Rapport provisoire préparé par le
Groupe de travail international sur le bassin de la rivière Rouge
pour la Commission mixte internationale
Décembre, 1997
Ottawa / Washington
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En 1997, la crue de la rivière Rouge a occasionné des dommages majeurs et d'une gravité souvent sans précédent partout dans la vallée de la Rouge. Les conséquences économiques et sociales ont été énormes. On ne saura peut-être jamais toute l'incidence de cette catastrophe sur la population, mais elle est considérable et il faudra du temps pour que la région s'en rétablisse. Les gouvernements canadien et américain se sont entendus sur la nécessité de prendre des mesures pour limiter les effets d'inondations futures. C'est pourquoi, en juin 1997, ils ont demandé à la Commission mixte internationale (CMI) d'entreprendre une analyse des causes et des incidences de la crue de la rivière Rouge en 1997 et de recommander des moyens de réduire les effets des inondations dans l'avenir. En septembre 1997, la CMI a annoncé la création d'un groupe de travail international sur le bassin de la rivière Rouge dont la tâche était d'examiner un large éventail d'options en vue d'empêcher ou d'atténuer les dommages imputables aux inondations. La CMI doit présenter un rapport provisoire au plus tard le 31 décembre 1997 et un rapport final le 31 décembre 1998.
Étant donné le court délai imparti à la rédaction du rapport provisoire, le groupe de travail a examiné en détail tout le matériel facilement accessible et a consulté un maximum de personnes touchées par l'inondation de 1997. Pour bien saisir les enjeux entourant les efforts de préparation, d'intervention, de rétablissement et d'atténuation déployés dans le bassin, la CMI et le groupe de travail ont sollicité les points de vue des citoyens, des groupes et des autorités locales. À la fin de septembre et au début d'octobre, le groupe de travail et les commissaires de la CMI se sont rendus dans certains secteurs du bassin qui ont été durement touchés; ils ont aussi tenu des rencontres d'information et de recherche de données avec les autorités municipales et les leaders communautaires de Moorhead (Minnesota), de Grand Forks (Dakota du Nord) et de Morris (Manitoba). À Devils Lake (Dakota du Nord), ils ont rencontré les membres du nouveau Conseil international de lutte contre la pollution de la rivière Rouge. Ils ont également rencontré le premier ministre Gary Filmon et les ministres Franklin Pitura et James McCrae du Manitoba, de même que le gouverneur Ed Schafer et le sénateur Kent Conrad du Dakota du Nord. En outre, le groupe de travail a mené des entrevues exhaustives avec certaines familles sinistrées, les autorités civiles, ainsi que les coordonnateurs locaux de la gestion des mesures d'urgence. Des ateliers sur les répercussions sociales de l'inondation ont été organisés à Winnipeg; d'autres portant sur la prévision et la modélisation des inondations ont eu lieu à Minneapolis. Enfin, à diverses occasions, les membres du groupe de travail ont participé à toutes sortes de rencontres et de discussions avec le public.
En raison de la date cible de décembre 1997, le rapport provisoire est nécessairement plus descriptif qu'analytique. Il ne s'appuie pas sur une recherche exhaustive, ni sur un éventail complet de consultations publiques ou d'études approfondies sur les enjeux relatifs à la gestion des crues dans le bassin. Néanmoins, le groupe de travail a recueilli suffisamment de données pour formuler des observations fondées sur leur examen de la situation et les discussions tenues avec les personnes intéressées.
Malgré le faible risque qu'une inondation d'une ampleur comparable à celle de 1997 survienne l'an prochain, nous nous devons d'agir. Le groupe de travail est convaincu que des crues comparables à celles de 1997 peuvent se produire à nouveau. Il a donc formulé 40 recommandations touchant les mesures à court terme que les administrations publiques doivent envisager pour se préparer à l'éventualité d'une inondation en 1998 ou 1999.
Ces recommandations ne sont qu'une première étape. On trouvera en annexe au présent rapport un plan d'étude préliminaire décrivant les enjeux qui devront faire l'objet d'analyses plus poussées pendant la prochaine année et la façon dont le groupe de travail prévoit entreprendre ces analyses. Les consultations tenues jusqu'à présent ont aidé le groupe de travail à répertorier les enjeux, mais la CMI et le groupe de travail reconnaissent l'importance de mener des consultations plus larges et approfondies qui seront amorcées dès cet hiver. Ces consultations permettront de peaufiner le plan d'étude préliminaire et donneront la chance au plus grand nombre possible de personnes de partager leurs expériences et de faire valoir leurs points de vue auprès des membres du groupe de travail. De plus, on s'assurera que tous les enjeux connexes et toutes les suggestions de mesures correctrices seront pris en compte.
La CMI s'intéresse depuis longtemps aux eaux limitrophes de la vallée de la rivière Rouge. En 1929, elle a présenté aux gouvernements des deux pays un rapport sur la façon d'améliorer la mise en valeur du bassin de la rivière Roseau grâce à une coordination internationale des activités. En 1975, elle a également produit un plan de gestion concertée des eaux de ce bassin. Depuis 1948, la CMI a piloté des études sur les besoins liés aux ressources en eau, les utilisations nouvelles, la répartition et la planification des eaux du centre-ouest de la zone frontalière, rivière Rouge comprise. Le Conseil technique international des rivières Souris et Rouge qui a vu le jour en mai 1948 continue de faire rapport à la CMI deux fois par année sur les activités de mise en valeur et de gestion des eaux dans le bassin. Entre autres activités du Conseil, on compte la production de rapports sur les inondations, l'approvisionnement en eau et le stockage de l'eau dans la rivière Pembina, ainsi que sur les digues de la rivière Rouge, le projet de la dérivation Garrison et les niveaux d'eau du lac Devils.
En 1967, la CMI a présenté un rapport sur la mise en valeur des ressources hydriques dans le bassin de la rivière Pembina au Manitoba et au Dakota du Nord. Ce rapport contient des recommandations en vue de la gestion concertée des ressources en eau, notamment des projets conjoints visant à maximiser la lutte contre les crues, les activités d'irrigation, ainsi que les avantages relatifs aux loisirs et à la pêche. Dans un rapport présenté en 1968, la CMI a recommandé l'adoption d'objectifs en matière de qualité de l'eau dans la rivière Rouge à la frontière internationale. Les gouvernements ont accepté les recommandations de la CMI et le Conseil international de lutte contre la pollution de la rivière Rouge a été créé, avec comme mandat de surveiller la qualité des eaux frontalières. Le Conseil présente à la CMI un rapport annuel sur la qualité de l'eau et l'état de l'écosystème transfrontalier.
En 1975, la CMI a produit un plan coordonné de gestion des eaux dans le bassin de la rivière Roseau.
Le mandat confié à la CMI par les gouvernements du Canada et des États-Unis en juin 1997 consistait à examiner et à évaluer les points ci-dessous et à faire rapport sur ces aspects :
- l'historique, l'ampleur et les effets des inondations survenues dans le bassin de la rivière Rouge, l'accent devant être mis plus particulièrement sur l'inondation de 1997;
- le lien entre l'inondation de 1997 et les crues antérieures ou prévues dans le bassin de la rivière Rouge;
- l'incidence des ouvrages de lutte contre les inondations et d'autres types d'ouvrages, de la modification de l'utilisation des terres et des pratiques d'aménagement du territoire, ainsi que d'autres facteurs contribuant aux inondations;
- la situation actuelle en ce qui a trait aux pratiques, aux capacités et aux techniques de prévision des inondations, notamment l'échange des données entre les organismes;
- les politiques, les programmes et les mécanismes axés sur la protection civile et l'intervention en cas d'urgence, la réduction des risques, la gestion des plaines inondables et l'atténuation des dégâts dus aux inondations;
- les effets possibles de la variabilité des conditions climatiques sur la fréquence, l'intensité maximale et la durée des inondations;
- les aspects relatifs à la qualité de l'eau en relation avec les inondations;
- les autres questions que la CMI juge pertinentes aux fins de son étude.
À partir de ces considérations, la CMI devait se pencher sur les points ci-dessous et faire des recommandations pertinentes :
- les mesures correctives, protectrices et administratives, ainsi que les mesures de restauration susceptibles d'atténuer les effets des inondations;
- les autres mesures novatrices permettant de limiter la gravité des inondations et des dommages connexes, ainsi que des options d'atténuation pour l'avenir, p. ex., conception et construction des bâtiments, digues circulaires, marges de recul des digues, assurances, réglementation en matière d'utilisation de la plaine inondable, gestion du bassin hydrographique, stockage de l'eau dans des réservoirs, restauration écologique et acquisition de terres;
- les études scientifiques et techniques, la recherche appliquée ou les projets de démonstration axés sur une meilleure protection contre les inondations et des mesures plus efficaces pour réduire les dommages;
- la base d'information pertinente, p. ex. réseaux de surveillance et d'alerte, et son intégration pour tout ce qui a trait au bassin de la rivière Rouge;
- les objectifs, les paramètres, l'organisation et la structure d'une coopération bilatérale, ainsi que les mesures permettant d'intensifier cette coopération;
- au moins un plan de gestion conjointe des inondations, de prévision des crues, d'intervention en cas d'urgence et d'atténuation des dommages;
- toute autre question que la CMI juge pertinente et appropriée.
