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Retour à la biographie de Herb Gray

Comité permanent de la Chambre sur l’environnement
et le développement durable

Présentation du 7 octobre 2003

 

Le très honorable Herb Gray, C.P., C.C., C.R.
Président, section canadienne, Commission mixte internationale

{ } Les paragraphes marqués d’une accolade n’ont pas été prononcés lors de la séance afin d’économiser du temps

{Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de prendre la parole aujourd’hui. Mon collègue Dennis Schornack, président de la section américaine de la Commission mixte internationale est ici à mes côtés.

Lors de notre dernière rencontre, le 5 juin, je vous avais expliqué le rôle de la commission mixte internationale et nous avions alors discuté plus précisément des préoccupations de la commission en ce qui a trait à l’introduction d’espèces étrangères dans les Grands Lacs. Cette présentation traitait plus en détail de certaines autres problématiques couvertes dans le 11ième rapport biennal sur la qualité de l’eau des Grands Lacs. Des copies supplémentaires de ma présentation du mois de juin étant disponibles pour vous, je ne répéterai pas l’information déjà diffusée sur ces sujets.

Pour bien mettre en perspective nos remarques d’aujourd’hui, il importe que chacun soit conscient du rôle de la commission mixte internationale en ce qui a trait à l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs, et que chacun sache comment nous procédons dans un cycle biennal pour honorer nos engagements pris en vertu de cet accord. Très brièvement, cet accord a été passé entre le Canada et les États-Unis, qui sont désignés sous le nom de « parties ». En vertu de l’accord, la CMI s’est vu confier un rôle permanent d’aide et de conseil aux parties quant à l’application de cet accord. La commission rédige et publie des rapports aussi souvent qu’elle le juge opportun pour s’acquitter de ces tâches mais elle est tenue de produire un rapport complet au moins tous les deux ans, rapport qu’elle soumet aux deux parties et au public et qui porte sur les progrès enregistrés par les gouvernements dans le cadre des engagements pris en vertu de l’accord. Au Canada, plusieurs aspects de l’accord sont de juridiction provinciale. L’entente Canada-Ontario sert de base aux gouvernements fédéraux et provinciaux pour coordonner leurs efforts de mise en place de l’accord.

L’accord prévoit l’établissement du Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs (CQEGL) et du Conseil consultatif scientifique des Grands Lacs (CCSGL) pour seconder la Commission dans ses travaux. De plus, un Conseil des gestionnaires de recherche des Grands Lacs (CGRGL) a été mis sur pied. Le Conseil international de la qualité de l’air (CIQA) et le Groupe des professionnels de la santé (GPS) s’occupent tous deux de questions pertinentes sur toute la longueur de la frontière mais les Grands Lacs représentent leur principal champ d’intérêt.

Ces conseils effectuent leurs opérations un suivant un cycle de deux ans. Quand un cycle se termine, chaque organisme soumet un rapport à la commission, qui tient ensuite une audience publique au cours de laquelle les différents conseils peuvent discuter du contenu de ces rapports avec les communautés voisines des Grands Lacs. Le public est alors en mesure de faire valoir aux commissaires son opinion sur ces différents rapports et quelles devraient être, selon lui, les priorités du prochain cycle de deux ans. Après cette audience, la commission commence la production de son rapport biennal en tenant compte à la fois des rapports des conseils et des commentaires du public.

Nous nous trouvons présentement à la fin d’un cycle de deux ans. Notre rencontre biennale a eu lieu les 19 et 20 septembre dernier à Ann Arbor, au campus de l’université du Michigan. Près de 400 personnes y ont assisté. Dennis Schornack vous parlera plus en détail des discussions et des résultats de cette audience.

Je crois savoir que ce comité s’intéresse de près à la qualité de l’eau des Grands Lacs du point de vue de la CMI. Cette perspective a été présentée dans notre dernier rapport biennal de même que dans le Rapport spécial sur les secteurs préoccupants. Ces deux documents vous ont été transmis en juin et ont été discutés à ce moment.}

Je repasserai aujourd’hui avec vous, en les groupant par problématique, les grandes lignes des travaux de nos différents conseils. Leurs rapports sont tous accessibles au public, vous pouvez donc les consulter si vous souhaitez obtenir de plus amples informations sur l’un ou l’autre des sujets traités. J’ai avec moi quelques exemplaires d’un condensé de ces rapports, que vous pouvez aussi trouver sur notre site Web, www.ijc.org. Plusieurs des problématiques étudiées par les différents conseils requièrent un somme de travail plus grande que celle qu’il est possible d’accomplir en deux ans; les travaux se poursuivront donc au cours du prochain cycle.

