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Le vidange des ballasts : un problème complexe

Selon les données de la garde côtière américaine, les navires qui ne sont pas équipés de ballasts, ou qui déclarent leurs ballasts vides, représentent environ 70 pour cent du trafic maritime accédant aux Grands Lacs par le fleuve Saint-Laurent 74 pour cent en 1999; 72,1 pour cent en 2000; 68,5 pour cent en 2001. Ces navires sont chargés de marchandises et nont pas besoin dêtre autrement lestés. Leurs ballasts ou leur cale ne contiennent donc que peu deau de lest résiduelle non traitée généralement moins de 3 pour cent. Ces petites quantités ne devraient toutefois pas être négligées, car elles peuvent abriter des espèces exotiques envahissantes. Deux études, lune menée par Transport Canada, lautre présen- tée lors de la 11e Conférence internationale sur les espèces exotiques envahissan- tes (2002), rapportaient avoir trouvé des espèces vivantes dans presque tous les navires déclarant ne pas avoir deau de lest à bord13 . Cette conclusion illustre bien que les dispositions réglementaires actuelles comportent des failles.

Itinéraire dun transporteur dacier délesté
La flèche jaune indique la route dun navire délesté se dirigeant vers lintérieur du continent, avec les points où le navire décharge lacier et remplit ses ballasts deau des Grands Lacs (pour la stabilité). La flèche bleue indique la dernière partie du voyage dans les Grands Lacs. Le bateau est maintenant vide de cargai- son et entièrement lesté deau des Grands Lacs. Le chargement deau de lest dans les Grands Lacs daval crée de bonnes conditions qui permettent aux oeufs et aux kystes despèces envahissantes de demeurer et déclore dans leau résiduelle et les sédiments qui restent au fond des ballasts.
- Table: Navires délestés dans les Grands Lacs
Les Grands Lacs reçoivent leau de lest déchargée par les navires qui transitent dans le réseau. Les navires à pleine charge qui ne transportent que de leau de lest résiduelle (délestés) déchargent leur cargaison et remplissent leurs ballasts deau de lest pour assurer leur stabilité et leur assiette. Quand ils embarquent une nouvelle cargaison, ils déchargent de leau de lest pour assurer leur stabilité. Le lac Supérieur constitue de plus en plus le premier endroit où les navires qui traversent le réseau déchargent leur eau de lest.
En plus des dispositions réglementaires américaines qui obligent les navires se dirigeant vers les Grands Lacs à vidanger leurs ballasts en haute mer, le Canada et les États-Unis ont également adopté des directives volontaires qui visent à réduire le transport despèces exotiques nuisibles et de pathogènes contenus dans leau de ballast14 . Ces directives suggèrent aux navires quelques pratiques prudentes, comme celle déviter de remplir leurs ballasts près des sorties dégouts municipaux, dans les zones dinfestation connues, près des opérations de dragage et là où le remblai marémoteur est faible. Les directives recommandent également déviter les eaux peu profondes, les zones à forte turbidité et les échanges de nuit, lorsque les animaux des profondeurs remon- tent et risquent de se retrouver dans la colonne deau. Elles donnent aussi des conseils sur le nettoyage réguliers des ballasts, la rétention de leau de ballast à risque et, lorsque les installations le permettent, la vidange dans les bassins sécuritaires prévus à cette fin. Elles traitent enfin du nettoyage des ancres et de la crasse se déposant sur la coque, recommandent la tenue dun livre de bord sur la gestion des ballasts et encouragent la formation des marins.