En septembre 1997, quand la CMI a annoncé la création d'un groupe de travail international sur le bassin de la rivière Rouge, elle a demandé à ce dernier d'examiner un large éventail d'options visant à empêcher ou à réduire les dommages imputables à des inondations éventuelles. Le groupe de travail devait répertorier les travaux d'autres organisations canadiennes et américaines et évaluer la gamme complète des programmes et des données disponibles.
| Section canadienne | Section américaine |
|
M. Bruce Rawson, codirecteur du groupe de travail
Rawson Group Initiatives Ottawa (Ont.) |
M. Donald W. Herndon,
codirecteur du groupe de travail U.S. Army Corps of Engineers Vicksburg, MS |
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M. Dwight A. Williamson
directeur Section de la gestion de la qualité de l'eau Environnement Manitoba Winnipeg (Man.) |
M. David A. Sprynczynatyk
Ingénieur de l'État du Dakota du Nord North Dakota State Water Commission Bismarck ND |
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M. Slobodan P. Simonovic
Professeur et directeur Natural Resources Institute et Département de génie civil Université du Manitoba Winnipeg, MB |
M. Kent Lokkesmoe
Directeur, Division of Water Minnesota Department of Natural Resources St. Paul, MN |
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M. Robert A. Halliday, directeur
Institut national de recherches hydrologiques Environnement Canada Saskatoon (Sask.) |
Prof. Jay A. Leitch
Department of Agricultural Economics Université de l'État du Dakota du Nord Fargo, ND |
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M. Larry J. Whitney, directeur
Planification et développement des ressources en eau Direction générale des ressources en eau Ministère des Ressources naturelles du Manitoba Winnipeg (Man.) |
M. Richard W. Krimm
Conseiller principal en politiques, Mitigation Directorate Federal Emergency Management Agency Washington, D.C. |
| Conseiller du groupe de travail | Conseillers du groupe de travail |
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M. David LeMarquand
Ministère de la Diversification de l'économie de l'Ouest Ottawa (Ont.) |
M. David Loss
U.S. Army Corps of Engineers St. Paul MN |
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Murray G. Sagsveen
Major-général (NDARNG) Coordonnateur, State Flooding Recovery Bismarck ND |
Compte tenu des habitudes de la CMI, les membres du Groupe de travail international sur le bassin de la rivière Rouge servent dans la mesure de leurs aptitudes professionnelles et personnelles, et non à titre de représentants de leur pays, d'une agence, d'un organisme ou de toute autre affiliation.
Note : Dans la version anglaise, on a recours à l'orthographe américain, sauf pour les noms propres au Canada. Les montants sont inscrits en dollars du pays dont il est question, sauf indication contraire. Aux États-Unis, on parle de la rivière Red of the North et au Canada, de la rivière Rouge. Le présent rapport s'en tient au nom abrégé. Au Canada, le terme « dike » (digue) décrit habituellement des ouvrages de lutte contre les inondations en bordure de la rivière et aux États-Unis, le terme est « levee » (levée). La version anglaise du présent rapport ne fait pas la distinction entre les deux termes.
Située au centre géographique de l'Amérique du Nord, la rivière Rouge prend naissance dans le Minnesota et coule en direction nord. Elle marque la limite entre le Dakota du Nord et le Minnesota et traverse la frontière canadienne à Emerson (Manitoba). Elle poursuit son cours vers le nord jusqu'au lac Winnipeg.
Le bassin de la rivière Rouge couvre 45 000 milles carrés (116 500 kilomètres carrés) - sans compter la rivière Assiniboine et son affluent, la rivière Souris - dont près de 40 000 milles carrés (103 600 kilomètres carrés) se trouvent aux États-Unis, le reste (5 000 milles carrés ou 13 000 kilomètres carrés) étant en territoire canadien.
Ce bassin est très plat. L'altitude à Wahpeton (Dakota du Nord) est de 943 pieds (287 mètres), tandis qu'au lac Winnipeg, elle est de 714 pieds (218 mètres). La différence n'est que de 233 pieds (71 mètres) sur une distance d'environ 545 milles (872 kilomètres) le long de la rivière. La pente de la rivière Rouge est inférieure à 0,5 pied en moyenne par mille (0,15 mètre par 1,6 kilomètre); elle varie de 1,3 pied par mille (0,4 mètre par 1,6 kilomètre) près de Wahpeton (Dakota du Nord) et de Breckenridge (Minnesota) à 0,2 pied par mille (0,06 mètre par 1,6 kilomètre) près de la frontière du Manitoba. La largeur maximale du bassin est d'environ 60 milles (100 kilomètres). Lorsque les conditions sont propices et que les eaux montent, rien ne peut retenir la rivière. Au cours de grandes crues, c'est la vallée entière qui devient la plaine inondable. En 1997, la largeur de la rivière Rouge a atteint environ 25 milles (40 kilomètres) au Manitoba.
Le relief plat limite aussi le nombre de grands réservoirs d'eau naturels. De petits barrages ont été construits, mais on ne peut aménager de grands réservoirs pour retenir les eaux de crue.
Une autre caractéristique de la plaine inondable tient aux levées alluviales situées le long de certains tronçons de tributaires et le long du bras principal proprement dit. Ces levées, qui atteignent parfois 5 pieds (1,5 mètre) de haut, sont le résultat de débordements et du dépôt de sédiments lors de crues antérieures. Lorsque l'eau franchit ces levées, qui dominent nettement les terres adjacentes, ces dernières peuvent être inondées sur des kilomètres à la ronde.
Le bassin de la rivière Rouge se trouve dans une zone caractérisée par un climat continental subhumide à humide, avec des étés modérément chauds, des hivers froids et des changements rapides des conditions météorologiques d'une journée à l'autre. Les variations extrêmes de température sont courantes. En gros, les températures mensuelles moyennes dans le bassin de la rivière Rouge varient entre 5 °F et 68 °F (-15 °C et +20 °C).
C'est entre avril et septembre que tombent les trois quarts environ de la vingtaine de pouces (50 cm) de précipitations chaque année dans le bassin et presque les deux tiers tombent en mai, juin et juillet. Les mois de novembre à février sont les plus secs, les précipitations mensuelles moyennes atteignant seulement un demi-pouce (1,3 centimètre) environ. En général, le temps sec des mois d'hiver et le faible taux de précipitations ne créent pas des conditions propices aux inondations. La plupart des grandes crues se produisent lorsque l'automne précédent a connu de fortes précipitations, puis des gelées importantes et en profondeur suivies de chutes de neige abondantes pendant l'hiver et d'un dégel soudain, ainsi que de fortes pluies ou de la neige mouillée au cours de la débâcle printanière. La faible capacité d'absorption des terres argileuses du bassin est un autre facteur qui contribue aux inondations. Des embâcles peuvent se produire à l'occasion, en particulier sur les tributaires, provoquant une crue imputable à l'élévation de la surface de l'eau et aggravant les conditions dans le bras principal.
Bien que les caractéristiques relatives aux crues soient semblables de part et d'autre de la frontière dans certaines circonstances et pour certaines années, les crues qui se produisent au Manitoba ne sont pas la réplique exacte des événements qui surviennent au sud de la frontière. À titre d'exemple, en 1989, le tronçon sud de la vallée de la rivière Rouge a été à deux doigts d'une inondation sans précédent, tandis que le reste du bassin n'a connu que des problèmes mineurs.
Les inondations ne sont pas rares dans le bassin. Les mentions les plus anciennes font état de crues majeures dans les années 1800, les pires étant survenues en 1826, en 1852 et en 1861. Les grandes inondations du XXe siècle se sont produites en 1950, 1966, 1979, 1996 et 1997.
Le bassin de la rivière Rouge compte 25 bassins secondaires qui présentent des caractéristiques différentes en ce qui a trait à la topographie, aux sols et au drainage, ce qui explique la variabilité des effets des inondations d'un secteur à l'autre. Toutefois, une caractéristique commune est le ruissellement en surface lorsque l'écoulement est maximal. L'eau déborde des ruisseaux et envahit les terres pour retourner dans ces mêmes ruisseaux ou dans d'autres cours d'eau en aval. Les systèmes actuels de surveillance et de prévision ne permettent pas d'assurer le suivi de cet écoulement, d'où l'impossibilité de prévoir les inondations.
En bordure du bassin hydrographique de la rivière Rouge, l'altitude varie entre 1 200 et 1 600 pieds (de 360 à 480 mètres). Les limites sont souvent difficiles à distinguer, notamment dans les marécages et les marais bas qui longent le côté est. Lors d'inondations majeures, il peut y avoir jonction du lac Traverse, dans le bassin de la Rouge, avec le lac Big Stone, dans le bassin de la rivière Mississippi. La portion occidentale du bassin est ceinturée de larges bandes où l'eau s'accumule dans des cuvettes, des marmites et des marécages; cette eau stagne jusqu'à ce qu'elle s'évapore ou percole dans le sol, mais elle ne s'écoule jamais directement dans la rivière.
Près de 60 % des 640 000 habitants du Dakota du Nord vivent dans le bassin de la rivière Rouge, comparativement à 2 % des 4,6 millions d'habitants du Minnesota et à environ 70 % des 1,1 million d'habitants du Manitoba. Dans cette province, près de 90 % des résidants du bassin des rivières Rouge et Assiniboine habitent des centres urbains, tandis que plus de la moitié de la population de la portion américaine du bassin de la Rouge vit en milieu rural. La région métropolitaine de Winnipeg compte 650 000 habitants et 50 000 autres personnes vivent le long de la rivière Rouge, au nord et au sud de la ville. Au Dakota du Nord et au Minnesota, il y a deux grands centres urbains situés dans le bassin : Fargo-Moorhead, avec une population d'environ 100 000 habitants, et Grand Forks-East Grand Forks, qui compte approximativement 60 000 habitants. La majorité de cette population peut être touchée par des inondations.
La vallée de la Rouge comporte des terres agricoles très productives dont les produits sont écoulés sur les marchés locaux, régionaux et mondiaux. Dans la région, on s'adonne à la culture maraîchère, à la polyculture, à l'élevage, ainsi qu'à la culture des céréales et de la betterave sucrière. Malgré la migration vers les centres urbains, la population du bassin est en majorité de type rural et agricole.
