|
|
|
Tendances récentes et causes possibles
On comprend mal les tendances en ce qui concerne la qualité de l’eau et de l’écosystème du lac Érié depuis le début des années 90.
Les recherches récentes offrent un portrait confus de tendances tant positives et que négatives touchant la qualité de l’eau et de l’écosystème
(Tableau 5). Les importantes variations des observations scientifiques d’une année à l’autre empêchent d’identifier les relations de cause à effet
qui pourraient guider la gestion des ressources et la prise de décision stratégique. À titre d’exemple :
- Les concentrations printanières en phosphore ont commencé à augmenter, et les concentrations estivales d’oxygène dissous sont en baisse dans le bassin central du lac, cela même si rien ne prouve que les apports externes de phosphore sont en hausse.3 Les calculs récents semblent indiquer de faibles hausses du phosphore provenant de sources ponctuelles. Toutefois, comme on le signale dans le Dixième Rapport biennal de la Commission, il existe une certaine incertitude quant aux rejets de phosphore dans les affluents en raison des réductions imposées aux programmes de surveillance et des seuils de détection moins élevés du phosphore dans les rejets des stations de traitement des eaux usées.4
- La hausse du phosphore devrait stimuler la croissance du phytoplancton (minuscules organismes végétaux vivant en suspension dans l’eau), un élément clé de la chaîne alimentaire. Les concentrations restent toutefois généralement faibles dans les eaux du large. 5
- Les espèces envahissantes continuent d’entrer dans le lac Érié et de s’y établir, phénomène qui occasionne des pertes économiques et perturbe l’écosystème. Les scientifiques croient que la moule zébrée et la moule quagga ainsi que le gobie à taches noires (Fig. 6) provoquent d’importants changements dans l’écosystème du lac Érié, peut-être notamment la hausse des concentrations printanières de phosphore dans les eaux lacustres. Les espèces étrangères pourraient en fait être en train de modifier le fonctionnement naturel de l’écosystème puisque les changements dans la chaîne alimentaire et la hausse des concentrations de phosphore ont coïncidé avec l’apparition de la moule zébrée et de la moule quagga et l’explosion de leur population. On n’a pas déterminé s’il existe un lien entre ces événements ou s’il ne s’agit que de simples coïncidences.
- La population de dorés jaunes s’est rétablie de façon spectaculaire au cours des années 80 pour devenir l’espèce de poisson de pêche sportive la plus importante sur le plan financier en Amérique du Nord (Fig. 7). Toutefois, la population de dorés jaunes et d’autres populations de poissons (dont l’éperlan) ont chuté depuis les dernières années. Cette situation fait craindre aux pêcheurs sportifs et aux responsables du milieu de la gestion des pêches que les changements des concentrations en phosphore et de la chaîne alimentaire soient en cause.6 Là encore, l’origine de ces changements reste indéterminée.
- Dans certaines eaux près des côtes, particulièrement autour des îles de l’ouest du lac Érié, l’amélioration de la clarté de l’eau a entraîné une augmentation marquée des plantes aquatiques à racines.7 Ce phénomène a amélioré la diversité de l’habitat pour certains poissons, notamment l’achigan à petite bouche (Fig. 6). 8 Simultanément, les fleurs d’eau composées d’algues bleues (cyanobactéries) apparaissent périodiquement dans les eaux libres de l’ouest du lac Érié, formant une épaisse écume verte sur les eaux de surface. Plus près des côtes, des tapis de Cladophora, une macroalgue, poussent à une vitesse excessive sur les rochers et d’autres surfaces dures et sont emportés par le vent et les vagues pour aller mourir et pourrir sur les plages. (Fig. 7) 9 Ces conditions étaient présentes à l’époque où l’eutrophisation était à son pire vers la fin des années 60 et au début des années 70, mais les concentrations de phosphore dans l’ouest du lac Érié ne laissent pas croire qu’une eutrophisation a actuellement lieu. 10
- L’Hexagenia, une éphémère commune de grande taille, agit comme indicateurs importants de la qualité des eaux hautes et des sédiments. Cet insecte, autrefois abondant, passe sa phase immature (nymphe) dans le lac et émerge seulement brièvement une fois adulte pour servir de source de nourriture à de nombreux poissons. Cette espèce a disparu du lac Érié au cours des années 50, possiblement en raison de l’appauvrissement en oxygène, mais sa population s’est rétablie de façon spectaculaire dans le bassin ouest et près des côtes des bassins du centre et de l’est de ce lac depuis le début des années 90. Sa réapparition, après 40 ans, et parfois en masse d’adultes, peut être interprétée comme un indicateur du rétablissement de l’écosystème du lac Érié. (Fig. 6) 11