PROBLÉMATIQUES ÉTUDIÉES PAR LES CONSEILS

Je vais maintenant aborder plus en détail les travaux de chaque conseil qui rejoignent vos préoccupations sur la qualité de l’eau.

Le mercure et la santé humaine - CQEGL et CIQA

Une fois introduit dans l’environnement, le mercure circule constamment dans la biosphère entre l’air, la terre et l’eau. Quand il se retrouve dans les sédiments, le mercure peut être converti en méthylmercure et, au fur et à mesure qu’il progresse dans la chaîne alimentaire, atteindre des concentrations de plus en plus élevées dans les tissus. Plusieurs mises en garde à la consommation des poissons des Grands Lacs visent à préserver les humains d’une surexposition au mercure. Le CIQA travaille avec des modèles pour déterminer les sources de mercure de la région. Le CCSGL a examiné les impacts du mercure sur la santé des humains. Des moyens plus efficaces seront nécessaires pour conseiller la population en matière de réduction de l’exposition au mercure contenu dans les poissons. En même temps, tout doit être fait pour réduire la quantité de mercure qui circule dans les écosystèmes en provenance de sédiments contaminés, des émanations des centrales au charbon et du milieu hospitalier et dentaire. La commission a toujours soutenu que les mises en garde efficaces ne sont qu’une solution à court terme et que la meilleure solution à long terme consiste à réduire la quantité de mercure et d’autres substances toxiques persistantes dans notre environnement.

Zones critiques et plan d’aménagement panlacustre - CQEGL

Pour que de réels progrès soient enregistrés dans la restauration Grands Lacs, les 41 zones critiques qui les entourent nécessiteront plus d’efforts efficaces et prioritaires de la part des gouvernements. Ces zones critiques sont des régions géographiques au sein desquelles la dégradation de l’environnement est plus importantes qu’à d’autres endroits des Grands Lacs, des zones qui ont besoin d’être nettoyées pour que soient restaurées les possibilités d’utilisation bénéfiques de base de l’eau. Cette dégradation constitue une dette transmise par les générations précédentes aux générations futures, une dette tout aussi réelle que la dette financière. Étant donné que ma présentation du mois de juin contenait beaucoup d’information sur ce sujet, je ne m’y arrêterai pas plus longtemps aujourd’hui. Je veux seulement vous rappeler que tout programme de gestion de l’eau ne peut faire abstraction des contaminants qui y ont été déversés au cours des cent dernières années et qui continuent de l’être, bien qu’en moindre quantité. Ces contaminants continuent d’affecter les écosystèmes et la santé des humains.

Lac Érié - CQEGL

Le CQEGL suit de près la problématique préoccupante de la zone morte du Lac Érié et l’épidémie de botulisme. Les recherches sont en cours en ce moment et nous ne possédons pas de réponses, seulement des hypothèses. Il nous a été dit que la zone morte du lac Érié est un phénomène récurrent causé par plusieurs facteurs. Toutefois, la situation s’est aggravée ces dernières années et il est possible que le phénomène soit imputable à la baisse du niveau des eaux du lac et à l’augmentation de la quantité de phosphore présente dans l’eau.

Le botulisme de type E Avien, qui s’attaque aux poissons et aux oiseaux qui les mangent est peut-être lié à la présence d’espèces étrangère envahissantes comme la moule zébrée, la moule quagga et la gobie ronde. Il est possible que la température de l’eau ait aussi une part de responsabilité. {Le botulisme est présent surtout dans le lac Érié mais aussi jusqu’à un certain point dans les lacs Huron et Ontario. La mortalité atteint normalement son apogée en octobre et en novembre, il est donc trop tôt pour affirmer que la situation est meilleure cette année que par les années passées.}

Ces deux problématiques du lac Érié mettent en valeur l’importance de ne jamais baisser notre garde en matière de vigilance et de contrôle. Les Grands Lacs sont un système changeant qui nécessite une gestion de tous les instants. {Au cours de notre dernière réunion biennale, la commission a remis un prix au professeur Jan Ciborowski, Ph. D., de l’université de Windsor, pour souligner sa contribution exceptionnelle au Lake Erie Millennium Network et l’évaluation par cet organisme de la santé de l’écosystème.}