La première mention d'inondation dans le bassin remonte à 1826, mais certaines anecdotes font état d'inondations plus importantes vers la fin du XVIIIe siècle. Malgré les risques liés au fait de se construire et de vivre dans une plaine inondable, les zones de peuplement se multiplient le long de la Rouge, de l'Assiniboine et d'autres affluents. Pendant la période de croissance rapide comprise entre 1862 et 1948, peu de crues majeures de la rivière Rouge et de l'Assiniboine se produisent, ce qui porte certaines personnes à croire que les risques d'inondation ont diminué. La forte crue de 1897 enregistrée à Grand Forks ne décourage pas les gens de s'établir dans la plaine inondable et la population continue d'augmenter. La seule inondation importante survenue à Winnipeg a lieu en 1916, époque où l'attention de la majeure partie de la population se porte sur la guerre qui sévit en Europe.
Certaines localités sises au sud de Winnipeg subissent régulièrement des inondations, mais ces événements sont considérés comme étant localisés et non généralisés; souvent, ils sont le résultat de crues des affluents de la rivière autant que du bras principal. Les habitants de la vallée connaissent les risques d'inondation, mais ils semblent considérer ces fortes crues comme faisant partie intégrante de la vie dans la région. Dans des localités telles que Morris, Emerson, Grand Forks et Fargo, la population des terres basses est simplement évacuée lors d'inondations et après, on recommence à construire. Dès 1920, certains commencent à dire que la sécheresse qui sévit depuis 1870 tire à sa fin et ils réclament la construction d'ouvrages de lutte contre les inondations dans les bassins des rivières Rouge et Assiniboine. Pourtant, dans les années 30 et 40, la plupart des plans de gestion de l'eau sont encore axés sur l'alimentation en eau plutôt que sur la protection contre les crues. Du côté américain, étant donné les activités de l' Army Corps of Engineers , des plans de gestion globale de l'eau sont élaborés, mais avant 1948, la priorité est accordée aux mesures d'approvisionnement en eau.
La crue de 1826 demeure la pire jamais répertoriée dans nos archives et l'inondation de 1997 dépasse en gravité celles de 1852 et de 1861. On trouvera au tableau 1 une comparaison entre les inondations récentes.
Tableau 1 : Crues de la rivière Rouge
(en m
3
/s*)
| Lieu |
1950 |
1979 |
1997 |
|||
| Rivière Rouge - Fargo |
7 avril |
217 |
19 avril |
487 |
17 avril |
793 |
| Rivière Rouge - Grand Forks |
12 mai |
1 530 |
23 avril |
2 290 |
18 avril |
3 850 |
| Rivière Rouge - Emerson |
13 mai |
2 670 |
1 mai |
2 620 |
2 mai |
3 740 |
| Rivière Rouge - Winnipeg |
19 mai |
3 058 |
10 mai |
3 030** |
4 mai |
4 587** |
* 1 m 3 /s correspond à 35,3 pi 3 /s.
** Débits naturels tels qu'ils auraient été enregistrés en l'absence des ouvrages de lutte contre les inondations existants.
L'inondation de 1950 oblige les autorités canadiennes et américaines à changer considérablement leur façon de penser quant aux mesures de rétablissement et de protection contre les inondations. Aux États-Unis, les dommages causés aux grandes villes prêtent à confusion. La Ville de Fargo procède à l'évacuation de quelques centaines de familles et subit des dommages évalués à un demi-million de dollars. Les dommages matériels comptabilisés à Grand Forks et à East Grand Forks sont estimés à près d'un million de dollars, le coût total s'élevant à 7,5 millions de dollars. Les localités plus modestes, souvent situées en bordure d'affluents, subissent également des pertes financières. Le tiers seulement des dommages, dont le total est estimé à 30 millions de dollars, est répertorié le long du bras principal de la rivière Rouge et dans la plupart des cas, il s'agit de dommages aux infrastructures, plus particulièrement aux routes et aux ponts.
Aux États-Unis, le secours aux sinistrés est assuré grâce à un ensemble de politiques des autorités fédérales, des États, des administrations locales et du secteur privé. La responsabilité première de l'aide à court et à long terme aux sinistrés lors des inondations est celle de la Croix-Rouge qui en assume la charge aux termes de mesures réglementaires fédérales. Le président Harry Truman envoie 400 000 $ prélevés à même le fonds d'urgence du Président, mais cet argent ne peut servir que pour la réparation des infrastructures. Finalement, le Congrès américain approuve une politique nationale de secours d'urgence qui permet au président d'allouer plus d'argent pour les régions déclarées « zones sinistrées ». Le bureau américain de la voirie ( Bureau of Public Roads ) fournit des fonds d'urgence pour la reconstruction de routes et la Reconstruction Finance Corporation consent à des particuliers et à des municipalités des prêts à des taux d'intérêt peu élevés. Hormis ces prêts, les habitants de la région ne reçoivent qu'une aide gouvernementale minime et dans bien des cas, aucune aide du tout.
Au Manitoba, toute la population vivant au sud de Winnipeg est évacuée lors de l'inondation de 1950. Cette année-là, le niveau d'eau monte à quelques pouces de la limite nécessitant l'évacuation de tous les habitants de Winnipeg. La collaboration entre le Canada et le Manitoba dans la gestion des mesures d'urgence commence à prendre des proportions assez importantes lors de cette grande crue. Par le passé, il y avait peu d'uniformité dans les ententes fédérales-provinciales de nature financière et ces ententes étaient source de conflits. En 1950, quand la rivière sort de son lit, le Canada déploie ses Forces armées, mais il s'attend que la province va payer la note. Les gouvernements fédéral et provincial ne peuvent s'entendre sur l'ampleur du soutien financier du gouvernement fédéral. Des mésententes similaires se produiront également lors d'inondations ultérieures, y compris celle de 1997.
Les principes de remise en état suivis en 1950 servent de modèle pour les initiatives de rétablissement ayant suivi d'autres inondations au Manitoba. Les efforts de rétablissement sont déployés conjointement par le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial et des uvres de bienfaisance privées. L'objectif est d'assurer les secours et les mesures de remise en état plutôt que l'indemnisation des victimes. Le secteur public entreprend la réfection des bâtiments, les uvres de bienfaisance et plus tard, un ensemble d'organisations publiques et privées assument la remise en état des biens personnels. Les uvres caritatives privées aident des agriculteurs à remplacer le bétail et à remettre en état des terres inondées. Elles prennent en charge les sinistrés au moment de leur évacuation lors des crues et à leur retour dans leur résidence.
À la suite de l'inondation de 1966, le Manitoba confie au Conseil de la vallée de la rivière Rouge les questions relatives aux dégâts provoqués par l'inondation; dans le cadre d'ententes fédérales-provinciales, ce conseil traite 1 400 demandes d'aide d'urgence. À partir de 1966, c'est le gouvernement qui assume la responsabilité première des secours, les uvres de bienfaisance ne jouant qu'un rôle complémentaire. En 1970, le gouvernement fédéral conclut des Accords d'aide financière en cas de catastrophe (AAFC) qui établissent une nouvelle formule d'aide fédérale à la province touchée. L'AAFC du Manitoba, administré en vertu de directives provinciales par un conseil du Manitoba, aide les victimes de l'inondation de 1979. Le conseil établi au Manitoba fournit une compensation de 75 % des dommages, jusqu'à concurrence de 10 000 $.
Au cours des années 60, le Canada et le Manitoba s'efforcent de remplacer les mesures temporaires de lutte contre les inondations par des structures mieux définies. En 1957, le Canada crée l'Organisation des mesures d'urgence et en 1965, cette organisation se voit confier le mandat de coordonner les initiatives fédérales dans les cas de catastrophes survenant en temps de paix. Depuis les années 70, le rôle du gouvernement fédéral en cas de désastre consiste à fournir un appui et de l'aide aux provinces et aux territoires. Cette aide comprend une aide matérielle dans la lutte contre les inondations et la remise en état des terres après l'inondation, ainsi que le partage avec les provinces des coûts liés aux désastres, par l'intermédiaire de Protection civile Canada (PCC).
L'Organisation des mesures d'urgence (OMU) du Manitoba prend en charge les activités de lutte contre les inondations pour la première fois en 1966; elle coordonne les activités des organismes provinciaux, fédéraux et municipaux, ainsi que d'organisations privées telles que la Croix-Rouge et le Mennonite Disaster Relief Committee. La lutte contre l'inondation de 1966 vient au deuxième rang en importance dans les opérations d'urgence de toute l'histoire de Winnipeg, après celle de la crue de 1950, mettant à contribution des milliers de travailleurs et nécessitant 17 850 jours-personnes de travail de la part de l'Armée canadienne.
Aux États-Unis, en 1968, le Congrès établit le National Flood Insurance Program , qui fournit une assurance-inondation subventionnée s'appliquant aux bâtiments (et à leur contenu) situés dans une zone inondable répertoriée. Il est obligatoire d'assurer les propriétés qui sont situées dans une plaine inondable à crue centenaire indiquée sur les cartes des zones inondables de la Federal Emergency Management Agency (FEMA) pour les compagnies d'assurance et qui sont grevées d'une hypothèque garantie par le gouvernement fédéral. Cette assurance n'est disponible que dans les collectivités qui souscrivent au programme et qui mettent en application la réglementation sur la gestion des plaines inondables. Les taux appliqués aux structures existantes sont subventionnés, mais le taux d'assurance des nouvelles constructions correspond au taux actuariel calculé d'après l'altitude de la plaine inondable à crue centenaire. D'autres programmes fédéraux relatifs aux inondations fournissent diverses formes d'aide, comme des déductions fiscales et une aide au placement. La FEMA offre un financement pour la rénovation des infrastructures et des bâtiments publics selon une approche à coûts partagés, le gouvernement fédéral assumant généralement 75 % des coûts et les administrations locales, 25 % (ce pourcentage est réparti entre l'État et les villes ou les comtés). La Farmers Home Administration et la Small Business Administration consentent des prêts à faible taux d'intérêt pour les dommages non couverts par les compagnies d'assurance. La FEMA accorde des subventions en argent comptant allant jusqu'à 13 100 $ à des gens qui ne peuvent pas obtenir de prêts et son programme d'aide pour les sinistrés (Disaster Housing Assistance Program) prête main-forte à ceux dont la résidence est temporairement inhabitable.
