Le 23 octobre 2003
COMMISSION MIXTE INTERNATIONALE
EXAMEN DE LA DEUXIÈME ÉTAPE DU PLAN D'ASSAINISSEMENT DE LA RIVIÈRE ST.
MARYS
Introduction
Les plans d'assainissement (PA) des secteurs préoccupants (SP) désignés
doivent être élaborés et exécutés par les parties (le gouvernement du
Canada et celui des États-Unis) à l'Accord relatif à la qualité de l'eau
dans les Grands Lacs (l'Accord), en coopération avec les gouvernements
des États et de la province intéressés. Les SP sont des zones géographiques
qui ne respectent pas les objectifs généraux ou spécifiques de l'Accord,
de façon que les utilisations bénéfiques ou la capacité du secteur d'entretenir
la vie aquatique s'en trouvent ou s'en trouveront probablement diminuées.
Les PA sont soumis à la Commission, qui les examine et les commente,
à trois étapes :
- étape 1 - lorsque les problèmes ont été définis;
- étape 2 - lorsque les mesures correctrices et les mesures de réglementation
ont été choisies;
- étape 3 - lorsque la surveillance a montré que les utilisations
bénéfiques reconnues ont été restaurées.
Selon les alinéas 4(d)(ii) et 4(a)(iii-vi) de l'annexe 2 de l'Accord,
les plans d'assainissement de la deuxième étape doivent être soumis
à la Commission, pour examen et commentaires, et comprendre ce qui suit
:
- l'évaluation des mesures correctrices appliquées;
- l'évaluation d'autres mesures correctrices qui pourraient être appliquées
afin de rétablir les utilisations bénéfiques;
- une liste des mesures correctrices supplémentaires;
- le calendrier d'exécution de ces mesures;
- l'identification des personnes ou des organismes responsables de
la mise en œuvre des mesures correctrices.
Outre ces éléments requis à la deuxième étape, l'annexe 2 de l'Accord
énonce les principes généraux des plans d'assainissement, notamment
:
- les PA doivent procéder d'une démarche systématique englobant la
totalité de l'écosystème afin de restaurer et de protéger les utilisations
dans les secteurs préoccupants;
- en collaboration avec les gouvernements des États et de la province,
les parties doivent veiller à ce que le public soit consulté en ce
qui concerne toute mesure prise en vertu de l'annexe.
Par conséquent, pour toute étape d'un plan d'assainissement, la Commission
évalue si le plan procède d'une démarche écosystémique et si le public
a été convenablement consulté, et elle vérifie si les exigences précisées
à l'annexe 2 pour l'étape en question sont respectées. Ainsi, l'examen
et les commentaires de la Commission touchant la deuxième étape du PA
de la rivière St. Marys se fondent sur le document soumis, qu'elle évalue
en fonction des cinq exigences de deuxième étape indiquées plus haut,
du principe à respecter d'une démarche écosystémique en vue de restaurer
et de protéger les utilisations bénéfiques et de la nécessité de consulter
suffisamment le public.
Commentaires généraux
A-t-on évalué les mesures correctrices appliquées?
Les mesures correctrices déjà prises et en cours d'application sont
décrites et évaluées au chapitre 4 du PA de la deuxième étape. On a
entrepris des grands projets pour limiter la pollution ponctuelle :
séparation des égouts à Sault Ste. Marie (Michigan), construction de
la station de filtration principale d'Aciers Algoma Inc., travaux concernant
les émissions d'un convertisseur à oxygène, aménagement d'un système
de recirculation des eaux usées du haut fourneau et achèvement de l'installation
de traitement secondaire de St. Marys Paper Limited.
Comme l'indique le PA de la deuxième étape, ces mesures ont coûté environ
70 millions de dollars. La quantification des améliorations qu'elles
ont apportées à la qualité de l'eau et à d'autres aspects de l'environnement
les ferait mieux connaître et confirmerait leur apport à la restauration
des utilisations bénéfiques de la rivière St. Marys.
