Volume 23, Issue 1, 1998
March/April 1998


La CMI recommande une surveillance accrue des déchets radioactifs

Au fil du temps, la production, le stockage et les essais atmosphériques d'armes nucléaires, la production dél'ectricité par les centrales nucléaires, de même que d'autres activités humaines ont contribué à l'augmentation des quantités de radionucléides qui se trouvent à l'état naturel dans l'écosystème du bassin des Grands Lacs. Il a été difficile jusqu'à maintenant d'identifier nombre de problèmes possibles liés à ces sources, car le dégagement, la dissémination et les effets des radionucléides sur les écosystèmes n'ont pas été étudiés de façon systématique.

Au cours des prochaines années, tant au Canada qu'aux États-Unis, lorsque les compagnies de services publics commenceront à mettre hors service des réacteurs dans plusieurs centrales nucléaires, elles seront confrontées aux problèmes sans cesse croissants de gestion et d'élimination des déchets nucléaires, ainsi que de la fermeture ou du réaménagement de sites pour des fins autres que l'utilisation d'énergie nucléaire. D'où l'importance d'élargir nos connaissances scientifiques sur les effets possibles des radionucléides sur la santé publique et celle des écosystèes du bassin des Grands Lacs afin d'être en mesure de prendre des décisions éclairées.

À la lumière des besoins présents et futurs en termes d'information, la Commission mixte internationale (CMI) a mis sur pied, en 1995, le Groupe de travail sur le nucléaire en vue de réviser et d'évaluer le niveau de radioactivité dans le bassin des Grands Lacs et d'en faire rapport. Une des responsabilités de la CMI est d'évaluer les efforts nécessaires pour restaurer et maintenir l'intégrité des eaux des écosystèmes du bassin des Grands Lacs conformément à l'Accord relatif à la qualité de l'eau dans les Grands Lacs.

Le Groupe d'étude a examiné l'information disponible et a publié récemment l'Inventaire des radionucléides dans le bassin des Grands Lacs. Une approche par bilan a été utilisée pour décrire les rejets de radionucléides observés dans l'atmosphère et dans l'eau, ainsi que la façon dont ils se dispersent dans l'air, dans l'eau et jusque dans les organismes vivants du bassin des Grands Lacs.

Cette approche constitue un premier pas dans l'établissement des sources, des voies de migration, de la dispersion et du transport des radionucléides. Le Groupe d'étude a cependant souligné la nécessité de recueillir davantage d'informations uniformes afin de constituer une base appropriée à l'étude du niveau d'exposition des écosystèmes et des êtres humains, et d'entreprendre une évaluation des risques liés à l'exposition. Pour satisfaire aux exigences relatives à l'émission des permis, l'industrie du nucléaire doit rendre compte de ses rejets. On a noté de nombreuses différences dans les niveaux de radionucléides observés dans les installations entre les divers pays et dans la façon dont ils sont mesurés. Le Groupe d'étude conclut qu'une révision du protocole d'analyse et de surveillance est nécessaire pour évaluer en profondeur les effets des radionucléides sur la santé des écosystèmes et vérifier si des mesures adéquates sont en place pour atteindre les objectifs visés dans l'Accord.

Les centrales nucléaires constituent actuellement la plus importante source anthropique de radionucléides dans le bassin des Grands Lacs. Du côté des États-Unis, on dénombre 11 centrales nucléaires possédant au total 16 réacteurs, contre 4 centrales munies de 21 réacteurs du côté canadien. Toutes ces centrales émettent des radionucléides. Il existe également en Ontario d'autres sources importantes à proximité du bassin des Grands Lacs, notamment une usine d'élimination du tritium à Darlington et des mines d'uranium dont les déchets sont dispersés dans la région de Serpent River, ainsi que des usines de raffinage et de conversion de l'uranium, à Blind River et Port Hope. Les États-Unis comptent des usines d'armement et d'opérations auxiliaires à Ashtabula, en Ohio, ainsi que des usines de fabrication de combustible nucléaire à West Valley, dans l'État de New York.

En outre, des établissements commerciaux, industriels et médicaux ainsi que des instituts de recherche situés dans la région des Grands Lacs utilisent des radionucléides. Bien que la quantité de matériel soit petite, le nombre important d'utilisateurs peut sensiblement augmenter les concentrations de produits radioactifs dans l'environnement.

Le Groupe d'étude a identifié certains radionucléides, notamment le tritium, le carbone-14, l'iode-129, les isotopes de plutonium et le radium-226, qui justifient l'élaboration d'autres rapports et d'études distinctes vu l'utilisation de ces substances et la composition des rejets, leurs propriétés physiques, chimiques et biologiques, ainsi que les besoins spécifiques de surveillance des lacs.

La CMI étudie présentement l'Inventaire en vue d'établir ses orientations futures.


Revised: 7 April 1998
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