11e Rapport biennal -- Qualité de l'eau des grands lacs


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Autres questions importantes

Introduction

Section 1: Objectifs spécifiques (annexe 1)

Section 2: Participation du public et partage de l’expérience dans les secteurs préoccupants (annexe 2)

Section 3: Phosphore (annexe 3)

Section 4: Dragage (annexe 7)

Section 5: Rejets à partir d’équipements dans l’eau et à terre, y compris l’équipement de forage au large et de forage directionnel (annexe 8)

Section 6: Substances polluantes dangereuses (annexe 10)

Section 7: Substances toxiques persistantes (annexe 12)

Section 8: Substances toxiques aéroportées (annexe 15)

Section 9: Pollution causée par les eaux souterraines contaminées (annexe 16)

Section 10: Recherche-développement (annexe 17)

Section 11: Programme binational du lac Supérieur

Section 12: Énergie nucléaire

Section 13: Substances chimiques non contrôlées

Section 14: Utilisation de l’eau dans le bassin des Grands Lacs et annexe de 2001

 

Section 3 - Phosphore (annexe 3)

Observation

Les calculs semblent indiquer que les limites fixées quant aux apports extérieurs de phosphore sont généralement respectées et que les sources connues de phosphore ne sont pas la cause de l’augmentation des concentra- tions de phosphore dans le lac Érié au cours des années 1990. Malgré tout, ces concentrations dépassent les limites, ce qui indique que le lac subit une eutrophisation (apport excessif de substances nutritives). Les Parties doivent mener davantage d’activités de recherche fondamentale, de surveillance et d’échange d’information si elles veulent atteindre l’objectif binational de gestion du phosphore énoncé dans l’annexe 3 pour le lac Érié. Comme les journaux l’ont annoncé récemment, la « zone morte » découverte dans le lac intrigue les scientifiques, qui n’en connaissent pas encore la cause.

Analyse

Il y a vingt-cinq ans, de nombreuses études scientifiques menées sous les auspices du Groupe de consultation sur la pollution due à l’utilisation des terres de la Commission ont incité les Parties à mettre en oeuvre des programmes et des politiques visant l’élimination du phosphore dans tous les lacs grâce à diverses mesures de contrôle des sources de pollution ponctuelle et diffuse. Ce maillage de connaissances scientifiques et de politiques a donné lieu à des programmes de réduction des rejets de phosphore dans les Grands Lacs en fonction des objectifs fixés dans l’annexe 3. La mesure des concentrations de phosphore dans la zone de pleine eau permet d’évaluer si la charge cible a été atteinte dans chaque lac. En ce qui concerne les lacs Supérieur, Huron, Michigan et Ontario, les concentrations mesurées révèlent que les progrès ont été constants1. Dans le cas du lac Érié, cependant, les concentra- tions de phosphore dans la zone de pleine eau dépassent souvent la norme, ce qui indique que du phosphore est rejeté dans le lac par des sources ou des processus encore mal connus.

De l’information de meilleure qualité issue de programmes de surveillance adéquats permettant de déterminer les sources et les charges de phosphore dans le lac pourrait conduire à l’amélioration des décisions stratégiques. Comme il semble que les progrès technologiques et la modernisation des infrastructures réduisent l’importance des rejets d’eaux usées municipales, la réduction des activités de surveillance de la qualité de l’eau dans ce secteur est souvent perçue comme étant justifiée. Or, il y aurait peut-être lieu d’accroître la surveillance des sources de pollution ponctuelle et des affluents, compte tenu des énormes changements qui sont survenus dans le bassin au cours des 25 dernières années, surtout par suite de l’urbanisation et de l’augmentation de l’étendue des surfaces imperméables et d’autres pratiques qui tendent à rendre les terres imperméables à l’eau2. L’impact des grandes sources de pollution ponctuelle, telle l’usine de traitement des eaux usées de Detroit, est difficile à évaluer parce qu’on ne dispose pas de données facilement accessibles sur les charges de phosphore pour effectuer une interprétation indépendante ou binationale. Bien que les sources municipales ne soient peut-être pas celles qui contribuent le plus aux apports de phosphore total dans le lac, leur impact peut être majeur puisque le phosphore rejeté se présente sous une forme qui est plus facilement assimilable par les organismes vivants que la forme prédominante qui est transportée vers les lacs à partir de sources de pollution diffuse.

Les affluents sont des sources importantes de phosphore total dans le lac; mais comme certaines formes de phosphore ne sont pas facilement biodisponibles, il faut recueillir des données fiables pour être en mesure de distinguer les espèces de phosphore et de déterminer leur contribution relative à la hausse des concentrations dans la zone de pleine eau. Les activités de surveillance du phosphore menées actuellement dans les effluents ne permettent pas d’estimer ces charges. En effet, dans certains cours d’eau, on ne prélève des échantillons qu’une fois par mois et dans d’autres, on ne l’a pas fait régulièrement depuis 2000. Le nombre de cours d’eau sans surveillance augmente, ce qui rend encore plus incertaine la détermination des principales sources de phosphore dans le lac.

Dans les principaux affluents du lac Érié, comme la rivière Maumee, on a constaté des baisses marquées des rejets de sédiments en suspension et des charges de phosphore par suite de l’amélioration des pratiques agricoles3. Mais ces affluents demeurent des sources très importantes de phosphore, les charges variant d’année en année selon la fréquence et la gravité des inondations. Par exemple, le phosphore stocké dans les sédiments des affluents peut s’accumuler durant les années de faible ou moyenne pluviosité et constituer une charge substantielle pour le lac au cours d’un seul épisode de crue. Des phénomènes de ce genre pourraient se produire couramment dans les Grands Lacs à la suite du changement climatique et poseront un défi de gestion additionnel dans l’atteinte des charges cibles. La CMI est en train d’évaluer les impacts potentiels du changement climatique au moyen de différents modèles de prévision; elle fera rapport à ce sujet au cours des prochaines années et dans son douzième rapport biennal.

Du point de vue scientifique, le cycle du phosphore est bien compris, mais on ne dispose pas de données détaillées pour évaluer les options en matière de gestion efficace du phosphore dans le lac Érié4 . En raison du niveau d’incertitude, il ne faut pas présumer que les connaissances scientifiques basées sur des données recueillies dans le passé peuvent servir de fondement à la prise de décisions futures. Il faut investir à nouveau dans la recherche fondamentale, la surveillance et l’échange d’information pour le lac Érié. Ces investissements doivent porter sur l’amélioration de la surveillance à long terme des affluents et des sources de pollution ponctuelle et diffuse, le calcul du taux de transfert de substances nutritives entre bassins et l’élaboration de meilleurs outils de prévision.