Si elles étaient obligatoires pour tous les navires se dirigeant vers les Grands Lacs, ces directives pourraient réduire de façon importante, mais sans lélimi- ner complètement, le risque dintroduction despèces exotiques envahissantes dans lécosystème des Lacs. Les agences réglementaires responsables du contrôle des navires ont fait des progrès dans cette direction. Par exemple, la Corporation de gestion de la Voie maritime du Saint-Laurent (CGVMSL), au Canada, et la St. Lawrence Seaway Development Corporation (SLSDC), aux États-Unis, administrent conjointement les règles sappliquant à la Voie mari- time du Saint-Laurent. La SLSDC, selon une entente avec la CGVMSL, exige maintenant des navires remontant la Voie maritime quils se conforment aux codes maritimes des Grands Lacs pour ce qui a trait à la gestion des ballasts15 . Cette mesure est encourageante, mais les moyens semblent manquer pour en assurer lapplication et en calculer les effets. Les deux corporations de gestion de la Voie maritime du Saint-Laurent ont indiqué quelles réévalueraient lefficacité de cette mesure après la saison de navigation 2002.
Les nouvelles pratiques de gestion des ballasts devraient sinspirer des directi- ves approuvées par la garde côtière ou encore des recherches effectuées par les sociétés maritimes afin doptimiser les opérations de vidange et de remplissage en fonction des contraintes propres à chaque navire. Les armateurs et les équipages pourraient également devoir se pencher sur dautres sources de transport accidentel despèces exotiques envahissantes, par exemple, les sédiments incrustés sur les chaînes dancre, la crasse accumulée sur les carènes des navires et les autres dépôts sur les coques. Les clients des armateurs devraient être encouragés à faire affaire avec les compagnies qui adoptent les meilleures méthodes de gestion.
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Les ballasts des navires ne semblent pas poser de biens grands problèmes à première vue. On pourrait penser que ce ne sont que des réservoirs qui se remplissent et se vident selon la cargaison du navire. La réalité est tout autre. La vidange des ballasts est une opération qui peut imposer dimportants stress à la structure dun navire et des risques plus grands à léquipage. Certains réservoirs sont aussi grands que le gymnase dune école secondaire. Les effets de lentrée ou de lévacuation dune telle masse deau sur la coque dun navire sont loin dêtre minimes. Le poids de cargaisons imposantes, celui du mazout et de leau de lest doivent tous être considérés lors de la vidange des ballasts. La solidité de la coque dun navire peut être compromise si les différents poids ne sont pas bien balancés. Dautres questions, comme la maniabilité, la stabilité et la visibilité en mer, ajoutent aux difficultés auxquelles les équipages doivent faire face. Par ailleurs, la vidange des ballasts est une opération qui peut être très longue de 15 à 41 heures. De nos jours, deux méthodes de vidange existent. Lune est une série de remplissages et de déversements séquentiels; lautre se sert dun courant deau continu. En raison des tailles et des formes diverses des navires, on ne peut affirmer que lune des méthodes soit meilleure que lautre. Dimportante sociétés, la Lloyds Register, la Det Norske Veritas et lAmerican Bureau of Shipping, entre autres, se sont penchées sur les effets de la vidange des ballasts sur la structure et la maniabilité dun navire. Toutes ces études démontrent limportance dune analyse propre à chaque navire dans le développement dun plan de gestion des ballasts efficace et que leur vidange doit se faire dans des conditions favorables afin de minimiser les risques pour les navires et leur équipage.
En 1997, poussée par la décision de lOrganisation maritime internationale (OMI) à publier des directives sur la vidange de leau de lest, la Lloyds Register a entrepris une étude en deux volets sur les effets de léchange deau de ballast sur la coque des navires. Létude avait pour objectif de développer quelques approches sécuritaires pour cette opération délicate12 . Vingt-six navires de tous les types et de toutes les tailles ont été étudiés par des architectes maritimes sous la gouverne dun directeur de recherche. Cette étude est un document de référence important pour les 162 pays membres de lOMI qui tentent présentement de développer des lignes directrices applicables à la gestion des eaux de ballast. À ce sujet, létude de la Lloyds Register en arrivait à la conclusion suivante :
[TRADUCTION] « Que les pays membres de lOMI soient incapables de sentendre sur les méthodes, les procédures et les critères à suivre pour la gestion des eaux de ballasts est une indication que cette question nest pas facile à résoudre. Toutefois, un vide décisionnel à court terme pourrait avoir des conséquences à long terme pour toutes les parties concernées. »
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