La Commission souligne qu'il faut des programmes adéquats de surveillance
pour bien mesurer les avantages obtenus par ces investissements considérables
et en rendre compte. Sa recommandation de renforcer la surveillance
n'est pas nouvelle. Ainsi, elle avait recommandé la mise en place d'un
programme convenable de surveillance dans son évaluation de l'état de
ce secteur préoccupant en décembre 1998 (http://www.ijc.org/php/publications/html/stmarys/status.html
en anglais seulement). Par ailleurs, le Four Agency Framework
(cadre qui définit les rôles et les responsabilités des quatre organismes
responsables au premier chef de la gestion du secteur) énonce un engagement
à l'égard de la surveillance. Parmi les recommandations du document
de la deuxième étape, il y a celle d'un système de surveillance des
eaux pluviales et celle d'une étude de surveillance des rejets de contaminants
des stations d'épuration des eaux usées. D'après ce qui est écrit dans
le rapport de deuxième étape, il n'est pas sûr qu'on s'engage à entreprendre
ces programmes. Cette surveillance est nécessaire pour suivre la restauration
des utilisations bénéfiques, et elle sera essentielle pour évaluer les
progrès de la mise en œuvre des mesures correctrices requises.
Le document explique le projet par lequel la Ville de Sault Ste. Marie
(Ontario) installera des réservoirs de trop-plein pour les eaux usées,
augmentera la capacité de traitement primaire, ajoutera le traitement
secondaire à la station d'épuration de l'est de la ville et remettra
en état les égouts dans des zones de grande infiltration. En 1994, l'équipe
chargée d'étudier les sources ponctuelles a indiqué comment les contaminants
préoccupants, provenant de multiples sources ponctuelles, contribuaient
à la diminution des utilisations bénéfiques de la rivière St. Marys.
Comme l'indique le document du PA, l'amélioration de la station d'épuration
de l'est de la ville pourrait prévenir les proliférations localisées
d'algues, la contamination des sédiments et les fermetures des plages
publiques à l'île Sugar.
Le chapitre 4 décrit les mesures correctrices déjà prises et en cours
à l'égard des sédiments et d'autres sources diffuses de pollution et
les mesures pour restaurer et protéger la flore et la faune. Il y a
notamment l'excavation et l'enlèvement de 33 000 tonnes de déchets de
tannerie et de sols contaminés de l'emplacement de Cannelton Industries
Incorporated. En revanche, les auteurs ne décrivent pas l'apport des
mesures à la restauration des utilisations bénéfiques.
A-t-on évalué d'autres mesures correctrices qui pourraient être
appliquées?
Une soixantaine de mesures sont recommandées pour restaurer les utilisations
bénéfiques, comme il est décrit au chapitre 6 du document. Elles portent
sur divers points : limitation des sources ponctuelles industrielles
et municipales, programme de gestion appliqué à l'assainissement des
sédiments, restauration des habitats aquatiques et terrestres, contrôle
de l'efficacité des activités de restauration et besoin de communiquer
les informations aux citoyens intéressés et aux collectivités.
Dans certains cas, les mesures retenues visent à la quantification
des problèmes d'environnement, répondant plutôt à une exigence de la
première étape qu'au choix des mesures correctrices de la deuxième étape.
Par exemple, le document décrit le besoin de continuer à cartographier
les sédiments jusqu'à ce que toutes les zones importantes de contamination
aient été relevées. Il est noté qu'avant d'assainir les sédiments, il
faudrait appliquer une stratégie pour déterminer toutes les charges
contaminantes de sources ponctuelles et diffuses, et les limiter. Donc,
il est impossible d'évaluer les éventuelles mesures correctrices, comme
cela doit être fait à la deuxième étape, tant que ces activités de la
première étape n'auront pas été achevées.
