Volume 20, Issue 3, 1995
November/December 1995


La valorisation agricole des boues d'épuration à Jonquière

par Guy Gagnon

Située au Saguenay, la municipalité de Jonquière est une ville de près de 60 000 âmes, à caractère essentiellement industriel et résidentiel, qui couvre une superficie de 230 Km2. Plusieurs cours d'eau coulent sur son territoire; aussi la qualité de l'environnement occupe une place prédominante dans les préoccupations de chacun des citoyens. Comme la plupart des autres villes du Québec, Jonqière devait, jusqu'à tout récemment, disposer de la majorité des boues produites par les stations d'épuration en les dirigeant dans un site d'enfouissement sanitaire.

Jusqu'en 1990, toutes les boues d'épuration produites à Jonquière étaient enfouies avec les déchets domestiques au site de la M.R.C. du Fjord du Saguenay. Cependant, devant la situation particulière que connaît alors le dossier de l'enfouissement au Saguenay et au Québec, il devenait, non seulement intéressant, mais essentiel pour la municipalité d'envisager d'autres modes de disposition pour ses boues d'épuration.

Comme la Ville de Jonquière est située au centre d'une grande superficie de terres cultivées et compte tenu de la très bonne qualité de nos boues d'épuration, les autorités municipales ont choisi de concentrer leurs efforts de valorisation vers les secteurs agricoles, de la valorisation agricole, du compostage et de la restauration des sites dégradés. Pour tous ces modes de disposition, le ministère de l'Environnement et de la Faune applique la même réglementation concernant la qualité des boues qui y sont acheminées.

En ce qui concerne le compost, celui-ci est fait à base de boues et de sclures de bois, le tout étant mélangé de façon homogène et disposé pour assurer le compostage adéquat des matières utilisées. Le compost produit peut être commercialisé en vrac ou en mélange avec des terreaux mixtes lors de la réalisation de contrats d'aménagement, de revégétation ou de gazonnement que réalisent certains de nos partenaires privés.

Pour ce qui est de la restauration des sites, les dossiers réalisés par la municipalité l'ont été en collaboration avec la compagnie Alcan sur des bancs d'emprunt d'argile devant être restaurés après utilisation. Les boues ont alors été appliquées directement sur le site à restaurer pour ensuite être incorporées à l'aide des équipements appropriés. Un suivi technique et agronomique doit être assuré afin de permettre l'atteinte des objectifs visés.

Des résultats impressionnants: les agriculteurs en redemandent

Le réseau d'épuration des eaux de Ville de Jonquière accueille très peu de rejets industriels, ce qui permet d'obtenir une faible concentration de métaux lourds dans les boues, concentratin qui, jusqu'à présent, s'est maintenu bien au deça des normes prescrites par le ministère de l'Environnement du Québec. Suite à ce constat, il ne restait donc plus qu'à développer l'approche "valorisation", laquelle avait déjà été expérimentée positivement ailleurs au Québec et dans le monde.

Dès l`été 1990, les premiers essais de valorisation ont été effectués en s`associant à des partenaires privés et publics afin de réaliser des essais de fertilisation sur des terres cultivées. Ainsi, des essais ont permis de noter une augmentation du volume de culture de près de 50% sur une culture d'avoine. L'enthousiasme de nos partenaires et l'augmentation significative du rendement des cultures pour cette période nous ont motivés à mettre en place un programme permanent de valorisation des boues.

Depuis 1991, la Ville de Jonquière y travaille à plein temps. Des entreprises privées fournissent à Jonquière les services d'analyse et de transport des boues ainsi que la réalisation des études agronomiques, le programme de valorisation est donc coordonné entièrement par la municipalité.

En 1991, près de 40 % du total des boues d'épuration ont été redirigées vers la valorisation agricole ou le compostage. Depuis la mise sur pied d'un nouveau système d'entreposage hivernal des boues en 1993, 75% du total de 10,500 mètres cubes des boues d'épuration ont été redirigés durant cette année. Ceci inclus 40 % vers la valorisation agricole, 8% vers le composte, et 19% qui on été entreposée et valorisée l'été suivant.

Ecologie et économie: les mots d'ordre de la valorisation

Le programme de valorisation agricole vise essentiellement deux objectifs. Le premier, à caractère environnemental, vise à utiliser le potentiel fertilisant et organique des boues en faisant appel au principe de développement durable. La valorisation permet de ne pas congestionner les sites d'enfouissement, tout en récupérant ce produit à des fins agricoles et des plus écologiques. Le deuxième objectif, à caractère économique, permet la diminution des coûts de disposition des boues et ce, à court et à long terme. La municipalité peut donc ainsi réaliser des économies importantes sur les coûts d'enfouissement sanitaire.

De plus, l'utilisation des boues en agriculture est le mode de disposition le plus avantageux en raison des faibles coûts, tant au niveau des opérations que des infrastructures requises. Les frais encourus pour l'activité de valorisation sont variables et dépendent du type de valorisation utilisé. Ainsi, pour la première année, les coûts reliés à la valorisation agricole étaient de l'ordre de 8,50$ par m3 de boues humides. Ces dépenses couvrent, entre autres, le salaire du coordonnateur et ses frais de déplacement, l'analyse des boues et les études agronomiques.

Quant aux agriculteurs participants, ils peuvent bénéficier d'avantages importants au niveau du coût des engrais ainsi qu'au niveau de l'augmentation du rendement des cultures tel que mentionné précédemment.

Leader dans ce domaine depuis 1990, la Ville de Jonquièere a développé un système qui est disponible et exportable. Elle a aussi mis sur pied un programme de contrôle des rejets liquides dans un réseau d'égouts qui vise à réduire les rejets potentiels de produits toxiques.

La valorisation agricole représente non seulement un mode de disposition écologique et économique mais ell se veut aussi une solution permanente au problème de la gestion de boues en milieu urbain.

Pour de plus amples renseignements, veuillez contacter Guy Gagnon, Coordonnateur, Valorisation agricole, Ville de Jonquière, 2710 boulevard du Saguenay, C.P. 2000, Jonquière, (Québec) G7X 7W7. Téléphone au (418)699-6060; télécopieur (418)699-6058.


Revised: March 14, 1997
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