L'approche américaine s'appuie sur les assurances et les programmes complémentaires des secteurs public et privé. En revanche, la méthode canadienne mise sur des subventions publiques directes aux gens qui ont besoin de soutien par suite de l'inondation, ainsi que sur l'aide accordée par des uvres de bienfaisance.
La portion américaine du bassin ne compte aucune organisation permanente de lutte contre les inondations. Les ministères ou services de gestion des situations d'urgence de divers États ont mis au point des plans d'aide en cas de désastre dont la lutte contre l'inondation représente un volet. Les activités de lutte comprennent la convocation rapide de réunions des organismes à la suite de prévisions d'inondation, l'examen des plans de lutte contre les inondations et des activités de communication. Le Corps of Engineers (l'ordre des ingénieurs américain) demeure le principal organisme fédéral responsable de la lutte contre les inondations dans la portion américaine du bassin, fournissant une aide technique aux sections gouvernementales locales et assurant l'établissement et la mise en uvre des mesures d'urgence, ainsi que la coordination globale.
La solution classique aux problèmes causés par les inondations consiste à construire des barrages et des digues (ou levées) et à modifier le chenal pour éloigner les eaux de crue des résidences et des établissements commerciaux. Malheureusement, la construction et le maintien d'ouvrages de protection coûtent cher et ces structures n'assurent pas une protection complète contre les inondations. Elles peuvent également engendrer un faux sentiment de sécurité chez les résidants de la plaine inondable et encourager d'autres investissements dans des zones inondables, augmentant ainsi les risques de pertes de vie et de dommages aux propriétés.
De nos jours, le zonage constitue un élément important de la gestion des plaines inondables. Les secteurs urbains qui risquent d'être inondés (souvent par la crue centenaire) sont délimités; on accentue la sensibilisation du public relativement aux risques d'inondation et l'on adopte des règlements concernant les nouveaux lotissements. Les cartes des zones inondables de secteurs urbains comme Winnipeg et Grand Forks sont précieuses, mais les risques de crues dans les régions rurales de la vallée nécessitent des mesures différentes.
Aux États-Unis, le Minnesota et le Dakota du Nord avaient tous deux des règlements de zonage en vigueur avant l'inondation de 1997 dont les critères dépassaient les normes minimales établies dans le National Flood Insurance Program (NFIP). Les règlements stipulent que le défluent de crue doit demeurer ouvert afin que les eaux de crue puissent s'écouler en aval sans être retenues ou déviées vers d'autres propriétés. La construction de nouveaux bâtiments ou l'amélioration importante de structures existantes dans la plaine inondable doivent satisfaire aux critères de protection contre la crue centenaire. De plus, il est interdit de construire des installations pour l'élimination de déchets dangereux.
Pour être admissibles au programme de l'assurance-inondation subventionnée par le gouvernement fédéral, les collectivités et les comtés doivent adopter et appliquer le règlement de gestion de la plaine inondable du NFIP qui satisfait aux exigences minimales de la FEMA. Le règlement de la FEMA s'applique aux constructions existantes et nouvelles dans la zone délimitée à l'intérieur du défluent de crue et dans la zone périphérique. Il faut demander un permis pour la construction de tout ouvrage dans les zones désignées de la plaine inondable.
Le Minnesota et le Dakota du Nord appuient les efforts des collectivités et des comtés pour la gestion de la plaine inondable et l'atténuation des dommages dus aux inondations. Le ministère des Ressources naturelles du Minnesota est l'organisme d'État qui fournit cette aide, la State Water Commission assumant le même rôle dans le Dakota du Nord. Les deux États reconnaissent que les solutions structurelles ne sont pas la seule arme pour lutter contre les inondations. Tous deux favorisent le financement des programmes de réduction des dommages qui sont axés sur des mesures structurelles et non structurelles, et ils contribuent à cette fin. Ils fournissent également aux comtés et aux collectivités un soutien technique pour la gestion de la plaine inondable. Avec l'aide de la FEMA, les deux États effectuent des vérifications périodiques dans les comtés et les collectivités afin de déterminer si elles respectent les conditions stipulées dans leurs exigences en matière de gestion de la plaine inondable. Si une localité n'applique pas ces ordonnances, son admissibilité au NFIP peut être suspendue. Les habitants d'une collectivité faisant l'objet d'une telle suspension ne sont pas admissibles aux prêts garantis par le gouvernement fédéral ou à l'aide financière en cas de catastrophe s'appliquant aux dommages causés par les inondations.
Les deux États et la FEMA achètent actuellement les structures endommagées pendant l'inondation printanière de 1997. On envisage également l'acquisition de structures qui ne sont pas très endommagées, mais qui sont menacées. La transaction est pilotée par l'administration locale à qui l'on cède la terre en vue de la création d'espaces libres permanents. La plupart des grands comtés et collectivités importantes ont du personnel à plein temps responsable du zonage de la plaine inondable.
Avant l'inondation de 1997, les deux États et la FEMA ont fait de la publicité sur la possibilité d'obtenir une assurance-inondation, mais lorsque la rivière sort de son lit cette année-là, une faible proportion seulement des propriétés susceptibles d'être endommagées par l'inondation dans la vallée de la rivière Rouge sont protégées par une telle assurance.
En 1979, le Manitoba délimite la zone inondable désignée de la rivière Rouge. Cette zone comprend toutes les villes ainsi que les résidences du secteur rural situées dans la plaine inondable. Il faut se procurer un permis pour construire ou reconstruire dans cette zone désignée. Le permis octroyé dans le cadre du programme spécifie que le plancher principal d'une résidence comprenant un sous-sol doit être construit trois pieds (un mètre) au-dessus du niveau d'inondation de 1979. On peut obtenir gratuitement un relevé du niveau.
Pour être pleinement efficaces, les programmes de zonage doivent comporter des inspections et des mesures d'application. Au Manitoba, seulement 63 % des nouvelles habitations érigées dans la zone inondable désignée sont conformes aux critères fixés. Cependant, dans 95 % de ces résidences, le plancher principal est situé au-dessus (mais à moins de trois pieds [un mètre] au-dessus) du niveau d'inondation de 1979. On encourage les particuliers à respecter les conditions du permis; pourtant, la réglementation n'a jamais été appliquée de façon stricte. La Loi sur l'aménagement hydraulique prévoit l'enlèvement des structures non conformes, mais il n'est pas surprenant de constater que cette solution n'a jamais été envisagée sérieusement.
Le soutien fédéral d'urgence offert au Manitoba est orchestré par le comité fédéral de coordination de la protection civile (CFCPC) présidé par un représentant de PCC. Ce comité est formé de trois membres permanents au Manitoba, mais ce nombre est porté à 16 membres en raison d'affectations temporaires en cas d'urgence. Le comité coordonne les activités de 25 ministères fédéraux, soit au moins cent personnes, et joue un rôle de « guichet unique » pour assurer la liaison avec l'OMU du Manitoba.
Pendant l'inondation de 1997, la Direction des ressources hydriques du Manitoba, responsable des mesures d'urgence, est conseillée par un groupe de travail provincial formé de représentants des Ressources hydriques, du ministère de la Voirie et des Transports du Manitoba, de la Ville de Winnipeg, du Génie des Forces armées canadiennes, d'Acres International, d'Hydro-Manitoba et de l'Université du Manitoba. Ce groupe de travail a évalué la situation et recommandé des mesures de lutte à l'OMU, à la Ville de Winnipeg et aux municipalités rurales. On a misé sur la protection fournie par des ouvrages, y compris le défluent de crue, la dérivation Portage, le réservoir Shellmouth et les digues circulaires construites au sud de Winnipeg. Par exemple, c'est le groupe d'étude qui a recommandé la construction du prolongement de la digue West et élaboré les scénarios concernant les pires situations pouvant se réaliser en cas d'échec.
Tableau 2 : Accords fédéraux d'aide financière en cas de catastrophe
Dépenses provinciales admissibles
Partie assumée par le gouvernement fédéral
Premier $ par habitant
0 %
Deux $ suivants par habitant
50 %
Deux $ suivants par habitant
75 %
Reliquat des dépenses
90 %
Nota : Par exemple, dans le cas d'une inondation au Manitoba comportant des dépenses admissibles de 100 millions de dollars pour une population de 1,1 million d'habitants, le gouvernement fédéral assumerait 88 % des dépenses.
Les Accords d'aide financière en cas de catastrophe (AAFC) conclus par le gouvernement fédéral en 1970 régissent le financement fédéral-provincial. Les directives fédérales sont complétées par des lignes directrices provinciales. Au Manitoba, les lignes directrices provinciales, établies par l'OMU du Manitoba, prévoient une compensation maximale de 30 000 $ (cette somme est passée à 100 000 $ après l'inondation de 1997) pour les frais admissibles des petites entreprises, des organisations sans but lucratif et des particuliers, sous réserve d'une déduction de 20 % des dépenses approuvées. Le 1er mai 1997, une autre entente est conclue, l'Entente Canada-Manitoba sur l'aide financière aux victimes de l'inondation de la vallée de la rivière Rouge selon laquelle le gouvernement fédéral verse à la province une avance de 25 millions de dollars en vertu des AAFC pour parer à l'inondation. Cette entente prévoit aussi des mesures non visées par les AAFC, notamment une planification conjointe pour l'endiguement et l'amélioration de la protection contre les inondations, l'indemnisation et la reconstruction dans le secteur agricole, le programme de rétablissement des entreprises et l'amélioration de la planification des eaux et de la coopération technique. Le ministère de la Diversification de l'économie de l'Ouest est désigné responsable de la coordination des activités fédérales et le Greffier du Conseil exécutif coordonne les activités provinciales.