Urbanisme: Liens entre l’utilisation du terrain et la qualité de l’eau - CCSGL

{Au cours de la décennie 1990-2000, la population de Chicago a augmenté de 12 pour-cent et une augmentation additionnelle de 7 pour-cent est prévue pour les dix ans à venir. Entre 1992 et 1997, la population de Toronto s’est accrue de 13.8 pour-cent et la prochaine décennie pourrait voir la population s’accroître encore de 16 pour-cent.} Il est préoccupant de penser que l’augmentation de la population pourrait être éclipsée en importance par l’augmentation de la zone urbanisée. Cette tendance importante au développement et à l’étalement urbain engendre un besoin accru de traitement des eaux usées, un accroissement des surfaces pavées et couvertes sur lesquelles l’écoulement des eaux est accéléré et une augmentation des polluants de l’air générée par un plus grand nombre de kilomètres parcourus par des véhicules automobiles. C’est la couverture imperméable crée par ce genre de développement qui est particulièrement préoccupante du point de vue de la qualité de l’eau. Un estimé soutient que les deux-tiers de cette couverture provient du « milieu automobile » : routes, stationnements, entrées de garages.

{L’urbanisation modifie la qualité des eaux de surface de trois façons. Premièrement, l’augmentation de la quantité des eaux usées à traiter se traduit souvent par la dérivation des égouts directement dans les cours d’eau. Deuxièmement, l’écoulement des eaux pluviales sur les surfaces imperméables contient des quantités variables de solides en suspension, du phosphore et de l’azote qui proviennent d’engrais et d’excréments d’animaux, de même que des métaux et des PAH produits par les échappement de véhicules. La troisième source est une combinaison des débordements d’égouts qui mélangent les eaux usées et l’écoulement pluvial. Dans les cas de pluies abondantes, les usines de traitement ne suffisent pas à la tâche et débordent directement dans les eaux de surface.}

Le CCSGL de la commission continuera ses travaux sur cet important sujet en essayant de trouver des moyens pour que le développement et l’étalement urbain ne viennent pas miner les progrès accomplis à ce jour.

{La commission est aussi préoccupée par un autre usage du terrain qui est souvent couvert par la presse: les fermes industrielles. Les pratiques agricoles intensives peuvent contaminer les eaux de surface et la nappe phréatique avec des doses massives d’engrais (phosphates et nitrates) si elles ne sont pas réglementées et gérées.}

Changements climatiques: Impacts sur le bassin des Grands Lacs - CQEGL

La majeure partie des débats sur les changements climatiques portent sur les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou sur l’atténuation de leurs impacts. Or il est tout aussi important de se préparer à affronter les effets des changements climatiques. Dans cet ordre d’idées, le CQEGL de la commission a examiné les effets possible sur les Grands Lacs d’un changement climatique et il a tenté d’en déterminer les impacts sur les activités de restauration. À titre d’exemple, une augmentation ou une diminution du niveau des eaux pourrait grandement modifier l’utilité d’une zone humide protégée ou aménagée. Les modifications aux usines d’épuration et les systèmes de gestion des écoulements pluviaux qui sont à l’étude doivent tenir compte de l’impact qu’aura le niveau des eaux sur l’efficacité de leurs opérations. Des précipitations extrêmes plus fréquentes se combineront à l’accroissement de la zone imperméable déjà mentionnée pour créer un réel problème de qualité de l’eau. Les sédiments contaminés courrent un plus grand risque d’être déplacés par une action naturelle ou humaine si une réduction du niveau de l’eau rapproche ces activités des sédiments ce qui permettra aux contaminants d’être réintroduits dans l’eau.

Espèces étrangères envahissantes

J’ai traité de ce sujet en profondeur quand je vous ai rencontré le 5 juin. Bien qu’aucun des conseils ne se penche en particulier sur cette question, la commission dans son ensemble s’y intéresse beaucoup. Un aspect particulièrement préoccupant s’avère être la possibilité continuelle d’introduction de nouvelle espèces étrangères envahissantes dans les Grands Lacs par le biais des eaux de lest de navires transocéaniques. {Nous sommes également partie prenante des efforts de confinement de la carpe asiatique au bassin de la rivière Illinois et pour empêcher cette espèce de se répandre dans les Grands Lacs par le Chicago Ship and Sanitary Canal.} Je souhaite que vous adoptiez une résolution, comme l’a déjà fait le comité sur les pêches, qui recommandera aux gouvernements que la CMI reçoive le mandat de coordonner et d’harmoniser les efforts des deux pays visant à enrayer ce phénomène nuisible à l’économie et à l’intégrité biologique des Grands Lacs.