Les auteurs font remarquer que certains des critères pour retirer un
secteur de la liste des secteurs préoccupants sont sujets à interprétation,
ce qui pourrait faire problème. Les objectifs d'utilisation de l'eau
et les critères de restauration [pour le retrait d'un SP] ont été établis
pour aider à choisir les mesures correctrices. À l'exception des utilisations
bénéfiques diminuées touchant la dégradation des populations d'animaux
aquatiques et terrestres, les critères de retrait semblent concis et
se défendent du point de vue scientifique. Pour ce qui est des populations
dégradées, le document précise que les critères de retrait en ce qui
concerne la lutte contre la lamproie devraient s'inspirer des objectifs
du Centre de contrôle de la lamproie de mer définis pour la rivière
St. Marys. Cependant, le document n'énonce pas de critères précis. La
maîtrise de la lamproie et d'autres espèces envahissantes devrait être
envisagée comme une préoccupation environnementale qui déborde largement
du cadre de tout élément d'un plan d'assainissement.
A-t-on déterminé des mesures correctrices supplémentaires?
Le PA de la deuxième étape indique clairement, au tableau 8.1 [et au
tableau E.2], les mesures jugées nécessaires pour rétablir la situation.
On précise qu'il s'agit d'un travail en cours d'élaboration et que,
dans certains cas, il s'agit d'acquérir des informations plus précises
et plus actuelles pour recommander de façon définitive des mesures de
gestion en vue de restaurer les utilisations bénéfiques. Des informations
supplémentaires, en particulier touchant le choix des mesures correctrices
à l'égard des sédiments contaminés, sont manifestement nécessaires pour
répondre aux exigences de la deuxième étape.
A-t-on adopté un calendrier d'exécution et identifié les personnes
ou les organismes responsables de la mise en œuvre des mesures correctrices?
Les auteurs indiquent qu'une annexe, qui sera présentée plus tard,
précisera les rôles, les responsabilités, les coûts et les délais de
mise en œuvre des mesures correctrices. Une bonne partie de ces renseignements
sont nécessaires pour répondre aux exigences de la deuxième étape.
A-t-on adopté une démarche écosystémique en vue de restaurer et
de protéger les utilisations bénéfiques?
La démarche écosystémique intègre l'évaluation complète des agents
de diminution des utilisations bénéfiques. On a appliqué cette démarche
pour restaurer et protéger les utilisations bénéfiques dans le SP de
la rivière St. Marys. Le plan d'assainissement tient compte de la contamination
des eaux superficielles par les polluants de toutes sources et suivant
toutes les voies d'exposition. On reconnaît bien les apports possibles
en provenance de l'atmosphère, des sédiments contaminés et des décharges.
Poussant la démarche, on s'attaque aux agents naturels de stress, le
document précisant que la rivière St. Marys est un grand vecteur de
l'infestation par la lamproie de la partie nord du lac Huron et confirmant
que des espèces commerciales importantes, comme le cisco, l'esturgeon,
le touladi et le doré jaune, ne sont plus si abondantes. Le PA fait
aussi état de la diminution de populations de poissons en raison de
la surpêche, de l'introduction d'espèces exotiques, de l'accumulation
de toxiques chimiques, de la fluctuation des niveaux d'eau et de la
destruction de l'habitat par la modification du rivage, le dragage et
l'urbanisation.
A-t-on suffisamment consulté le public?
Aux fins du plan d'assainissement, on a créé un conseil consultatif
public binational et confirmé le mandat d'une équipe chargée de l'éducation
et de la communication de l'information. Le conseil consultatif a soutenu
la création des Friends of the St. Marys River. La Commission croit
comprendre que le conseil consultatif n'est plus financé entièrement.
En outre, certains éléments de la deuxième étape, comme le choix des
mesures correctrices à l'égard des sédiments contaminés, sont incomplets.
Pour que le public soit suffisamment consulté aux étapes ultérieures
du plan d'assainissement, il faudra envisager d'autres dispositions
pour compenser l'absence d'activité du conseil consultatif.
Conclusion
Les participants du PA ont expliqué précisément nombre des mesures
correctrices recommandées. Il est entendu que des renseignements additionnels,
comme les calendriers d'exécution et la liste des organismes responsables,
seront fournis à la Commission à une date ultérieure dans une annexe
de mise en œuvre. La Commission évaluera alors si les exigences de la
deuxième étape sont bien respectées. Ces renseignements permettront
d'accélérer la mise en œuvre. Il serait particulièrement utile de classer
les mesures recommandées de façon à prioriser les efforts d'assainissement
à venir.