- L’organisme de fond prédominant des eaux plus profondes et froides du bassin de l’est du lac Érié est l’amphipode des eaux profondes, Diporeia, un petit organisme ressemblant à une crevette. En plus d’être une source de nourriture extrêmement importante pour les poissons, celui-ci s’avère également un indicateur de la bonne qualité de l’eau. Les populations de Diporeia ont dramatiquement chuté au cours de la fin des années 90 (Fig. 7), et cette espèce est maintenant pratiquement absente. 12 La population de grands corégones, autrefois le principal poisson pêché dans le lac Érié au cours du XIXe et du XXe siècles, mais qui, au cours des décennies subséquentes, n’a constitué qu’une faible proportion de la population de poissons, s’est rétablie dans le bassin de l’est au cours des années 90. L’une de ses principales sources d’alimentation est le Diporeia, mais à mesure que la population de cette espèce-proie décroissait, le court rétablissement de la population de grands corégones prenait fin dans le bassin de l’est. Toutefois, la population de grands corégones est encore à la hausse dans le bassin central ainsi que dans le bassin ouest pendant les mois plus froids de l’année. 13
- Des épisodes de mortalité rapide de poissons de fond et d’oiseaux piscivores provoqués par le botulisme sont signalés, principalement dans le bassin de l’est du lac Érié, ainsi que des épisodes plus faibles dans les bassins de l’ouest et du centre et dans les lacs Huron et Ontario. Pendant ces épisodes et au cours de la période qui s’ensuivit, des poissons en putréfaction et des carcasses d’oiseaux jonchaient les plages et les berges (Fig. 7). Les toxines de la bactérie Clostridium botulinum, plus particulièrement le botulisme de type E, trouvées dans des oiseaux piscivores des Grands Lacs, ont provoqué ces épisodes de mortalité massive. Le botulisme de type E est l’un des sept types de botulisme identifiés par les lettres de A à F qui se caractérisent par les neurotoxines qu’ils produisent. La dernière éclosion importante de botulisme de type E s’est produite dans le lac Michigan au cours des années 60. La neurotoxine est produite lorsqu’il y a absence d’oxygène combinée à une température et à des éléments nutritifs appropriés. On ne comprend pas quels sont les facteurs qui déclenchent la production de la neurotoxine chez la bactérie et qui entraînent la mortalité massive des poissons et des espèces sauvages. Les éclosions de botulisme de type E se sont produites en même temps que la hausse de la population de gobies à taches noires, une autre espèce envahissante. Les chercheurs tentent de trouver des indices de l’élément déclencheur de l’éclosion du botulisme dans le lac Érié ainsi que la source de la toxine et l’origine du transfert entre les poissons et d’autres organismes aquatiques, à la sauvagine et aux asticots dans les carcasses. 14
- Deux autres facteurs pourraient influer les modifications de l’écosystème du lac Érié ou y contribuer, et peut-être de la même manière ou de manière différente dans les autres Grands Lacs. Tant les brèves tempêtes que les changements climatiques à long terme pourraient influer sur la dynamique de l’écosystème. Comme il en a déjà été question dans les chapitres précédents, les changements dans l’utilisation des terres, c’est-à-dire l’imperméabilisation du rivage entraînée par la construction de bâtiments, de routes et de terrain de stationnement et le recul des terres humides peuvent aussi causer ces changements.
Tableau 5. Sommaire des récentes tendances de la qualité de l'écosystème du lac Érié
| Observations | Positive | Négative |
| Amélioration de la clarté de l'eau | + | |
| Rétablissement des populations de plantes aquatiques à racines | + | |
| Rétablissement de la population d'éphémères communes | + | |
| Rétablissement de la population de dorés jaunes | + | |
| Rétablissement de la population de grands corégones dans le bassin central | + | |
| Rétablissement de la population de grands corégones dans le bassin de l'est | | - |
| Augmentation de la concentration de phosphore dans la colonne d'eau | | - |
| Baisse de la population de phytoplancton dans les eaux du large | | - |
| Fleurs d'eau d'algues bleues | | - |
| Accumulations de Cladophora sur les berges | | - |
| Établissement d'espèces envahissantes | | - |
| Diminution de la population de Diporeia | | - |
| Mortalité massive de poissons et d'espèces sauvages causée par le botulisme | | - |
Figure 6 ( cliquer sur la figure pour la faire agrandir )
Figure 7 ( cliquer sur la figure pour la faire agrandir )
|
|
|
|