Aux États-Unis, l'aide en cas de catastrophe est comprise dans les budgets de fonctionnement des gouvernements à tous les paliers. Les unités de gestion des mesures d'urgence locales (Divisions of Emergency Management) préparent et tiennent à jour un plan local d'intervention en cas d'urgence. Les Water Resource Districts, Watershed Districts et Conservation Districts fournissent de l'aide sur place en ce qui a trait aux levées (ou digues), à la coordination des mesures d'urgence, à la diffusion de l'information et à la coordination avec le personnel de la FEMA préposé au rétablissement de la situation. Les Divisions of Emergency Management administrées par les États forment un réseau pour la préparation, l'intervention, ainsi que les mesures de rétablissement et d'atténuation en cas de catastrophe. Les organismes de santé des États fournissent de l'information et détiennent des pouvoirs réglementaires au chapitre de la lutte contre les maladies, de la nourriture et du logement, de l'innocuité des aliments, de la santé des mères et des enfants, des installations municipales, de la gestion des déchets et de la qualité de l'eau.
Les ministères des transports des États entretiennent le réseau routier, réparent les routes endommagées et fournissent de l'aide technique aux collectivités dans les situations d'urgence. Des unités de la garde nationale peuvent être déployées rapidement et efficacement lorsque l'état d'urgence est déclaré par des gouverneurs ou le gouvernement fédéral. Plusieurs organismes d'État comme la State Water Commission du Dakota du Nord et le ministère des Ressources naturelles (division des eaux) du Minnesota fournissent de l'aide pour la conception et la construction d'ouvrages de lutte contre les inondations, de l'information sur les mesures d'urgence, ainsi que des services de coordination et de diffusion de l'information.
L'aide fédérale en cas de catastrophe est accessible lorsque le gouverneur d'un État confirme au Président que la catastrophe dépasse les capacités de l'administration locale et de l'État. Lorsque le Président déclare une situation d'urgence, la coordination de l'intervention fédérale incombe à la FEMA. Cette organisation fournit un programme complet de gestion de tous les types de situation d'urgence en fonction du risque et prévoit des mesures de préparation, d'intervention, de rétablissement et d'atténuation. La FEMA confie en général au Corps of Engineers la coordination des projets visant à accroître l'approvisionnement en eau. Elle fournit l'hébergement temporaire, le soutien technique et la coordination locale. Les ingénieurs construisent des levées dans les situations d'urgence. Le National Weather Service transmet les prévisions météorologiques et d'autres renseignements. La Small Business Administration offre des prêts aux propriétaires, aux locataires et aux gens d'affaires touchés par la catastrophe pour couvrir les pertes non assurées. Le ministère américain de l'Agriculture fournit des denrées alimentaires d'urgence à ceux qui doivent évacuer leurs résidences, un soutien logistique et des services de transport à la FEMA, des prêts à faible taux d'intérêt pour le remplacement des bâtiments de ferme et une assurance-récolte fédérale. Le ministère des Transports des États-Unis administre l'Emergency Relief Program qui rembourse les États pour les travaux d'urgence et les dommages causés aux routes subventionnées par le gouvernement fédéral.
De fortes précipitations sont enregistrées dans des secteurs importants du bassin à l'automne de 1996. Le niveau des précipitations atteint six pouces ou plus (environ 15 centimètres) à la fin d'octobre et en novembre. Dans de nombreux secteurs, cela représente quatre pouces (10 centimètres) au-dessus de la moyenne. À l'automne de 1996, le degré d'humidité du sol est élevé et l'hiver 1996-1997 est particulièrement rigoureux. Des chutes de neige atteignant des chiffres records ou presque à la grandeur du bassin créent des conditions propices à une inondation majeure. Les chutes de neige les plus importantes se produisent le long du bras principal de la rivière Rouge. À Fargo, par exemple, il tombe 117 pouces (297 centimètres de neige comparativement à une moyenne à long terme de 39 pouces (99 centimètres); le record antérieur enregistré dans cette ville était de 89 pouces (226 centimètres). À Grand Forks, il y a une accumulation record de 97,9 pouces (248,6 centimètres). Dans de nombreux secteurs, les chutes de neige atteignent le double ou le triple de la moyenne.
Le début du printemps est marqué par de fortes précipitations. À Crookston, au Minnesota, il tombe l'équivalent de 3,6 pouces (9,2 centimètres) d'eau les 5 et 6 avril. Le record précédent pour deux jours en avril était de 2,4 pouces (6,1 centimètres). La précipitation moyenne pour le mois d'avril dans l'ensemble du bassin est inférieure à deux pouces (cinq centimètres).
Un autre élément contribuant aux graves inondations de 1997 est lié aux températures qui ont créé des conditions de fonte très défavorables.
Au cours d'une semaine, par exemple, la température se maintient à environ 10 °F (5,5 °C) au-dessus de la moyenne et la semaine suivante, la température descend jusqu'à 20 °F (11 °C) au-dessous de la moyenne.
La rivière Rouge commence à sortir de son lit le 30 mars. À deux reprises, elle atteint un niveau de pointe à Wahpeton-Breckenridge, la première fois le 6 avril, puis le 15 avril lorsqu'elle monte jusqu'à 19,2 pieds (5,8 mètres), le niveau d'inondation se situant à 10 pieds (trois mètres). De surcroît, des parties de Breckenridge sont inondées à cause du ruissellement en surface.
Le 8 avril, la plupart des résidants d'Ada, au Minnesota, évacuent leurs résidences étant donné que les rivières Marsh et Wild Rice inondent la ville. Le 18 avril, les eaux montent à un niveau maximal de 39,6 pieds (11,9 mètres) à Fargo-Moorhead. À Grand Forks, on atteint un maximum de 54,4 pieds (16,3 mètres) le 22 avril et le 25 avril, le niveau s'élève jusqu'à 45,6 pieds (13,7 mètres) à Drayton, soit 1,9 pied (0,57 mètre) de plus que le record enregistré en 1979.
Tableau 3 : Débit de pointe et intervalles de récurrence*
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Station de surveillance |
Débit |
Intervalle de récurrence |
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Date |
(pi 3 /s)** |
Années |
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Twin Valley (rivière Wild Rice) |
15 avril |
9 300 |
100200 |
|
Wahpeton-Breckenridge |
15 avril |
12 800 |
100200 |
|
Fargo-Moorhead |
17 avril |
28 000 |
50100 |
|
Grand Forks-East Grand Forks |
18 avril |
136 900 |
200500 |
|
Drayton |
25 avril |
123 000 |
200500 |
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Emerson |
2728 avril |
132 000 |
115 |
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Ste. Agathe |
2 mai |
135 000 |
125 |
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Winnipeg (en aval de l'Assiniboine) |
4 mai |
162 000*** |
110 |
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Lockport (en aval du défluent de crue) |
4 mai |
150 000 |
|
*L'intervalle de récurrence est l'intervalle de temps moyen entre les apparitions d'une inondation dont l'ampleur est égale ou supérieure à un seuil donné. Compte tenu de la difficulté à déterminer avec précision les intervalles de récurrence, en particulier aux endroits pour lesquels on ne possède des données que sur une courte période, on a établi des limites à l'intérieur desquelles les intervalles de récurrence pour les crues de 1997 se situeraient probablement. Source : US Geological Survey et ministère des Ressources naturelles du Manitoba.
**Pieds cubes par seconde (1 pi 3 /s = 0,03 m 3 /s).
*** Écoulement sans contrôle qui se produirait en l'absence des ouvrages de protection contre les inondations construits sur les rivières Rouge (défluent de crue) et Assiniboine (dérivation Portage, réservoir Shellmouth).
Au moment de l'inondation de 1997, la rivière Rouge compte non seulement le bras principal, mais aussi un grand nombre d'affluents (rivières et ruisseaux) présentant un intervalle de récurrence de 100 ans ou plus. Pour la rivière Bois de Sioux, l'intervalle de récurrence se situe entre 200 et 500 ans. Dans le cas de la rivière Wild Rice à Twin Valley, au Minnesota, cet intervalle se situe entre 100 et 200 ans, celui de la rivière Red Lake étant de 50 à 100 ans.
Aux États-Unis, les niveaux critiques de crue enregistrés à 29 des 34 points de prévision situés dans le bassin de la rivière Rouge excèdent les records établis pour des inondations antérieures. À un autre point, le record antérieur est égalé et à cinq autres endroits, le niveau d'eau enregistré se trouve à moins de 12 pouces du niveau record antérieur.
Les débits de crue observés en 1997 correspondent à peu près aux mêmes volumes d'eau que ceux de l'inondation de 1950, mais le maximum atteint en 1997 est beaucoup plus élevé et de plus courte durée. Cette situation est peut-être attribuable à la fonte rapide de la neige tombée lors de la tempête du début d'avril, mais des changements au chapitre de l'utilisation des terres ont peut-être contribué à cette situation. Ce thème sera examiné plus à fond dans les études qui doivent être menées par le groupe de travail en 1998.
En février et en avril, le Centre de prévision des inondations du Manitoba émet des prévisions de crue. Ces prévisions s'avèrent exactes en dépit des nombreuses variables dont les prévisionnistes doivent tenir compte. Les pointes de crue mesurées d'Emerson à Morris se trouvent dans la fourchette des prévisions du 9 avril, juste après le grand blizzard et les pointes de crue à Ste. Agathe et à St. Adolphe correspondent à la valeur maximale prévue. Les eaux d'inondation atteignent un niveau maximal dans le bras du défluent de crue, au sud de Winnipeg, se situant entre 1,5 pied et 1,7 pied (0,45 - 0,51 mètre) au-dessus du maximum de la fourchette des prévisions.
Les premières prévisions d'inondation ne changent pas beaucoup après le blizzard du début d'avril parce que la fonte des neiges pendant les deux semaines précédant ce blizzard a suffisamment réduit la couverture de neige hivernale pour compenser les nouvelles chutes de neige. Cependant, les niveaux de crue prévus au Manitoba sont révisés à la hausse car les pointes de crue enregistrées dans la partie américaine du bassin dépassent les prévisions. De plus, il faut tenir compte des pointes de crue attribuables aux affluents situés au Manitoba. Les faibles précipitations enregistrées après la première semaine d'avril diminuent les risques d'inondation.
