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Intégrité biologique

Introduction

Espèces exotiques envahissantes : composer avec l'incertitude de la pollution d'origine biologique dans les Grands Lacs

Définir une approche régionale : les améliorations possibles

Mettre en œuvre une norme de protection biologique pour les Grands Lacs

Exiger l'homologation de la technologie pour établir la norme

Exiger l'amélioration des pratiques de gestion sur l'absence d'eaux de ballast à bord

Promouvoir une coopération régionale continue

Élaborer des mesures assurant la conformité

Requérir l'assistance de la Commission mixte internationale

Recommandations

Contamination microbienne

Origines des agents pathogènes

Détecter les agents pathogènes et évaluer les risques

Faiblesses de la détection des agents pathogènes

Nouveaux agents pathogènes

Tragédie de Walkerton : Leçon pour les Grands Lacs?

Croissance de la population et modernisation des infrastructures hydrauliques

Conclusions

Recommandation

Figures

 

Espèces exotiques envahissantes

Espèces exotiques envahissantes : composer avec l'incertitude de la pollution d'origine biologique dans les Grands Lacs

L’écosystème des Grands Lacs est un environnement incertain et fragile exposé à la pollution biologique par des espèces étrangères et exotiques qui continuent d’entrer dans les lacs par les eaux de ballast des navires de haute mer internationaux ainsi que par d’autres moyens. Depuis la publication du Onzième Rapport biennal sur la qualité de l’eau des Grands Lacs de la Commission mixte internationale en septembre 2001, on a discuté en détail de mesures possibles pour composer avec les coûts écologiques et économiques entraînés par la présence des espèces aquatiques exotiques envahissantes, et des progrès ont été accomplis. 1 Parmi ces progrès, on compte les suivants :

  • Aux États-Unis, la National Aquatic Invasive Species Act (loi nationale sur les espèces aquatiques envahissantes) réhabilitant la National Invasive Species Act de 1996 (loi nationale sur les espèces envahissantes) a été présentée au Congrès, mais elle n’a pas encore adoptée.


  • Au Canada, des règlements sur les pratiques obligatoires de gestion des eaux de ballast ont été rédigés mais n’ont pas été adoptés.


  • Les États frontaliers des Grands Lacs, l’Ontario et de nombreuses localités ont imposé des interdictions contre la vente et le transport de la carpe asiatique et du poisson-serpent vivants.


  • On devrait terminer en septembre 2004 la conception et la construction d’une deuxième barrière électrique dans le Chicago Sanitary and Ship Canal (canal sanitaire et navigable de Chicago) afin de prévenir la migration d’espèces envahissantes entre les Grands Lacs et les bassins de drainage du Mississippi, et ce, avant que la barrière électrique actuelle atteigne la fin de sa durée de vie prévue, en 2005. Cette mesure assurera qu’une barrière restera en place afin de protéger les Grands Lacs contre des espèces comme la carpe asiatique. Il faut toutefois trouver une solution au manque de financement afin de parvenir à réaliser ce projet comme il avait été conçu au départ.


  • Le Groupe de travail sur les espèces aquatiques envahissantes du Conseil canadien des ministres des Pêches et de l'Aquaculture (CCMPA) a préparé un plan d’action national qui sera présenté aux ministres en septembre 2004 et pour lequel un plan de mise en œuvre sera déposé en septembre 2005. Les travaux de ce groupe de travail fédéral, provincial et territorial sont un élément clé d’une stratégie nationale visant à trouver des solutions au problème des espèces exotiques terrestres et aquatiques envahissantes au Canada.


  • Les installations d’analyse des eaux de ballast mises en place en Floride contribue au programme d’Environmental Technology Verification (programme de vérification des technologies environnementales) de l’Environmental Protection Agency des États-Unis en vue d’élaborer des protocoles visant à vérifier l’efficacité des nouvelles technologies de traitement des eaux de ballast.


  • Aux États-Unis, la garde côtière américaine, l’Environmental Protection Agency, la National Oceanic and Atmospheric Administration et le Fish and Wildlife Service ont récemment tenu des audiences publiques en vue d’évaluer les répercussions environnementales de différentes propositions de réglementation en matière d’eaux de ballast. La garde côtière américaine a créé un programme d’évaluation des technologies des navires pour les systèmes expérimentaux de traitement des eaux de ballast.


  • L’État du Michigan met actuellement en œuvre les modifications à sa législation régissant les eaux de ballast, plus précisément l’article 3103a de la Natural Resources and Environmental Protection Act. 2 Le Department of Environmental Quality du Michigan conserve maintenant une liste des navires de haute mer qu’il considère conformes aux codes de gestion des eaux de ballast. Depuis mars 2002, tout propriétaire ou exploitant absent de cette liste, ou toute personne de l’État chargée de transporter une cargaison par l’intermédiaire d’un exploitant de navires absent de la liste, ne peut obtenir de nouveaux prêts, subventions ou contributions gérés par ce département.


