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Assurer lintégrité biologique : la menace posée par les espèces exotiques envahissantesIntroduction : Un problème coûteux pour léconomie et lenvironnement Depuis les années 1980, la Commission mixte internationale (CMI) a sonné plusieurs fois lalarme, dénonçant à chaque fois les risques que les espèces exotiques envahissantes présentaient autant pour lécosystème que pour lécono- mie des Grands Lacs et du fleuve Saint-Laurent1. Cependant, malgré plus dune dizaine dannées de pourparlers internationaux et dactions régionales, cette « pollution biologique » savère toujours un gouffre économique et écologique. La plupart des citoyens américains ou canadiens sont au courant du chaos que quelques espèces exotiques envahissantes ont laissé sur leur passage. La maladie connue sous le nom de « brûlure du châtaignier » ou encore la maladie hollandaise de lorme, le bombyx disparate, le rat de Norvège, le koudou, la salicaire pourpre et, dans le bassin des Grands Lacs, la lamproie marine ou la moule zébrée, sont tous des exemples despèces animales ou végétales importées accidentellement ou intentionnellement en Amérique du Nord et qui y ont causé dimportants torts économiques et écologiques. Dans chacun des cas, les torts ont été causés parce que les espèces autochtones nont pu résister aux infections, à la prolifération, à la prédation ou à la compétition des espèces importées. Dans certains cas, les dommages ont été particulièrement sévères. Ainsi, la brûlure du châtaignier a complètement anéanti, sur neuf millions dhectares, la population de châtaigniers dAmérique et la lamproie marine a décimé les populations de truites et autres espèces aquatiques des Grands Lacs2.
Les scientifiques estiment que les coûts reliés à la lutte à la pollution biologique causée par les espèces exotiques restent importants et vont croissants. Une étude évalue que les effets combinés de lensemble des espèces exotiques envahissantes sur les écosystèmes, les pêcheries et lagriculture ont un impact économique de 137 milliards de dollars par année aux États-Unis3 . À titre de comparaison, louragan Andrew, qui sest avéré la catastrophe naturelle la plus coûteuse pour ce pays, a entraîné, en 1992, des déboursés de près de 16 milliards de dollars de la part des compagnies dassurance 20 milliards en dollars de 20024 . Cette comparaison révèle que la pollution biologique, aux États-Unis, est plusieurs fois plus dommageable pour léconomie quun événement aussi important quAndrew, et ce, tous les ans. Dans les Grands Lacs, les dépenses consacrées au contrôle des moules zébrées se chiffrent en milliards de dollars chaque année5 . Quant aux sommes consacrées aux programmes de contrôle, dévaluation et de recherche sur la lamproie marine, elles ont totalisé, selon la Commission des pêches des Grands Lacs, 13,5 millions de dollars en 2001. Les torts causés par la pollution biologique affectent autant lenvironnement que léconomie. De plus, comme les effets de la pollution biologique sont souvent irréversibles, nimporte quelle introduction despèce exotique envahissante peut altérer de façon permanente lintégrité biologique et la biodiversité du réseau des Grands Lacs, le plus important réseau deau douce au monde. En dépit des efforts déployés pour réduire la probabilité de nouvelles introductions despèces exoti- ques, la menace reste entière. Ce problème persiste en partie parce que les individus ou les entreprises responsables de cette situation nont jamais voulu assumer une partie appréciable des coûts importants reliés à sa prévention. Les coûts en ont plutôt été transférés aux agences gouvernementales et aux contribua- bles qui les soutiennent, aux compagnies de services publiques ou privées ainsi quaux industries et aux particuliers qui se servent des ressources naturelles. Les règles et les pratiques actuelles ne peuvent régler le problème De nos jours, les Grands Lacs abritent plus de 160 espèces de poissons, dinver- tébrés, de plantes, de parasites, dalgues ou de pathogènes exotiques6 , sans compter celles qui ont pu passer inaperçues7 . Le nombre dintroductions répertoriées a augmenté au cours du 20e siècle. Quarante espèces ont été introduites lors de la première moitié du siècle et soixante-seize au cours de la seconde. Au cours des années 1990, malgré une plus grande sensibilisation au problème, la tendance na pas fléchi. En effet, 15 espèces exotiques se sont retrouvées dans les Grands Lacs au cours de la dernière décennie du 20e siècle contre 15 au cours des années 1980, 17 au cours des années 1970 et 15 au cours des années 19608.
Espèces animales non indigènes établies dans le bassin des Grands Lacs depuis le milieu des années 1980
Ricciardi et MacIsaac, 2000. Il existe plusieurs vecteurs par lesquels les espèces exotiques envahissantes peuvent rejoindre les Grands Lacs, dont laquaculture, les canaux, la navigation de plaisance et la salissure de la carène des navires le film biologique qui saccumule sur la surface des navires9. Toutefois, le vecteur le plus important reste leau de ballast des navires. Cette eau, qui sert de lest aux navires transocéaniques, contient des solides, des sédiments et, trop souvent, des espèces vivantes qui sont transportés dun endroit à lautre10. Quelques dispositions réglementaires et directives sont maintenant en vigueur pour tenter de contrôler les introductions despèces exotiques envahissantes par le biais des ballasts des navires qui remonte le Saint-Laurent jusquaux Grands Lacs. Ces dispositions savèrent toutefois insuffisantes. Rejet de leau de lest des navires En 1993, la garde côtière américaine faisait adopter des règlements obligeant les navires se dirigeant vers les Grands Lacs, et arrivant dau-delà de 200 miles des côtes américaines, à prendre certaines mesures pour réduire les risques dintroduction despèces exotiques envahissantes. Depuis ladoption de ces règlements, les navires doivent vidanger leurs ballasts en haute mer, retenir le lest à lintérieur de leurs ballasts, vidanger leurs ballasts dans les endroits aménagés à cette fin, utiliser une alternative écologique (par exemple, traiter leur eau de lest) ou encore, dans des conditions extraordinaires, vidanger leurs ballasts dans une zone alternative. Le Canada travaille présentement à la rédaction dune réglementation qui lui sera propre. Les dispositions américaines ont été suivies à un taux de près de 100 pour cent depuis leur adoption11. Cependant, même ce pourcentage élevé de conformité ne suffit pas. Les résultats dune étude publiés en 1999 soulignent que, depuis la mise en place de la législation américaine, au moins une espèce exotique, la Ceropagis pengoi, une puce deau, sest frayée un chemin jusquau lac Ontario.
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