Il est beaucoup plus difficile d'établir les prévisions de crue en 1997 au Canada et aux États-Unis étant donné l'importance du ruissellement qui correspond à une partie importante des débits d'eau et des dommages dus à l'inondation. Le manque d'information sur le ruissellement complique encore la tâche ardue que représente l'établissement des prévisions. L'impossibilité, avec les modèles hydrauliques actuels, de tenir compte de volumes énormes d'eau de ruissellement constitue une lacune importante. La coopération binationale au chapitre de la prévision et de la modélisation est excellente, mais il semble que les résultats obtenus à partir des prévisions et des modèles puissent être améliorés considérablement si l'on intensifie les travaux visant à établir une base de données commune et plus complète.
La connaissance de la distribution spatiale et de la quantité de neige accumulée pendant l'hiver est un élément important pour la prévision des conditions relatives aux apports d'eau au printemps et à l'été. Depuis 1989, des cartes hebdomadaires de l'équivalent neige - eau pour les prairies canadiennes sont produites à l'aide de données obtenues par radiométrie passive à hyperfréquences provenant des satellites du programme météorologique du ministère américain de la défense. Pour le moment, ces cartes ne sont valides que pour des aires ouvertes comme la vallée de la rivière Rouge. Le groupe de travail a inscrit cette question dans son plan d'étude pour 1998.
Les prévisions se fondent en partie sur la lecture des débits mesurés par les jauges dans les tributaires et le bras principal de la rivière Rouge. Le nombre de stations de jaugeage en fonction dans le bassin n'est pas constant étant donné la variabilité des besoins et des budgets. Actuellement, il y en a environ 140 en place. Les spécialistes préconisent l'amélioration du système de jaugeage, notamment l'ajout d'autres jauges et d'un dispositif de protection contre les inondations pour les jauges utilisées aux États-Unis. Le projet Flood Forecast/Warning System (prévision des inondations et dispositif d'alerte) du Minnesota prévoit l'installation de 44 jauges nouvelles ou améliorées pour la mesure des précipitations et du débit des cours d'eau. Cette initiative améliorera grandement la capacité du service météorologique américain de fournir des prévisions exactes en temps opportun. Ce sujet sera également abordé dans le plan d'étude pour 1998.
Pendant l'inondation de 1997, un nouvel instrument appelé courantomètre acoustique Doppler sert à mesurer l'écoulement des rivières dans des conditions extrêmes. Les mesures obtenues sont précieuses pour la vérification des modèles et l'utilisation future de cette technologie prometteuse est justifiée. Pendant cette inondation, on a également recours à l'imagerie Radarsat qui complétera les données de jaugeage. L'intégration de données de télémétrie aux modèles de prévision pourrait permettre des améliorations importantes. Ces outils pourraient remplacer dans une certaine mesure, ou compléter, les données recueillies dans les stations de jaugeage.
Les embâcles peuvent causer des inondations. En 1997, on déploie des efforts sur plusieurs tronçons de la partie américaine de la rivière - en particulier, au moyen d'hélicoptères qui « saupoudrent » de sable la rivière près des ponts pour accélérer la fonte et provoquer la débâcle avant l'arrivée des eaux de crue. Les effets de ces initiatives sont en grande partie inconnus. En 1996, les embâcles qui se forment sur la rivière dans les secteurs de Selkirk et de Breezy Point au nord de Winnipeg causent des inondations et des dommages. Pendant les deux premières semaines d'avril 1997, des bénévoles de l'endroit creusent 45 000 trous dans la glace de cette partie de la rivière en utilisant douze autoneiges spécialement équipées. L'objectif visé est d'affaiblir la glace et de réduire ainsi le risque d'embâcle. Aucun embâcle ne se formera dans cette partie de la rivière pendant la débâcle. Au lac Manitoba, à l'exutoire de la dérivation Portage sur la rivière Assiniboine, on fore également des trous dans la glace, mais apparemment en quantité insuffisante pour l'affaiblir. Un embâcle fera refluer les eaux dans le chenal de dérivation.
Le ruissellement est chose courante, même au cours d'inondations moins graves qui se produisent dans la vallée de la rivière Rouge. Les eaux de ruissellement ont rarement eu un effet aussi marqué que lors de l'inondation de 1997. Les collectivités qui subiront le plus de dommages dus aux effets supplémentaires du ruissellement en surface sont Ada, Wahpeton-Breckenridge, Fargo et Grand Forks-East Grand Forks, ainsi que Ste. Agathe et Grande Pointe du côté canadien. Il est généralement admis que les eaux de ruissellement ont contribué à fausser les estimations relatives aux pointes de crue. Une partie importante du plan d'étude pour 1998 sera consacrée aux eaux de ruissellement.
Les municipalités manitobaines doivent veiller à l'acquisition et au remplissage des sacs de sable pour leur propre utilisation. À partir des premières prévisions d'inondation en février, la Direction générale des ressources hydriques du Manitoba commence à avertir les municipalités de la probabilité d'une inondation et les encourage à acheter des sacs de sable. Sachant que la demande de sacs de sable sera forte dans certains secteurs, le ministère des Ressources naturelles du Manitoba achète une machine à remplir les sacs de sable et la met à la disposition des municipalités. La machine est installée et utilisée à St. Adolphe et à Ile des Chênes.
À la fin de l'hiver, les municipalités commencent lentement à suivre le conseil de la Direction générale des ressources hydriques du Manitoba et à se préparer à une inondation importante. Cette situation change après le blizzard des 5 et 6 avril. Les nouvelles chutes de neige créent de nombreux problèmes logistiques. Le transport des sacs et du sable et l'accès général aux lieux d'endiguement se compliquent à cause des routes bloquées. Dans bien des cas, il faut enlever la neige afin de pouvoir mettre en place les sacs de sable.
En janvier, on s'est préparé à déplacer le bétail et les céréales se trouvant dans les zones inondables de la vallée de la rivière Rouge. Une base de données est créée dans le but de consigner le nombre et le type d'animaux, les noms et numéros de téléphone des producteurs, ainsi que l'élévation et le degré de protection de la propriété. Des rencontres de sensibilisation aux inondations sont tenues avec les producteurs et les fonctionnaires des administrations locales. En avril, on commence vraiment à transporter le bétail hors de la vallée. De partout au pays, on reçoit des offres d'aide et d'utilisation de bâtiments pour abriter le bétail. Pour diverses raisons logistiques et personnelles, certains producteurs décident de ne pas faire sortir leurs animaux de la zone inondable, mais dans l'ensemble, les pertes de bétail sont faibles.
L'une des réalisations liées à l'inondation de 1997 est le prolongement de la digue West, au sud de Winnipeg. La rivière La Salle traverse la banlieue sud de la région métropolitaine de Winnipeg; cette rivière arrive à Winnipeg par l'ouest et rejoint la rivière Rouge à St. Norbert, dans le secteur protégé par le défluent de crue de la rivière Rouge et la digue West. Cette dernière part du bras du défluent de crue et se prolonge sur 20 milles (32 kilomètres) vers le sud et l'ouest afin d'empêcher les eaux de crue de pénétrer dans la ville par la rivière La Salle.
Étant donné les hauts niveaux d'inondation enregistrés par le passé, on craint que les eaux de crue puissent contourner la digue West, grossir les eaux de la rivière La Salle et pénétrer dans Winnipeg par « la porte arrière ». Le 23 avril, le groupe de travail provincial recommande de rehausser et de prolonger la digue West. Entre le 24 avril et le 30 avril, la hauteur de la digue West est augmentée aux endroits où cette mesure est nécessaire et un prolongement de 21 milles (34 kilomètres) est construit. La hauteur de la digue varie entre cinq et huit pieds (1,5 à 2,5 mètres). Une tâche qui aurait normalement nécessité deux ou trois mois de travail est exécutée en six jours à peine. Au plus fort des activités de construction, plus de 400 pièces de machinerie lourde et 450 civils sont au travail sur la digue. L'équipement de la Défense nationale et les militaires qualifiés sont d'un précieux secours.
Comme on s'en apercevra par la suite, seul un tronçon de sept à huit milles (environ 12 kilomètres) du prolongement de la digue servira à retenir l'eau. La plus grande partie des eaux de ruissellement est interceptée par le réseau routier et n'atteindra pas la digue. Plus important encore, les conditions de vent sont favorables durant la période de crue. Si de forts vents du sud avaient soufflé constamment, la digue West aurait été grandement éprouvée à cause des vagues dues au vent. Mais il faudra examiner la question plus à fond en 1998.
Dès le début, la Ville de Winnipeg décide d'intervenir comme si le pire scénario devait se produire. Selon les prévisions d'inondation du 19 avril, les niveaux d'eau dans la ville vont monter à près de 24,5 pieds (7,4 mètres) au-dessus du niveau de référence à James Avenue, soit 6,5 pieds (deux mètres) au-dessus du niveau d'inondation. Les ingénieurs de la ville décident alors de rehausser le réseau de digues principales jusqu'à une élévation de 26,5 pieds (huit mètres), afin de garder deux pieds (0,6 mètre) de hauteur libre. À 20 endroits, les digues principales sont rehaussées à l'aide d'argile transportée par camion. La hauteur et la longueur des sections surélevées varient; certaines digues mesurent quelques pieds de haut et de long, mais d'autres ont de cinq à dix pieds (1,5 à 3 mètres) de hauteur et longent plusieurs pâtés de maisons. Des digues secondaires fournissent un degré de protection plus faible à 800 propriétés situées entre les digues principales et la rivière. Pour rehausser les digues à la hauteur voulue, on estime qu'il faut 3,9 millions de sacs de sable et la participation des résidants locaux, supervisés par les travailleurs municipaux. Au total, 6,6 millions de sacs de sable sont préparés dont 4,3 millions par les machines de la ville et 2,3 millions de sacs sont remplis à la main par des bénévoles et des militaires.
