11e Rapport biennal -- Qualité de l'eau des grands lacs


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Les Grands Lacs : Une merveille naturelle à restaurer

Bien peu de ressources naturelles du monde peuvent être comparées aux Grands Lacs. Constituant une véritable merveille, ces vastes plans d’eau représentent la vie pour des millions de gens. Ils s’avèrent également des leviers économiques très importants, autant au Canada qu’aux États-Unis. Afin de protéger et de favoriser la restauration de ce joyau incomparable, les gouvernements fédéraux des deux pays ont signé l’Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs en 1972. Très vaste, avant-gardiste, l’Accord représente un exemple pour le reste du monde, car il démontre comment deux pays peuvent s’engager en vue de revitaliser leurs eaux communes. Même si d’importants progrès ont été réalisés depuis la publication de notre dernier rapport biennal (2000), nous devons encore une fois insister sur le fait que la portée de l’Accord n’a pas trouvé d’écho dans les actions des gouvernements ou les progrès enregistrés au cours des deux dernières années.

L’Accord a pour objectif la restauration de l’intégrité chimique, physique et biologique des eaux du bassin des Grands Lacs. Cette triple intégrité court toujours des risques. La pollution contamine les tissus des poissons, menaçant ainsi la santé des humains qui en consomment. Les habitats naturels du bassin sont régulièrement mis à sac ou ravagés par la pollution et la biodiversité du réseau des Grands Lacs est menacée. La Commission exige des gouvernements qu’ils adoptent une approche équilibrée, mais plus agressive, afin de compléter la restauration de ces précieuses ressources que constituent les Grands Lacs.

Dans le présent rapport, la Commission traite surtout des actions nécessaires à la restauration de l’intégrité chimique et biologique des Grands Lacs – revitali- sation des sédiments contaminés et mesures pour empêcher l’introduction d’espèces étrangères envahissantes – ainsi que des méthodes à employer pour mesurer les progrès accomplis. Dans le prochain – le 12e Rapport biennal – la Commission se penchera sur la question de la restauration de leur intégrité physique. Elle y traitera, entre autres choses, des défis posés par l’utilisation intensive des terres, des effets du dragage, de la perte de zones humides et du changement climatique.

Nos connaissances quant aux effets des substances toxiques rémanentes sur la santé des écosystèmes et sur celle des humains qui y vivent se sont beaucoup étoffées ces dernières années. Les preuves s’accumulent, qui tendent à démontrer que les substances toxiques présentes dans le bassin des Grands Lacs nous affectent tout autant que nos enfants. Des études reposant sur une base scientifique solide établissent en effet un lien entre les toxines présentes dans l’écosystème et certaines déficiences intellectuelles ou reproductrices, et ce, aussi bien chez les adultes que chez les foetus. À plusieurs reprises, la Commission a attiré l’attention des gouvernements sur les liens qui existent entre la santé de l’écosystème, celle des humains qui y vivent et le degré de pollution des Grands Lacs. Dans ce 11e Rapport biennal, la Commission accor- dera une importance particulière à ces liens. Les États-Unis et le Canada doivent se donner les moyens de mesurer et de contrôler toutes les sources de substances toxiques, y compris les sources atmosphériques, les nappes phréati- ques contaminées et les écoulements urbains. Nous tenons à ce que cesse la circulation des contaminants entre les sédiments, les poissons et les humains, et que cessent les atteintes à la santé de l’écosystème.

Ce rapport se penche également sur les dégâts causés, dans le bassin des Grands Lacs, par les espèces exotiques envahissantes. Ces dernières, comme la moule zébrée, arrivent principalement dans les Grands Lacs par le biais de l’eau de ballast des navires. La prolifération de ces espèces a déjà causé des dommages substantiels et entraîné des déboursés importants dans certaines parties des Lacs. Bien que des améliorations aient été apportées aux systèmes de contrôle, les introductions involontaires, comme le cas de la carpe asiatique, constituent toujours une menace très réelle. À ce sujet, la Commission constate que les programmes et les règlements actuellement en vigueur ne peuvent empêcher les torts irréversibles causés par ces envahisseurs.

Les bénéfices économiques et environnementaux que rapporteraient les investissements consacrés à la restauration et à la conservation les Grands Lacs sont importants. Les gouvernements, tout comme les citoyens, se doivent d’évaluer ces bénéfices et se mettre immédiatement au travail. Le caractère auguste des Grands Lacs devrait inspirer respect et reconnaissance, comme au temps où les premiers explorateurs s’émerveillaient devant ces « mers d’eau douce ».

 

À Montréal, en octobre 2001, au cours du plus récent Forum public de la CMI portant sur la qualité de l’eau des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent, les Parties ont dévoilé les mesures qu’elles entendaient prendre pour préserver les infrastructures assurant le traitement et la distribution de l’eau potable dans les Grands Lacs. Les événements du 11 septembre 2001 ont poussé les gouvernements à se concentrer davantage sur la protection des réserves d’eau potable contre d’éventuelles attaques terroristes. Bien que la Commission estime que cette nouvelle responsabilité échoit surtout aux gouvernements, elle entend tout de même les aider dans les limites de son mandat. Les ententes binationales qui se sont tissées entre le Canada et les États-Unis depuis la signature du Traité relatif aux eaux limitrophes et de l'Accord sur la qualité de l’eau des Grands Lacs sont des modèles de coopération internationale qui pourraient servir d’exemple dans le contexte d’arrangements en vue de la sécurité des deux pays.