Problématiques émergentes - Tous les conseils

Tous les conseils des Grands Lacs de la commission se sont réunis dans le cadre d’un atelier spécial en février dernier pour identifier les problématiques majeures qui se dessinent à l’horizon pour les Grands Lacs au cours des 25 prochaines années et pour dresser la liste des projets les plus prometteurs en vertu de l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs. Je vais vous livrer ici les grandes lignes de chacun des cinq thèmes de l’atelier et vous laisser une copie du rapport produit. Ce document est aussi inclus dans le résumé des rapports des différents conseils dont j’ai parlé plus tôt.

  1. Nouveaux agresseurs non-chimiques - Les espèces envahissantes, la variabilité du climat, la présence accrue d’engrais comme le phosphore et l’azote, la perte d’habitats naturels et la dynamique du réseau alimentaire ont tous un impact sur les Grands Lacs. Il est essentiel de bien comprendre la nature des liens qui unissent les processus physiques, biologiques et chimiques afin de mettre en place un système décisionnel qui repose sur la science
  2. Nouveaux agents stressants chimiques - Des dizaines de milliers d’agents chimiques présentement sur le marché n’ont jamais été testés pour en connaître les impacts sur la santé humaine et l’environnement advenant le cas où ces produits seraient libérés dans l’air que nous respirons ou dans la tranche d’eau et potentiellement transmis aux poissons et aux autres organismes aquatiques. Certains de ces produits ayant déjà été identifiés comprennent les éthers dyphényliques polybromés (produits ignifuges), {les perfluosulfonates et les carboxylates, les paraffines chlorées et les naphtalène,} divers produits pharmaceutiques et de soins personnels, les phénoliques ainsi qu’une vingtaine de pesticides d’usage courant.
  3. Impacts nouveaux (de produits chimiques déjà à l’étude) - Des observations de plus en plus concluantes permettent d’affirmer que certains produits chimiques déjà à l’étude (BPC, DDT, dioxines, mercure, toxaphene) ont des effets subtils mais pernicieux à plusieurs niveaux biologiques {allant de la cellule à l’écosystème, même lorsqu’ils sont présents en quantités infiniment plus faibles que celles jugées significatives auparavant.} Le défi consiste à identifier ces effets et déterminer s’il existe un lien entre eux et les produits à l’étude.
  4. L’écologie changeante des Grands Lacs - Les Grands Lacs ont été soumis à des changements écologiques majeurs au cours des 200 dernières années de développement humain. Ils se relèvent lentement de leur décrépitude mais ils ne reviendront jamais à l’état naturel qui était leur avant l’arrivée des européens. Une vision commune et à long terme est nécessaire à la gestion des lacs. Quel en est l’objectif concret? {Un exemple d’objectif de gestion à long terme pourrait être l’établissement d’une population stable de poissons et d’oiseaux prédateurs de niveau trophique supérieur comme indicateur de pérennité.}
  5. Nouvelles politiques - Les trois décennies de l’accord ont été marquées par une succession d’approches politiques, de la réglementation à l’intégration de l’économie et de l’environnement, en passant par la prévention de la pollution. Le principe de précaution est maintenant bien place des deux côtés de la frontière. Les domaines dans lesquels la région des Grands Lacs peut être un leader en matière de politique sont nombreux comme par exemple le niveau zéro de déversements de sources ponctuelles ou bien les politiques d’usages créatifs du terrain. Il existe à l’heure actuelle des mécanismes de coordination comme le Binational Executive Committee of the Great Lakes Water Quality Agreement, mais il n’y a pas d’entité spécifique dont la mission consiste à évaluer et proposer des politiques sur les Grands Lacs dans un cadre binational.