Le rehaussement des digues à Winnipeg est d'une grande efficacité. En effet, des 800 propriétés protégées par les digues d'urgence construites, 29 seulement sont endommagées par les eaux de crue.
En outre, à Winnipeg, on fait des préparatifs pour tout le réseau d'égout. Les réservoirs de retenue des eaux pluviales sont utilisés de façon à servir de bassins collecteurs du ruissellement pluvial au besoin. Toutes les conduites de drainage des terres et des eaux d'égout menant à l'intérieur des digues principales sont bloquées. Des pompes installées temporairement rejettent le surplus d'eau dans les rivières par-dessus les digues. En cas d'inondation à St. Norbert, des plans sont élaborés pour isoler les conduites d'eau et d'égouts du reste du réseau urbain afin de prévenir la contamination.
Aux États-Unis, en s'appuyant sur les prévisions émises à la fin de février annonçant que les niveaux d'inondation atteindront ou dépasseront les niveaux records sur le bras principal de la rivière Rouge et ses tributaires, le Corps of Engineers entreprend la planification de mesures de protection dans 34 collectivités du bassin et organise des rencontres dans les localités pour coordonner le processus de planification. À ce moment, les ingénieurs américains demandent la mise en oeuvre de mesures précoces afin d'amorcer les activités d'intervention en cas d'inondation bien avant la fonte des neiges. Des contrats de construction sont attribués et l'on met en place du matériel et des fournitures pour une intervention efficace relativement à l'inondation prévue. Les réservoirs gérés par le Corps of Engineers - lacs Orwell, Traverse et Ashtabula - sont vidés au maximum conformément à leurs plans d'exploitation.
La construction d'urgence de levées et d'autres mesures de protection sont entreprises dans 37 localités. Sauf à Breckenridge, Ada, East Grand Forks et Grand Forks, ces mesures protégeront les zones comme prévu. À Breckenridge et à Ada, l'eau passe par-dessus les levées et le ruissellement en surface cause des inondations imprévues à divers endroits. Dans le secteur de Grand Forks et East Grand Forks, on rehausse d'abord les levées jusqu'à 49 pieds (15 mètres) plus la hauteur libre et on essaie d'en augmenter encore la hauteur lorsque de nouvelles prévisions à jour sont émises après que les eaux de crue ont ouvert des brèches dans les levées de sacs de sable et inondé la ville. À Fargo, une quarantaine de maisons sont touchées par le déferlement des eaux de crue suivant l'ouverture de brèches entre les sacs de sable et à cause du ruissellement en surface imprévu.
On consacrera une somme d'environ 9,5 millions de dollars à la construction d'urgence de levées. La majorité des activités de construction concernent de nouvelles levées ou le rehaussement de levées existantes avec de l'argile. On érige également des murs de contreplaqué pour se protéger de l'inondation et l'on utilise du béton recyclé pour construire des levées dans l'eau; on commence à recouvrir l'argile de grandes toiles de polyéthylène, quelquefois après l'arrivée de l'eau aux digues, de sorte qu'il faut avoir recours à des plongeurs pour l'installation.
Le Corps of Engineers dépense 14,8 millions de dollars pour les activités de lutte contre les inondations, évitant ainsi des dommages estimés à 233 millions de dollars. Environ cinq millions de sacs de sable sont fournis aux localités pour le soutien des activités de lutte. Plusieurs brèches qui se sont ouvertes se trouvent à des endroits où l'on n'avait pas prévu suffisamment de sections transversales dans les levées de sacs de sable. Au total, 750 rouleaux de polyéthylène et 221 pompes sont fournis aux localités. Ce matériel s'ajoute à celui que les collectivités ont déjà fourni. Les localités sont responsables du remplissage et de l'empilage des sacs de sable, ainsi que de l'utilisation des pompes pour le drainage intérieur.
Beaucoup de travaux d'atténuation ont été réalisés dans le bassin afin de réparer et de remettre en état les levées, d'en construire de nouvelles, d'installer des dispositifs de contrôle du débit des rivières sur les portes et d'enlever les maisons ou autres structures endommagées se trouvant dans le défluent de crue. Une bonne partie de ces activités se poursuivront tout au long de l'année 1998.
Aux États-Unis, on compte un certain nombre de structures de protection contre les inondations. En 1948, le barrage du lac Traverse dans le Dakota du Sud et le Minnesota a été construit sur la rivière Bois de Sioux au sud de Wahpeton. Le barrage Baldhill, au Dakota du Nord en amont de Valley City, a été érigé en 1951. La construction du barrage Orwell sur la rivière Otter Tail, près de Fergus Falls au Minnesota, remonte à 1953. Ces trois ouvrages permettent d'emmagasiner les eaux de crue. Ils sont complétés par un grand nombre d'ouvrages de rétention de l'eau moins imposants répartis dans tout le bassin.
La rivière Rouge et ses tributaires comportent peu d'endroits où l'eau s'accumule naturellement et les barrages sont petits. Ces barrages, y compris les barrages « secs », où le réservoir est habituellement vide, peuvent limiter les dommages locaux lors des inondations printanières de faible envergure et après les gros orages d'été, mais ils ont peu d'effet en ce qui a trait à la réduction des inondations le long du bras principal de la rivière Rouge.
La plupart des petits ouvrages de retenue situés du côté du Dakota du Nord ont été construis sous la direction du Natural Resources Conservation Service, en général à des fins multiples. Plusieurs petits barrages sont examinés par deux organismes, le Red River Joint Board (Dakota du Nord) et le Lower Red Watershed Board, du point de vue de la lutte contre les inondations, de l'augmentation du débit d'étiage et des avantages pour la faune. Au Minnesota, en ce qui a trait à la construction de petits barrages, on met l'accent sur les structures comportant des capacités de retenue un peu plus importantes.
En 1997, au Dakota du Nord, l'ouvrage de protection contre les inondations construit sur le cours inférieur de la rivière Sheyenne par le Corps of Engineers protège la ville de West Fargo des eaux de crue en leur faisant contourner la ville. De plus, le chenal aménagé empêche les eaux de ruissellement de s'étendre. Malgré les débits approchant les chiffres records qui sont enregistrés sur la rivière Sheyenne à Copperstown, au Dakota du Nord, et le long de l'anse Baldhill à Dazey, le Corps of Engineers fait en sorte que les eaux soient retenues dans le lac Ashtabula au barrage Baldhill afin de ralentir leur écoulement à travers Valley City et Lisbon et leur déversement ultime dans la rivière Rouge déjà grosse. Le barrage est maintenu presque à pleine capacité avec un rejet contrôlé à mesure que le ruissellement en surface diminue localement. Le barrage Homme, sur le bras sud de la rivière Park, est également maintenu presque à pleine capacité afin de diminuer les débits de pointe.
Le barrage de terre English Coulee, une structure de six milles (10 kilomètres) de long, sépare en deux le bassin d'English Coulee, qui couvre une superficie de 115 milles carrés (298 kilomètres carrés) à proximité de la ville de Grand Forks. Il retient les eaux de ruissellement provenant de la partie supérieure du bassin. Une conduite de 36 pouces (91 centimètres) située sous le barrage permet de vider l'étang de retenue de 240 acres (96 hectares). La structure protège d'une grave inondation la majeure partie du secteur occidental de Grand Forks.
Les levées assurent une bonne protection au nord de Grand Forks-East Grand Forks où les inondations sont généralement les plus importantes et les plus longues. Douze villes ont érigé des digues de terre qui entourent complètement, ou presque, tous les secteurs habités. Certains propriétaires fonciers ont aussi bâti un important réseau de levées le long d'une courte section de la rivière Rouge au nord de Grand Forks-East Grand Forks. En outre, de nombreuses fermes sont protégées par des levées.
Le réseau de levées de Fargo-Moorhead tient bon pendant toute l'inondation malgré les niveaux records atteints par les eaux de crue. Construites grâce aux efforts concertés des organismes locaux, d'État et fédéraux, les levées protègent efficacement ces villes de l'inondation.
De 1962 à 1972, on construit à frais partagés entre les administrations fédérale et provinciale trois ouvrages importants pour protéger Winnipeg, soit le défluent de crue de la rivière Rouge, la dérivation Portage et le réservoir Shellmouth. On amorce également des travaux intensifs de construction de digues circulaires afin de protéger les collectivités vivant au sud de Winnipeg.
À Winnipeg, le défluent de crue de la rivière Rouge est d'une grande utilité du 21 avril au 3 juin. Le débit de pointe maximal enregistré dans le canal le 4 mai atteint 65 000 pieds cubes (1 950 mètres cubes) par seconde et dépasse le débit record antérieur, soit 52 000 pieds cubes (1 560 mètres cubes) par seconde, observé le 9 mai 1979.
Le réservoir Shellmouth sur la rivière Assiniboine est géré de façon à maintenir un équilibre entre l'approvisionnement en eau et la protection contre les inondations. Les stratégies d'exploitation saisonnières sont établies largement en fonction des prévisions et de l'expérience relatives aux eaux de ruissellement, sachant que des conditions extrêmes peuvent s'établir rapidement. Pendant l'hiver 1996-1997, le réservoir est vidé jusqu'à son niveau le plus bas jamais observé en prévision du ruissellement abondant de 1997. Environ 70 % des eaux de ruissellement provenant de la partie du bassin située en amont du réservoir - environ 254 000 acres-pieds (313 182 000 mètres cubes) - sont retenues. Le débit maximal sur la rivière Assiniboine est réduit, passant de 10 600 pieds cubes (318 mètres cubes) par seconde à 1 650 pieds cubes (50 mètres cubes) par seconde.
