamner ces derniers, les explications résident dans les réalités socio-économiques précaires qui prévalent dans ces régions du monde.
Finalement, on peut placer les approches inhérentes aux initiatives de gestion en fonction de notre équation de la gestion des fleuves qui appelle une prise en compte progressive des usages et des milieux (figure 1). Ainsi la gestion et le développement des ressources en eau s'intéresse à un degré moindre à l'ensemble des usages et des milieux d'un fleuve, tandis que les approches de gestion écosystémique ou de gestion par bassin versant font preuve d'une plus grande prise en compte des deux composantes. Quant à l'approche de résolution de problèmes environnementaux, nous pressentons (malgré l'insuffisance d'information) qu'elle s'occupe plus des usages que des milieux.
Un dernier petit coup d'oeil dans la cour des voisins permet de constater que certaines tendances se dégagent à l'échelle internationale dans la gestion des écosystèmes fluviaux et lacustres. Ces tendances sont :
Pour revenir à notre propre réalité, la population du bassin hydrographique Saint-Laurent/Grands Lacs jouit d'une richesse remarquable du fait de la présence de ce grandiose plan d'eau. Et alors que des crises tragiques se profilent à l'échelle de la planète, concernant notamment la disponibilité de l'eau douce, nous avons ici une responsabilité exceptionnelle de poursuivre sérieusement la réflexion sur le problème de la gestion de notre bassin versant.
Tableau 1
Portrait international des initiatives de gestion des fleuves
| FLEUVE / PAYS | APPROCHE |
| Angleterre | Catchment Management Planning |
| Fleuve Zambeze Angola, Namibie, Botswana, Zambie, Zimbabwe, Malawi, Mozambique, Tanzanie | Résolution internationale de conflits environnementaux |
| Fleuve Zambezi Zambie, Zimbabwe | Développement des ressources en eau |
| Fleuve Gambie Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau | Développement des ressources en eau |
| France | Gestion globale des milieux aquatiques par bassin versant |
| Fleuve Jaune Chine | Gestion des ressources en eau et des crues |
| Grands Lacs Canada, États-Unis |
Gestion écosystémique |
| Fleuve Mékong Cambodge, Laos, Thaïlande, Viêt-Nam | Gestion des ressources en eau et du milieu aquatique |
| Mexique | Gestion des ressources en eau |
| Fleuve Mgeni Afrique du sud |
Gestion des ressources en eau selon l'environnement récepteur |
| Nil Égypte | Développement des ressources en eau et résolution de conflits |
| Nil Égypte, Soudan | Gestion de projets hydrauliques |
| Fleuve Niger Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Guinée, Mali, Niger, Nigeria |
Développement des ressources en eau |
| Roumanie | Gestion de l'eau par bassin versant |
| Fleuve Sénégal Sénégal, Mauritanie, Mali |
Développement des ressources en eau |
Marisha Wojciechowska est une consultante en environnement qui vit à Montréal. On peut la rejoindre à marisha@cam.org.