|
L’intégrité biologique des Grands Lacs est menacée par l’introduction continue
d’espèces exotiques envahissantes attribuable aux rejets d’eau de lest. Par la
présente, la Commission mixte internationale (CMI) et la Commission des
pêcheries des Grands Lacs (CPGL) demandent de nouveau aux gouvernements
américain et canadien d’unir leurs efforts pour mettre un terme à
l’introduction de telles espèces dans l’écosystème des Grands Lacs.
En 1988, la CMI et la CPGL ont écrit aux gouvernements pour leur exprimer leurs
inquiétudes concernant l’introduction d’espèces exotiques envahissantes par les
navires entrant dans les eaux du bassin des Grands Lacs et les prier instamment
de prendre des mesures pour résoudre ce problème. Elles ont bien accueilli la
réaction initiale des gouvernements : instauration des Lignes directrices
visant le contrôle de l'eau de lest dans les Grands Lacs (d’application
volontaire) par le Canada en 1989 et mise en application, par les États-Unis en
1990, d’une réglementation exigeant le remplacement de l’eau de lest dans les
navires entrant dans les Grands Lacs.
En 1990, les commissions ont recommandé conjointement le remplacement de l’eau
de lest afin de mettre un terme à l’introduction d’espèces exotiques
envahissantes dans les Grands Lacs. Malheureusement, ces mesures n’ont pas
donné tous les résultats escomptés. D’après une recherche commandée par la
Garde côtière canadienne au début des années 1990, le remplacement de l’eau de
lest à lui seul ne suffit pas à empêcher les navires d’introduire des espèces
exotiques envahissantes qui portent atteinte à la biodiversité ainsi qu’à
l’intégrité écologique et économique des Grands Lacs. Les résultats de cette
recherche ont été confirmés par l’établissement de deux nouvelles espèces
envahissantes majeures et la découverte d’autres espèces envahissantes, ce qui
démontre bien que les programmes de contrôle de l’eau de lest n’empêchent pas
totalement l’introduction et la propagation de ces espèces. Dans un rapport
présenté récemment à la CMI, le Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs
indiquait que l’introduction d’espèces exotiques envahissantes se poursuivait
et que celles-ci avaient une incidence sur l’économie de la région des Grands
Lacs, incidence que l’on chiffre à des centaines de millions de dollars par
année.
Le Canada et les États-Unis ont consenti des investissements massifs pour
l’assainissement des Grands Lacs, une ressource naturelle commune essentielle
qu’il faut protéger. Malheureusement, les investissements réalisés à ce jour
risquent d’être en partie vains en raison de l’introduction d’espèces exotiques
envahissantes. Grâce aux mesures qu’ils ont prises, les gouvernements ont
réussi à maîtriser la population de lamproies marines, à réduire la charge de
phosphore et à empêcher la surexploitation des stocks de poissons. Le
rétablissement des espèces indigènes à l’échelle des Grands Lacs devrait donc
être imminent. Toutefois, l’introduction continue d’espèces exotiques
envahissantes dans le bassin des Grands Lacs a provoqué une chute importante de
la production de poissons dans certains lacs et menace d’autres populations et
d’autres espèces indigènes. Sans un contrôle efficace des rejets d’eau de lest,
17 espèces exotiques envahissantes supplémentaires risquent de s’établir dans
les Grands Lacs, ce qui réduira encore nos chances de rétablir les populations
indigènes.
Dans son dixième rapport biennal (2000) aux gouvernements du Canada et des
États-Unis, la CMI a fait état des progrès accomplis dans la mise en oeuvre de
l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs. La CMI réitère sa
recommandation concernant l’établissement de normes binationales sur l’eau de
lest et la coordination des programmes de recherche par les gouvernements
fédéraux. Dernièrement, le Conseil de la qualité de l’eau des Grands Lacs a
demandé à la CMI d’insister auprès des gouvernements afin qu’ils élaborent et
mettent en oeuvre immédiatement des mesures à l’appui des normes binationales.
En outre, l’actuel processus de réentérinement de la National Invasive Species
Act américaine constitue une occasion toute désignée pour prévoir le
financement de la mise en oeuvre des stratégies de recherche en place pour
l’élaboration de telles normes. Qui plus est, l’an dernier, la CPGL a demandé
aux gouvernements d’élaborer et de mettre en oeuvre une stratégie adaptative
coordonnée de 10 ans afin de mettre un terme à l’introduction d’espèces
exotiques envahissantes par les navires.
La CMI et la CPGL, qui ont consulté tous les paliers de gouvernement ainsi que
le public, les universités, l’industrie et les groupes environnementaux à
l’échelle du bassin des Grands Lacs, ont observé un sentiment de frustration
grandissant au sein de la communauté des Grands Lacs. Un consensus clair est
ressorti : il faut régler dès maintenant le problème des rejets d’eau de lest.
Les commissions ont également constaté que l’absence d’une action binationale
coordonnée à l’échelon fédéral pour mettre un terme à l’introduction d’espèces
exotiques envahissantes a forcé et continuera de forcer les États et les
provinces à prendre des mesures unilatérales afin de protéger leurs citoyens et
leurs ressources naturelles.
En conséquence, les commissions prient instamment les gouvernements d’agir de
manière concertée pour instaurer des normes, des mesures et des mécanismes de
responsabilisation qui mettront un terme à l’introduction d’espèces exotiques
envahissantes dans l’écosystème des Grands Lacs. Selon elles, il s’agit d’une
question binationale d’une importance cruciale.
Nous vous prions d’agréer, Messieurs, l’expression de nos sentiments distingués.
|