La dérivation Portage constitue un autre élément du système conçu pour protéger Winnipeg. Cet ouvrage intercepte les eaux de l'Assiniboine en provenance de l'ouest et les rejette à 18 milles vers le nord dans le lac Manitoba. Le 29 avril, les vannes du chenal de dérivation sont relevées et jusqu'au 5 mai, lorsque la crue maximale de la Rouge atteint puis dépasse Winnipeg, les débits enregistrés en aval sur l'Assiniboine sont maintenus presque à zéro. Grâce à la dérivation Portage, il ne sera pas nécessaire de dévier des volumes d'eau encore plus importants dans le défluent de crue de la rivière Rouge.
Après l'inondation de 1966, et surtout après celle de 1979, des programmes conjoints fédéraux-provinciaux encouragent les habitants des municipalités rurales à surélever leurs bâtiments et leurs maisons, et à construire des digues individuelles autour de leur propriété. En 1979, un programme fédéral-provincial axé particulièrement sur la réinstallation en fonction des inondations intègre l'achat de résidences aux autres stratégies. Le degré de protection est augmenté afin d'assurer une protection contre l'inondation record ou le niveau d'inondation de 1979. En mars, il devient évident que les digues circulaires d'Emerson, Rosenort, Dominion City, Letellier, St. Jean-Baptiste, Brunkild, Morris, St. Adolphe et Roseau Reserve ne suffiront pas à contenir l'inondation prévue en 1997. Peu après le blizzard au début d'avril, on entreprend des travaux visant à surélever les digues pour assurer la sécurité. Aucune des villes protégées par des digues circulaires ne sera inondée.
La ville de Ste. Agathe qui n'est pas protégée par une digue circulaire est inopinément inondée par les eaux de ruissellement en provenance de l'ouest et non directement par la rivière située du côté est de la ville. Ste. Agathe se trouve sur des terres qui n'ont pas été touchées lors des inondations antérieures. La localité est à l'abri des inondations du côté de la rivière et on juge comme étant superflue toute protection supplémentaire.
Sauf quelques exceptions, les mesures d'urgence ont atteint le but visé et contribué finalement à limiter les dommages causés par l'inondation. La crue de 1996 a servi de « répétition » pour celle de 1997.
Des préparatifs en ce qui a trait aux mesures d'urgence doivent être faits avant que la situation ne se détériore. Les conditions à l'intérieur de la zone inondable sont généralement chaotiques. Les communications sont difficiles et les structures de commandement se révèlent parfois inefficaces à cause de ratés sur le plan logistique ou des communications. Les plaintes formulées pendant la situation d'urgence ne peuvent pas être traitées normalement. Pour que les interventions soient efficaces, il faut assurer une planification, une préparation et une formation appropriées. Au cours de l'inondation de 1997, les militaires de la Défense nationale canadienne et de la Garde nationale (Minnesota et Dakota du Nord) ont joué un rôle déterminant. Pour se préparer et déployer les ressources humaines et matérielles nécessaires, il est vital de déclarer l'état d'urgence avant que la situation n'atteigne un point critique. Par ailleurs, si l'on prend des mesures d'urgence qui ne sont pas justifiées (lorsque l'état d'urgence prévu ne se concrétise pas), on s'expose à des critiques ultérieures, surtout en ce qui a trait aux coûts engagés, et les organismes de secours peuvent y perdre de la crédibilité. Il est parfois difficile de doser précisément le niveau d'intervention approprié.
Un autre problème est lié à la diffusion du degré de risque et à l'évacuation. Si les personnes qui sont menacées n'en sont pas informées suffisamment tôt et d'une façon qui les incite à coopérer aux mesures d'urgence, ces mesures seront sans effet. On a connu des difficultés au cours de l'évacuation en 1997. Au Minnesota et dans le Dakota du Nord, certains résidants ne semblent pas préparés à l'évacuation étant donné que leur propriété se trouve en dehors de la zone qui avait été inondée auparavant. Ils se sentent en sécurité parce que des sacs de sable ont été ajoutés aux nouvelles levées et aux digues existantes. Certains affirment ne pas avoir été informés assez tôt par les médias officiels des niveaux d'eau prévus. Au sud de Winnipeg, jusqu'à la fin d'avril, beaucoup de résidants comptent sur les digues et les pompes pour protéger leur propriété. Les résidants qui disposent de pompes sont réticents à quitter leur propriété, même après l'ordre d'évacuation. Certains refusent de partir, quoi qu'il arrive. On ne saura jamais précisément dans quelle mesure les autorités sont prêtes à utiliser la force pour procéder aux évacuations ou les conséquences d'une évacuation forcée. Selon beaucoup de gens évacués, après que les résidants ont reçu l'ordre de partir, les autorités assument la responsabilité morale, sinon juridique, de tout dommage éventuel à leur propriété.
Les questions relatives aux communications sont à l'origine de bien des problèmes liés à l'évacuation et d'autres difficultés sur le terrain. Les procédures d'intervention en cas d'inondation doivent se fonder sur l'appui et la collaboration des administrations locales et des collectivités. Les municipalités rurales sont différentes des grandes villes qui disposent de professionnels à plein temps et de services compétents pour gérer les problèmes d'inondation. Les administrations locales comptent généralement sur des employés à temps partiel qui ont souvent moins d'expérience dans le fonctionnement du système d'intervention d'urgence en cas d'inondation. Les communications entre les personnes chargées des mesures d'urgence et les représentants élus sont également source de frictions. Aux États-Unis, beaucoup de représentants élus ne connaissent pas les responsabilités et les pouvoirs des municipalités, de l'État ou du gouvernement fédéral. Par ailleurs, certaines décisions prises peuvent entraver des mesures de protection civile. Dans certains cas, les problèmes de communication témoignent de lacunes au chapitre des politiques. Ainsi, des dirigeants de la Ville de Winnipeg ont toujours pensé qu'ils peuvent allouer des sommes pour la protection contre l'inondation et obtenir un remboursement qui n'a même pas été annoncé par le gouvernement fédéral. Les municipalités rurales qui sont tenues aux termes de la loi d'équilibrer leur budget sont réticentes à engager des fonds avant que des ententes de financement ne soient conclues.
Nouvelles technologies de l'information
L'inondation de 1997 se démarque des précédentes par l'application de plusieurs nouvelles technologies. C'est la première grande inondation de la rivière Rouge où l'on a fait un usage important de téléphones cellulaires aux fins des mesures d'urgence; de fait, la majorité du personnel engagé dans la lutte contre l'inondation considère ces outils comme étant essentiels. C'est également la première inondation qui fait l'objet d'une grande attention sur Internet. Beaucoup d'agences publiques et privées ont leur propre site Web, présentant des données et des statistiques à jour et complètes. Bien des résidants trouvent sur Internet la meilleure source d'information, et de partout dans le monde, on peut obtenir des renseignements précieux.
Rôle des militaires
Le travail des Forces canadiennes au cours de l'inondation de 1997 s'avère très efficace. L'opération Assistance de la Défense nationale est la plus grande opération militaire du Canada depuis la guerre de Corée et probablement la plus importante opération civile jamais réalisée. L'aide de l'Armée est demandée assez tard, mais l'intervention est rapide car les Forces canadiennes sont préparées à répondre à toute demande officielle des autorités civiles. Cependant, les militaires ont le sentiment qu'ils auraient été beaucoup plus utiles s'ils avaient participé plus tôt à la planification des mesures. En bout de ligne, l'ensemble des ressources militaires engagées dans l'opération représente 8 500 personnes, 2 850 véhicules, 131 embarcations et 34 aéronefs provenant de tous les coins du pays. Les Forces canadiennes sont en mesure d'évacuer au besoin au moins 100 000 résidants de la région métropolitaine de Winnipeg.
L'aide des militaires canadiens est exceptionnelle, mais ne se fait pas sans heurts. La principale difficulté tient aux problèmes de communication entre les autorités civiles et militaires qui sont particulièrement marqués dans le cas des liaisons entre les troupes d'une part et les forces de police locales, la GRC et le service de police de Winnipeg d'autre part. L'attitude de la population envers l'aide militaire a été mal jugée; elle sera beaucoup plus favorable que prévu et beaucoup de résidants touchés se sentent plus en sécurité.
Au Minnesota et dans le Dakota du Nord, la Garde nationale est mise à contribution plus tôt dans le processus. La planification en vue de l'inondation commence en janvier, ce qui permet une évacuation rapide de milliers de personnes. Plus de 25 000 résidants sont évacués par divers moyens de transport terrestres et maritimes, ainsi que par hélicoptère, au Minnesota et dans le Dakota du Nord. La Garde nationale fournit l'eau potable, des services de sécurité et de contrôle de la circulation, de surveillance des digues, de protection contre l'incendie et d'autres tâches d'urgence. Le Minnesota et le Dakota du Nord déploient plus de 5 300 militaires, 14 aéronefs et des centaines de véhicules, ainsi que d'autres pièces d'équipement.
Rôle des uvres de bienfaisance
Le Manitoba, le Dakota du Nord et le Minnesota ont une longue tradition d'action bénévole pendant les inondations. Cette tradition se traduit par la collaboration de milliers de bénévoles à la lutte contre l'inondation et aux secours de toutes sortes, allant de la construction de digues de sacs de sable à la garde d'enfants. La participation des bénévoles est d'un secours inestimable, non seulement pour le travail qu'ils effectuent, mais aussi pour le soutien psychologique énorme assuré aux sinistrés.
Au Manitoba, des organisations privées lèvent des fonds pour plus de 30 millions de dollars. La Croix-Rouge, l'Armée du salut, le Mennonite Disaster Relief Committee et beaucoup d'autres organisations de bienfaisance offrent leur aide. Les églises de toutes les principales confessions religieuses distribuent de l'argent dans les localités. Ces dons permettent de fournir des secours et de compléter l'aide publique accordée en vertu d'un fonds de secours aux victimes de l'inondation mis en place par le Manitoba. Des organisations du secteur privé participent au comité de gestion de l'i