Accueil  |   Table des matières  |   Sommaire  |   Introduction  |   Intégrité physique  |   Intégrité biologique  |   Intégrité chimique  |   Intégrité de l'écosystème  |   Notes  |   Glossaire  |   Signatures  |   Bibliographie  |   English

Intégrité biologique

Introduction

Espèces exotiques envahissantes : composer avec l'incertitude de la pollution d'origine biologique dans les Grands Lacs

Définir une approche régionale : les améliorations possibles

Mettre en œuvre une norme de protection biologique pour les Grands Lacs

Exiger l'homologation de la technologie pour établir la norme

Exiger l'amélioration des pratiques de gestion sur l'absence d'eaux de ballast à bord

Promouvoir une coopération régionale continue

Élaborer des mesures assurant la conformité

Requérir l'assistance de la Commission mixte internationale

Recommandations

Contamination microbienne

Origines des agents pathogènes

Détecter les agents pathogènes et évaluer les risques

Faiblesses de la détection des agents pathogènes

Nouveaux agents pathogènes

Tragédie de Walkerton : Leçon pour les Grands Lacs?

Croissance de la population et modernisation des infrastructures hydrauliques

Conclusions

Recommandation

Figures

 

Organismes pathogènes

Origines des agents pathogènes

La Figure 2 (utilisée avec la permission de M. Barry Rosen) montre les provenances possibles des agents pathogènes présents dans les matières fécales humaines et animales qui aboutissent dans les plans d’eau, comme les Grands Lacs, et dans l’eau potable, par différentes sources, comme les déchets des animaux domestiques dans les parcs urbains, les déchets humains et animaux provenant de l’épandage de boues, les piles de stockage de fumier et les fuites dans les fosses septiques. Quand plusieurs collectivités voisines utilisent des cours d’eau, comme c’est le cas pour une bonne partie des régions canadiennes et américaines des Grands Lacs, les débordements d’eaux usées peuvent entraîner des risques de concentrations élevées de pollution microbienne pour les collectivités en aval. 18

Figure 2. Accès potentiels des agents pathogènes d’origine hydrique ( cliquer sur la figure pour la faire agrandir )

Figure 2

Plusieurs facteurs pouvant entraîner une contamination microbienne et avoir un effet sur la qualité de l’eau et la santé humaine sont énumérés au Tableau 1.

Tableau 1. Facteurs associés au risque d’apparition de nouveaux agents pathogènes et répercussions sur la qualité de l’eau et sur la santé dans le bassin des Grands Lacs
( cliquer sur le tableau pour le faire agrandir )

Table 1
(Adaptation du rapport Priorités 2001-2003 de la CMI)19

Dans nombre de villes plus vieilles, les systèmes de collecte ont été conçus pour transporter les eaux usées et le ruissellement des eaux pluviales d’orage. Pendant les orages forts, l’eau affluant dans ces systèmes menace de surcharger le traitement. Les déversoirs d’orage permettent à ce mélange d’eaux de ruissellement et d’eaux usées de contourner les stations de traitement, ce qui protège ainsi les installations, mais dirige le mélange d’eaux de ruissellement et d’eaux usées brutes et non traitées dans les lacs et les cours d’eau. 20 L’Environmental Protection Agency des États-Unis estime que des billions de litres d’eaux usées d’origine humaine non traitées sont rejetés par les déversoirs d’orage après des épisodes de pluie forte chaque année. 21 En 2001, les municipalités ont rejeté 196,6 milliards de litres (52 milliards de gallons) d’eaux usées et d’eaux partiellement traitées dans les eaux du lac Michigan seulement. 22

Les agents pathogènes entrent dans l’écosystème des Grands Lacs par le ruissellement de surface et l’érosion s’écoulant des piles de stockage de fumier, de l’épandage de boues ou des débordements et des rejets provenant des parcs d’attente, des bassins de retenue et des lagunes de stockage, dont l’eau peut passer dans le sol et les eaux souterraines par lessivage. Les agriculteurs épandent des boues d’épuration traitées provenant de stations de traitement d’eau potable et de stations de traitement des eaux usées sur leurs terres cultivables afin d’ajouter des éléments nutritifs au sol et de réduire les quantités nécessaires de fertilisants plus coûteux. Ces eaux usées sanitaires traitées contiennent des microbes et d’autres polluants qui contaminent les eaux souterraines et les eaux de surface dans les conditions ambiantes. Les fermes industrielles actuelles, connues aux États-Unis sous le nom de « Concentrated Animal Feeding Operations (CAFO) », ou exploitations intensives d’engraissement du bétail, constituent une source potentielle importante d’agents pathogènes d’origine microbienne dans les eaux de surface et l’eau potable. Les agriculteurs de ces types d’installation utilisent l’épandage de grands volumes de déchets d’origine animale sur leurs terres comme méthode d’élimination des déchets. Il s’agit d’un changement remarquable en comparaison avec les méthodes de gestion passées, dans le cadre desquelles on épandait moins de déchets animaux sur les cultures. Dans certaines conditions, cet épandage favorise le transport et la croissance d’agents pathogènes (Figure 3).

