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Gestion de l'hydrologie urbaine : démarche scientifique et politique
La plupart des méthodes modernes de gestion de l’hydrologie urbaine sont axées sur les eaux
pluviales d’orage, combinant les notions de protection contre les inondations, d’alimentation des nappes
souterraines,3, de réduction
du ruissellement et de protection des espaces naturels, et sont fondées sur des principes scientifiques
généralement acceptés 4.
Les phénomènes météorologiques extrêmes peuvent produire des concentrations
très élevées de polluants au cours de leurs premières phases et avoir des répercussions
thermiques dès l’apparition des premières flaques d’eau stagnante qu’ils laissent à
réchauffer sur les surfaces imperméables. Certaines administrations utilisent des
détecteurs qui évaluent en temps réel la qualité des eaux pluviales d’orage afin d’assurer
un traitement initial, un stockage et un traitement graduel adéquats jusqu’à ce que les
normes sur la qualité de l’eau soient respectées et permettent le rejet. Parmi les autres
pratiques innovatrices, on compte l’utilisation de toitures vertes constituées de plantes
vivantes ou de recouvrement perméable5
permettrant à la pluie et à l’eau de fonte de la neige de s’infiltrer sous la surface et dans
les jardins d’eau. Si les pratiques exemplaires de gestion peuvent être facilement repérées
dans les ouvrages scientifiques et sont bien comprises par le personnel professionnel des
organismes gouvernementaux, elles sont moins bien connues des responsables locaux,
des citoyens et des promoteurs qui prennent quotidiennement les décisions en matière
d’utilisation des terres. Les responsables locaux des secteurs privé et public pourraient
bénéficier d’un répertoire constitué d’une base de données régionale de ces pratiques
et d’un réseau d’échange de renseignements entre les collectivités du bassin. L’initiative
américaine en ce sens du groupe National Low Impact Development Clearing House illustre
de quelle manière les promoteurs et les décideurs des Grands Lacs pourraient profiter de
ce type de projet et dans quelle mesure l’initiative a un intérêt particulier pour le contexte
binational du bassin des Grands Lacs 6.
Les approches les plus innovatrices sont celles qui reconnaissent que le succès
de la gestion hydrologique ne se restreint pas à la simple gestion des eaux pluviales d’orage
7. Grâce à l’application
de notions de durabilité de l’environnement à la gestion de l’utilisation des terres, il est possible
de mieux comprendre et de mieux cerner les processus naturels d’une localité ainsi que ses
retombées et ses circonstances particulières. Par exemple, le même développement commercial
peut avoir des répercussions différentes sur la qualité de l’eau selon son emplacement dans le
bassin. Des activités quotidiennes bien précises, comme le moment et la fréquence du nettoyage
des rues, peuvent aussi influer la qualité de l’eau. Dans d’autres cas, de prétendues pratiques
exemplaires de gestion peuvent aggraver certains effets négatifs si elles ne sont pas mises en
œuvre de manière écologique 8.
La plupart des efforts locaux et régionaux de planification ne suffisent pas à établir adéquatement
le lien fondamental devant exister entre l’environnement naturel et l’environnement fabriqué,
et les précieuses ressources foncières et hydriques régionales se trouvent ainsi involontairement menacées.
Aux États-Unis et au Canada, le ruissellement urbain est géré et réglementé par une série de programmes
des autorités fédérales, des États et des provinces, qui sont mis en œuvre par les autorités locales. L’approche
générale de l’Environmental Protection Agency des États-Unis est d’aborder la prévention de la pollution dans le
contexte plus vaste de la planification du bassin hydrographique. La notion de plans d’aménagement des bassins
hydrographiques, par opposition aux plans d’agglomération des municipalités, des cantons ou des comtés limités
par des frontières géopolitiques, est relativement nouvelle. Aux États-Unis, plusieurs commissions de planification,
conseils gouvernementaux et comités de planification de comté et de canton de la région ont élaboré et adopté
des plans d’aménagement pour les bassins et sous-bassins hydrographiques. Nombre de ces plans prévoient la
planification et la mise en œuvre d’une coopération entre les unités locales de gouvernement voisines. Cette
coopération illustre qu’il est possible de traiter efficacement la gestion des eaux pluviales d’orage comme une
question politique nationale ou régionale, puis de la mettre en œuvre localement grâce à de la planification et à
des pratiques exemplaires de gestion9.
L’expérience de l’Ontario dans le domaine de la planification des bassins hydrographiques constitue l’une des
activités de planification des ressources hydriques les plus précoces de l’ensemble des administrations de l’Amérique
du Nord. En 1946, grâce à la Loi sur les offices de protection de la nature, l’Ontario a mis en place un réseau de ces
offices dans presque toute la province. En 1997, la province a de nouveau confirmé son engagement dans le domaine
à la suite d’un programme d’examen interministériel lancé en 1994 et conclu par un rapport final, An Evaluation of
Watershed Management in Ontario10.
Dans ce rapport, on concluait que le succès d’une planification intégrée des utilisations des terres et des eaux passait
par la planification des bassins hydrologiques dans leur ensemble. L’importance de la planification des bassins
hydrographiques a été renforcée en mai 2002 à la suite de la publication de la deuxième partie du Rapport de la
Commission d’enquête sur Walkerton 11.
de l’honorable juge Dennis O’Connor. Ce rapport favorisait la protection des sources d’eau potable et la prévention de la
pollution en se fondant sur la prémisse qu’une mauvaise qualité de l’eau à la source augmente les risques pour la santé une
fois au robinet. Afin de mettre en œuvre les recommandations de ce rapport, l’Ontario a proposé la création de 24 secteurs
de planification correspondant à des bassins hydrographiques en vue de mettre en œuvre des plans de protection des sources d’eau
12.
Dans le cadre de plusieurs initiatives stratégiques des États-Unis et du Canada, on a étudié les questions se rapportant à
l’utilisation des terres dans l’esprit du terme général « croissance intelligente »
13.
La croissance intelligente touche une panoplie de notions de politique et de gestion, notamment le fait d’adopter une vision à long
terme en vue d’assurer la durabilité du développement économique et communautaire tout en protégeant l’environnement naturel.
Des questions de politique urbaine de la plus grande importance concernant la qualité de l’eau, l’utilisation des terres, les transports
et les infrastructures sont aussi au centre de la question de la gestion de la croissance et de la protection des ressources hydriques
14. Les administrations du bassin qui élaborent des stratégies
de croissance intelligente et des pratiques exemplaires de gestion devraient mieux les faire connaître afin d’être en mesure d’établir
collectivement les bases d’une coopération et d’une coordination binationales futures entre les gouvernements locaux, fédéraux,
provinciaux et des États. Les progrès réalisés à l’avenir dans le cadre de l’Accord, en particulier en ce qui concerne l’utilisation des terres
urbaines, seront accentués par la participation des gouvernements locaux des villes des Grands Lacs qui ont élaboré les politiques et les
programmes décrits. Leur participation plus soutenue à l’élaboration de politiques et à la prise de décision mettra en valeur leur rôle
potentiel dans la réalisation de l’objectif plus général de l’Accord.
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