Les discussions de l’atelier mettent en lumière que les défis auxquels feront face les Grands Lacs dans l’avenir seront la continuation ou la mutation des problèmes actuels dont nous sommes déjà conscients. {Ces défis comprennent les contaminants chimiques, les surplus d’engrais (phosphore et azote), les changements climatiques, les espèces envahissantes, les mutations de la faune, le développement des berges et la prolifération des banlieues. }

Sur la foi des ces travaux, la commission est en train d’établir ses priorités pour le prochain cycle biennal, celui de 2003-2005. Une des tâches de premier plan consistera à formuler des recommandations sur la refonte du Great Lakes Water Quality Agreement. {Cette révision est rendue nécessaire suite à la publication du 12ième Rapport biennal de la CMI en 2004. Les travaux sur les espèces envahissantes, l’utilisation du terrain, la santé humaine et le changement climatique se poursuivront. Le besoin de surmonter les obstacles au progrès dans les zones critiques constituera une large part des travaux de la commission.}

{Sur ce, j’invite Dennis Schornack, président de la section américaine de la commission, à vous exposer le contenu de certaines des discussions et des conclusions tirées lors de notre plus récente réunion biennale tenue à Ann Arbor, et à vous décrire les initiatives qui se dessinent à l’horizon des Grands Lacs.}

Dennis Schornack, président (absent, ses commentaire prononcé par M. Gray)

{Monsieur le président Caccia, je me sens privilégié de paraître devant cette honorable assemblée pour vous présenter un résumé de la dernière réunion biennale de la CMI et du communiqué émis à Ann Arbor, au Michigan, concernant le rôle de la CMI dans le processus de révision de l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs et sur la possibilité qu’ont le Canada et les États-Unis de continuer sur la lancée fructueuse de cet accord et de l’amener dans le 21ième siècle. Il est aussi très important pour moi de répondre à vos questions.

Pour les commissaires, cette dernière réunion a été l’occasion de rencontrer pendant trois jours les citoyens, scientifiques, activistes, représentants des gouvernements, représentants du milieu industriel et d’autres partenaires du bassin des Grands Lacs. La tenue de la réunion dans l’enceinte d’une des institutions d’enseignement supérieur les plus prestigieuse du bassin, l’University of Michigan, ajoutait un air de civilité à ce forum. La CMI a profité de cette réunion pour faire un grand pas vers son rétablissement comme lieu privilégié de rencontre des idées sur les problématiques des Grands Lacs.

La première journée était celle des groupes d’intérêts, qui comptaient dans leurs rangs plus de 40 personnes représentant 31 organismes, tous dévoués à l’amélioration de la santé écologique des Grands Lacs. Nous avons constaté que les opinions du Georgian Bay Association et du Great Lakes Coalition différaient sur la question du niveau des eaux, que la menace d’augmentation des espèces envahissante préoccupait la Ontario Federation of Anglers and Hunters, que l’industrie maritime souhaitait protéger ses intérêts et ses emplois mais surtout comment chacune de ces organisations pouvait jouer un rôle dans la refonte de l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs.

La journée suivante était celle des sciences au cours de laquelle se sont tenus neuf ateliers en compagnie d’experts scientifiques qui ont présenté les résultats des plus récentes recherches sur les défis qui attendent les Grands Lacs, ceux-là même que le président Gray a exposé il y a quelques instants. Ces activités ont renforcé l’image de la CMI comme organisation dont les actions reposent sur des bases scientifiques et ont permis au public de poser des questions de vive voix aux meilleurs spécialistes du bassin et ce en présence de leurs collègues.

La dernière journée fut celle de la synthèse.}L’objectif premier de cet événement était de reconnaître le momentum puissant et grandissant qui accompagne, en particulier du côté américain, le projet de restauration majeur du bassin des Grands Lacs. Des représentants, du U.S. Environmental Protection Agency, d’Environnement Canada, de Great Lakes United, des maires, des gouverneurs et des représentants de l’industrie ont présenté leurs plans de restauration des Grands Lacs.

Les participants ont été particulièrement intéressés par un rapport de membres de Congrès américain touchant des projets de loi tant de la Chambre des représentants que du Sénat, des projets de même ordre de grandeur que l’enveloppe budgétaire de 7 milliards de dollars prévue par le gouvernement des États-Unis pour restaurer les Everglades. Ces deux propositions ont créé un émoi tout autour du bassin des Grands Lacs comme si les pièces du puzzle tombaient maintenant en place pour paver la voie à un projet majeur de restauration, particulièrement du côté américain.

