Le 6 juillet 2001
L’honorable John Manley
Ministre des Affaires étrangères
125, promenade Sussex
Ottawa (Ontario) K1A 0G2
L’honorable Colin L. Powell
Secrétaire d’État
2201 “C” Street N.W.
Washington, D.C. 20520
Messieurs,
L’intégrité biologique des Grands Lacs est menacée par l’introduction continue d’espèces exotiques envahissantes attribuable aux rejets d’eau de lest. Par la présente, la Commission mixte internationale (CMI) et la Commission des pêcheries des Grands Lacs (CPGL) demandent de nouveau aux gouvernements américain et canadien d’unir leurs efforts pour mettre un terme à l’introduction de telles espèces dans l’écosystème des Grands Lacs.

En 1988, la CMI et la CPGL ont écrit aux gouvernements pour leur exprimer leurs inquiétudes concernant l’introduction d’espèces exotiques envahissantes par les navires entrant dans les eaux du bassin des Grands Lacs et les prier instamment de prendre des mesures pour résoudre ce problème.  Elles ont bien accueilli la réaction initiale des gouvernements : instauration des Lignes directrices visant le contrôle de l'eau de lest dans les Grands Lacs (d’application volontaire) par le Canada en 1989 et mise en application, par les États-Unis en 1990, d’une réglementation exigeant le remplacement de l’eau de lest dans les navires entrant dans les Grands Lacs.

  En 1990, les commissions ont recommandé conjointement le remplacement de l’eau de lest afin de mettre un terme à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes dans les Grands Lacs. Malheureusement, ces mesures n’ont pas donné tous les résultats escomptés. D’après une recherche commandée par la Garde côtière canadienne au début des années 1990, le remplacement de l’eau de lest à lui seul ne suffit pas à empêcher les navires d’introduire des espèces exotiques envahissantes qui portent atteinte à la biodiversité ainsi qu’à l’intégrité écologique et économique des Grands Lacs. Les résultats de cette recherche ont été confirmés par l’établissement de deux nouvelles espèces envahissantes majeures et la découverte d’autres espèces envahissantes, ce qui démontre bien que les programmes de contrôle de l’eau de lest n’empêchent pas totalement l’introduction et la propagation de ces espèces. Dans un rapport présenté récemment à la CMI, le Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs indiquait que l’introduction d’espèces exotiques envahissantes se poursuivait et que celles-ci avaient une incidence sur l’économie de la région des Grands Lacs, incidence que l’on chiffre à des centaines de millions de dollars par année.

Le Canada et les États-Unis ont consenti des investissements massifs pour l’assainissement des Grands Lacs, une ressource naturelle commune essentielle qu’il faut protéger. Malheureusement, les investissements réalisés à ce jour risquent d’être en partie vains en raison de l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. Grâce aux mesures qu’ils ont prises, les gouvernements ont réussi à maîtriser la population de lamproies marines, à réduire la charge de phosphore et à empêcher la surexploitation des stocks de poissons. Le rétablissement des espèces indigènes à l’échelle des Grands Lacs devrait donc être imminent. Toutefois, l’introduction continue d’espèces exotiques envahissantes dans le bassin des Grands Lacs a provoqué une chute importante de la production de poissons dans certains lacs et menace d’autres populations et d’autres espèces indigènes. Sans un contrôle efficace des rejets d’eau de lest, 17 espèces exotiques envahissantes supplémentaires risquent de s’établir dans les Grands Lacs, ce qui réduira encore nos chances de rétablir les populations indigènes. 

Dans son dixième rapport biennal (2000) aux gouvernements du Canada et des États-Unis, la CMI a fait état des progrès accomplis dans la mise en oeuvre de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. La CMI réitère sa recommandation concernant l’établissement de normes binationales sur l’eau de lest et la coordination des programmes de recherche par les gouvernements fédéraux. Dernièrement, le Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs a demandé à la CMI d’insister auprès des gouvernements afin qu’ils élaborent et mettent en oeuvre immédiatement des mesures à l’appui des normes binationales. En outre, l’actuel processus de réentérinement de la National Invasive Species Act américaine constitue une occasion toute désignée pour prévoir le financement de la mise en oeuvre des stratégies de recherche en place pour l’élaboration de telles normes. Qui plus est, l’an dernier, la CPGL a demandé aux gouvernements d’élaborer et de mettre en oeuvre une stratégie adaptative coordonnée de 10 ans afin de mettre un terme à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes par les navires.

La CMI et la CPGL, qui ont consulté tous les paliers de gouvernement ainsi que le public, les universités, l’industrie et les groupes environnementaux à l’échelle du bassin des Grands Lacs, ont observé un sentiment de frustration grandissant au sein de la communauté des Grands Lacs. Un consensus clair est ressorti : il faut régler dès maintenant le problème des rejets d’eau de lest.

Les commissions ont également constaté que l’absence d’une action binationale coordonnée à l’échelon fédéral pour mettre un terme à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes a forcé et continuera de forcer les États et les provinces à prendre des mesures unilatérales afin de protéger leurs citoyens et leurs ressources naturelles.

En conséquence, les commissions prient instamment les gouvernements d’agir de manière concertée pour instaurer des normes, des mesures et des mécanismes de responsabilisation qui mettront un terme à l’introduction d’espèces exotiques envahissantes dans l’écosystème des Grands Lacs. Selon elles, il s’agit d’une question binationale d’une importance cruciale.

Nous vous prions d’agréer, Messieurs, l’expression de nos sentiments distingués.

Mary Gusella
Présidente, Section canadienne
Commission mixte internationale
 
Thomas L. Baldini
Président, Section américaine
Commission mixte internationale
 
Bernard J. Hansen
Président
Commission des pêcheries
des Grands Lacs
 
F.W. H. Beamish
Vice-président
Commission des pêcheries
des Grands Lacs