Figure 3. Facteurs influençant la viabilité le long des voies de transport ( cliquer sur la figure pour la faire agrandir )

Figure 3

Les petites fermes d’élevage épandent le fumier de leurs animaux sur leurs cultures afin de les fertiliser. Les fermes d’élevage plus importantes, qui rassemblent des milliers de vaches, de porcs, de poulets ou d’autres animaux dans un espace restreint, ont en général moins d’espace en proportion de la quantité de déchets qu’elles produisent. Les éleveurs d’animaux de ferme de l’Ontario qui sont ou qui seront assujettis à la Loi sur la gestion des éléments nutritifs 2002 doivent respecter des exigences strictes relatives à l’épandage des éléments nutritifs sur une assise territoriale adéquate. Les méthodes actuelles de gestion des grands volumes de déchets animaux ne semblent pas suffisantes puisque nombre de rapports établissent des liens entre les rejets et le ruissellement contaminés des exploitations intensives d’engraissement du bétail à grande échelle et la dégradation de plans d’eau aux États-Unis et l’apparition de maladies au Canada. 24 Des conditions et des inquiétudes semblables ont été signalées au Canada. 25 Afin de mieux comprendre la source, l’étendue et le type de la contamination microbienne, ainsi que ses répercussions, il faut rassembler des données sur le nombre de fermes et leur type, y compris les exploitations intensives d’engraissement du bétail.

En février 2003, l’Environmental Protection Agency des États-Unis a publié de nouvelles directives sur la qualité de l’eau pour les exploitations intensives d’engraissement du bétail (National Pollutant Discharge Elimination System Permit Regulation and Effluent Limitation Guidelines and Standards for Concentrated Animal Feeding Operations (CAFO): Final Rule). 26 Conformément à la règle finale, ces installations doivent élaborer et mettre en œuvre leurs propres plans complets de gestion des éléments nutritifs visant à protéger l’environnement et la santé publique. On y établit des directives et des normes sur la limitation des effluents en ce qui a trait aux éléments nutritifs, mais aucune directive sur le rejet de contaminants microbiens.

En juin 2002, l’Ontario a, de manière analogue, adopté la Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs (projet de loi 81). 27 Les projets de règlements pris conformément à cette loi exigeraient que les installations qui produisent des éléments nutritifs (y compris les stations de traitement des eaux usées et les usines de pâtes et papiers) ou qui en épandent (y compris l’épandage de fertilisants commerciaux aux terres agricoles) doivent élaborer des stratégies de gestion des éléments nutritifs. En juin 2003, l’Ontario a modifié les règlements de manière à ce qu’ils s’appliquent aussi aux nouvelles grandes exploitations d’élevage ainsi qu’à celles qui sont en croissance. Les règlements s’appliqueront aux grandes exploitations d’élevage existantes en 2005, mais ils ne comprennent pas de contrôles de la contamination microbienne provenant des déchets animaux.

Le Plan agro-environnemental de l’Ontario, un programme mené par les exploitants agricoles et créé par la Ontario Farm Environmental Coalition, est devenu le modèle d’une initiative nationale qui sera mise en œuvre au cours des prochaines années. Plus de 26 000 fermes ont participé à ce programme, financé par les gouvernements fédéral et provincial, qui a pour but de réduire les risques environnementaux sur les fermes de l’Ontario. Il faudrait encourager de telles initiatives.

Le Government Accounting Office des États-Unis a produit, en 2003, un rapport sur le programme de réglementation de l’Environmental Protection Agency encadrant les exploitations d’engraissement du bétail en vue de déterminer à quels enjeux les États et l’Environmental Protection Agency pourraient être confrontés au moment de mettre en œuvre les modifications au programme. 28 Le Government Accounting Office a établi qu’en raison de la hausse marquée du nombre d’exploitations d’engraissement du bétail soumis à la réglementation, les États devront redoubler d’efforts en vue d’identifier les exploitations, de leur accorder des permis, de les inspecter ainsi que de prendre les mesures nécessaires contre celles qui ne respectent pas la réglementation. Le Government Accounting Office a tiré les deux conclusions que voici : d’abord, l’Environmental Protection Agency devra surveiller de plus près les programmes des États afin d’assurer que les nouvelles exigences sont respectées, et ensuite, ni les États ni l’ l’Environmental Protection Agency n’ont encore établi la marche à suivre.

 

Fermeture des plages de la rive ouest du lac Huron

En 2003, un microbiologiste de la Huron County Health Unit a analysé les données sur la qualité de l’eau des plages sur une période de dix ans et a découvert qu’il existait un secteur de 40 kilomètres, au sud de Walkerton, qui avait régulièrement présenté des niveaux élevés de pollution bactérienne. À la suite de cette découverte, le programme de prélèvement d’échantillons d’eau des plages a été amélioré, les ressources ont été adaptées et le processus de diffusion a été modifié. Les petits cours d’eau, nombreux dans le secteur, présentent des niveaux de E. coli supérieurs aux directives provinciales sur la qualité de l’eau. Une analyse de laboratoire effectuée pour les propriétaires locaux montre que la E. coli provient d’eaux usées animales et de sources non humaines. Les contaminants sont concentrés sur le littoral, qui est aussi l’habitat critique pour nombre d’organismes aquatiques.23 Un projet actuel de l’Ontario a pour but de définir si les agents pathogènes communs des animaux de ferme, des fosses sceptiques et des espèces sauvages nuisent à la qualité de l’eau dans cette région.