{Le but de ces discussions était d’identifier les éléments communs des différents plans de restauration des Grands Lacs. Dans e cadre de cet exercice, on a demandé à plus de 150 groupes d’intérêt d’énoncer les trois aspects les plus importants de restauration des Grands Lacs. Les voici:

  1. Les espèces envahissantes représentent la première priorité. Ce problème est d’ailleurs considéré comme la plus sérieuse menace à la biodiversité aquatique des Grands Lacs et une menace pour notre économie.
  2. Le nettoyage des sédiments dans les zones critiques. Aux États-Unis, nous avons le Great Lakes Legacy Act, qui prévoit 250 millions de dollars sur 5 ans pour le nettoyage des sédiments contaminés. De ce côté-ci de la frontière, vous avez le Canada Ontario Agreement, parrainé par le fédéral et le provincial, qui alloue 40 millions de dollars sur 5 ans aux mêmes fins.
  3. Renforcer le Great Lakes Water Quality Agreement et améliorer sa portée, son efficacité et son imputabilité.}

La convergence de tous ces nombreux facteurs - refonte prochaine de l’accord, la révision en 2005 du Canadian federal Great Lakes Program, la poussée du public vers un projet majeur pour les Grands Lacs, l’action imminente du Congrès américain et la connaissance accrue du public de la menace que représente les espèces envahissante - représente une occasion extraordinaire de stimulation à la restauration pour les années à venir.

Nous avons observé à l’occasion de la biennale un consensus large que l’accord, qui n’a pas été revu depuis 1987, doit être réexaminé en profondeur parce qu’il subsiste un doute quant à l’habilité de cet accord à couvrir les problématiques contemporaines de qualité de l’eau et de santé des écosystèmes des Grands Lacs.

En conséquence, la CMI a formulé une déclaration, soumise aux gouvernements canadien et américain, dans laquelle nous sollicitons un mandant extraordinaire de la part de ces deux gouvernements pour définir un rôle majeur et pertinent pour la commission dans le cadre de la refonte de l’accord.

L’accord prévoit pour la CMI un rôle bien défini de mesure des progrès accomplis dans la restauration des usages bénéfiques et d’assistance aux gouvernements dans l’atteinte des objectifs de restauration de l’intégrité chimique, physique et biologique de l’eau des Grands Lacs. Toutefois, le rôle de la CMI dans la refonte de l’accord n’est pas bien défini. De plus, l’accord octroie à la CMI le droit de formuler en tout temps des recommandations sur des problématiques susceptibles d’intéresser les parties.

{De façon plus précise, nous croyons que les cinq responsabilités suivantes devraient être du ressort de la CMI:

Premièrement, notre Great Lakes Water Quality Board devrait effectuer un examen pratique de l’accord, en examinant particulièrement la pertinence de l’accord en fonction des capacités des organismes à le mettre en vigueur.

Deuxièmement, notre Science Advisory Board pourrait effectuer un examen attentif des dispositions scientifiques sous-jacentes de l’accord, en spécifiant quels discours demeurent pertinents et lesquels sont caduques en fonction des connaissances et des conditions écologiques actuelles.

Troisièmement, la commission peut agir comme lien avec le public en fournissant au plus d’organismes possible l’occasion de faire valoir leurs points de vue sur les forces et les faiblesses de l’accord et sur le processus de refonte.

Quatrièmement, la commission pourrait formuler des recommandations sur la meilleure manière d’effectuer la révision de l’accord. Les organismes non-gouvernementaux devraient-ils être des observateurs? Qui est le mieux placé pour mettre à l’épreuve de nouvelles idées? En tant que réalisateurs de première instance de l’accord, quel rôle doivent jouer les provinces et les états? Les villes et municipalités doivent-elles être présentes à la table de négociation?

Et, cinquièmement, la commission pourrait servir de guide quant au rôle que nous aurons à jouer au sein de l’accord et sur comment nous pourrions améliorer la coordination trans-frontalière, augmenter le support du public et accélérer le processus de restauration.}

En conséquence, ce que nous demandons à ce comité est clair et net: Premièrement, que vous conveniez qu’il existe un consensus à la grandeur du bassin qu’une révision de l’accord doit être effectuée et, deuxièmement qu’avant la fin de cette année, la CMI se voit confier un mandat clair de la part du gouvernement du Canada de prendre en charge les cinq responsabilités que je viens de vous énumérer.

La CMI et surtout les gens qui vivent, travaillent et se divertissent dans le bassin méritent de recevoir des gouvernements un signal clair que ceux-ci endossent la refonte de l’accord, qu’ils souhaitent recevoir nos conseils et qu’ils agiront en conséquence.

Merci et il me fera plaisir de répondre à vos questions.

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