  • L’Organisation maritime internationale a adopté la Convention internationale sur le contrôle et la gestion des eaux de ballast et sédiments des navires en février 2004. Cet organisme des Nations Unies, chargé de la protection et de la sécurité de la navigation ainsi que de la prévention de la pollution maritime entraînée par les navires, sera complimenté pour le succès de la négociation d’une convention sur les eaux de ballast. Cette nouvelle convention exige que tous les navires mettent en œuvre un plan de gestion des eaux de ballast et des sédiments, qu’ils possèdent et remplissent un registre de gestion des eaux de ballast et qu’ils entreprennent des procédures de gestion des eaux de ballast conformes à des normes précises. La Convention comprend aussi des dispositions notables qui permettent aux États membres d’adopter des normes plus strictes, elle impose un délai à tous les navires afin qu’ils mettent en œuvre des normes sur l’échange des eaux de ballast et elle prévoit qu’aucun navire ne sera exempté indéfiniment de se conformer à ces normes. De plus, la Convention prévoit des mesures incitatives pour les chargeurs afin qu’ils mettent à l’essai et qu’ils évaluent des technologies prometteuses de traitement des eaux de ballast. La Convention n’a pas encore été ratifiée par les trente États membres qui constituent le nombre minimum requis et qui, ensemble, transportent 35 % du tonnage mondial.

Si ces initiatives sont encourageantes et devraient s’avérer avantageuses avec le temps, elles n’ont pas mis un frein à l’entrée de nouvelles espèces envahissantes dans les Grands Lacs. En 2001, les scientifiques estimaient que 162 espèces envahissantes étaient entrées dans les lacs par différents accès. Aujourd’hui, certains scientifiques ont haussé leur estimation à plus de 170 espèces étrangères de poissons, d’invertébrés, de plantes, d’algues, de protozoaires et de parasites, et ils prévoient qu’on découvrira une nouvelle espèce étrangère dans les lacs tous les huit mois. 3 Les normes de l’Organisation maritime internationale en matière de rejet d’eaux de ballast entreront en vigueur douze mois après la ratification de trente États membres, transportant 35 % du tonnage maritime mondial. Même selon les meilleures prévisions, il pourrait s’écouler cinq à huit ans avant que les dispositions de la Convention soient entièrement en vigueur. Étant donné le rythme actuel d’introduction, les Grands Lacs pourraient compter de huit à douze espèces étrangères supplémentaires pendant cette période. L’une ou l’autre de ces espèces pourrait s’avérer aussi destructrice sur les plans écologiques et économiques que celles déjà dans le système, et même plus.

Un plan régional binational est essentiel si nous espérons mettre un frein à cette invasion avant la ratification et la mise en œuvre de la Convention. Un nombre limité de points d’entrée vers les Grands Lacs doivent être contrôlés pour stopper les espèces aquatiques envahissantes. Par exemple, les navires de haute mer accèdent aux lacs par un seul point d’accès, la voie maritime du Saint-Laurent, partagée entre le Canada et les États-Unis. Le nombre et la classe des navires étrangers qui mouillent dans les eaux des lacs, ainsi que leur cargaison, sont bien documentés, tout en étant beaucoup plus faciles à gérer que dans l’ensemble du secteur du transport maritime international. Les dispositions de la Convention de l’Organisation maritime internationale reconnaissent la nécessité d’une coopération régionale en prévoyant qu’une partie peut, individuellement ou en collaboration avec d’autres parties, imposer des mesures supplémentaires afin de prévenir, de réduire ou d’éliminer le transfert d’organismes aquatiques et d’agents pathogènes nocifs par les eaux de ballast et les sédiments des navires.

La Commission encourage fortement le Canada et les États-Unis à élaborer une approche régionale pour les Grands Lacs et elle est confiante qu’ils y parviendront. Cette approche devrait permettre de respecter ou dépasser les normes de l’Organisation maritime internationale, de resserrer les exigences s’appliquant aux navires transportant des eaux de ballast et des sédiments résiduels et d’enclencher un processus accéléré d’élaboration de réglementation.

L’introduction de nouvelles espèces exotiques pourrait entraîner des coûts économiques annuels de l’ordre de centaines de millions de dollars ainsi que des dommages écologiques dans les Grands Lacs ayant des conséquences sur les deux pays. 4 Les gouvernements n’ont pas les moyens de jouer avec l’avenir de cette ressource naturelle extraordinaire. Jusqu’à ce que des mesures de prévention efficaces soient prises et appliquées de façon stricte, la durabilité écologique des lacs reste menacée.

 

Garder le fort

La Commission continue de manifester son inquiétude au sujet de l’entrée d’autres importants envahisseurs des Grands Lacs par d’autres accès que les eaux de ballast. Par exemple, la Commission est préoccupée par la menace que pose la carpe asiatique entrant dans les Grands Lacs par le Chicago Sanitary and Ship Canal. Les gouvernements fédéraux devraient assurer le maintien du financement et de l’autorité permettant l’utilisation et l’entretien de la barrière électrique contre cette espèce. En plus des efforts gouvernementaux, on devrait considérer des solutions et des occasions commerciales visant à réduire les risques associés à la carpe asiatique.

Les médias ont récemment accordé beaucoup d’attention aux problèmes associés au poisson-serpent dans le Maryland ainsi que, plus récemment, aux inquiétudes relatives aux organismes génétiquement modifiés, comme le GloFish™ (un poisson zèbre auquel on a ajouté un gène afin de le rendre fluorescent). La Commission continue de soutenir les organismes fédéraux, provinciaux et des États, ainsi que de collaborer avec eux, en vue de sensibiliser le grand public et de décourager les activités humaines contribuant au problème des espèces envahissantes dans les Grands Lacs, notamment le fait de relâcher intentionnellement ou accidentellement des poissons-appâts, des poissons d’aquarium et des poissons vivants destinés à la consommation humaine.