11e Rapport biennal -- Qualité de l'eau des grands lacs


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2e chapitre

Introduction

Réaction politique

Ampleur du défi de la restauration

La nécessité d’une stratégie de restauration

Conclusion

Recommandations

 

Vers l’intégrité chimique – Le défi des sédiments contaminés et de leur impact sur la santé humaine

Introduction

Pour les gens de la région des Grands Lacs, ceux-ci ont longtemps représenté une source abondante de poissons. En 1990, la Commission est arrivée à la conclusion que les polluants toxiques rémanents, qui avaient cheminé dans l’écosystème jusqu’aux tissus de la faune aquatique, représentaient un danger.

En se fondant sur des recherches de plus en plus nombreuses, elle a exprimé une inquiétude particulière à propos des effets de ces substances chez les enfants qui auraient été exposés aux résidus des polluants toxiques, et comme fétus comme nourrissons.

[TRADUCTION] « Quand elle considère les données disponibles sur les poissons, les oiseaux, les reptiles et les petits mammifères, parallèlement à celles obtenues par la recherche sur les humains, la Commission se doit de conclure que la santé de nos enfants est menacée par notre exposition aux substances toxiques rémanentes même à des taux ambiants très faibles. [...]

L’accumulation de preuves est indéniable. Les gouvernements doivent préconiser le développement et la mise en place d’un programme binational pour diminuer l’utilisation de ces substances présentes dans l’environnement du bassin des Grands Lacs ainsi que l’exposition humaine qui en découle. Ces substances chimiques semblent avoir de sérieux impacts physiologiques sur les populations animales des Grands Lacs et, indubitablement, ailleurs. Les dangers causés à l’écosystème, incluant ceux auxquels est exposée la popula- tion humaine, par l’utilisation continuelle et le rejet des substances toxiques rémanentes sont sévères. »1

En 1990, la Commission, s’appuyant sur des études effectuées sur la santé des enfants dont la mère consommait de grandes quantités de poissons du lac Michigan, concluait que les substances toxiques rémanentes remontaient la chaîne alimentaire jusqu’aux humains et avaient des effets prévisibles sur eux. Ces études, menées sur une période d’une trentaine d’années, avaient montré, de façon constante, que l’exposition à des substances toxiques dans la chaîne alimentaire d’un écosystème était susceptible d’avoir des effets négatifs sur la santé des poissons, des reptiles, des oiseaux et des petits mammifères.

Accumulation de toxiques dans le réseau trophique

Les études se poursuivent. De nos jours, un corpus convain- quant de recher- ches scientifiques montre clairement la relation entre l’exposition des humains aux substances toxiques dans les Grands Lacs et de sérieuses atteintes à la santé. Ces recherches, qui comprennent des études épidémiologiques et expérimentales, sont entreprises, au Canada, par l’ancien Programme des effets de la pollution sur la santé dans les Grands Lacs et, aux États-Unis, par l’Agency for Toxic Substances and Disease Registry.

  • Table : Effets systémiques sur la santé des populations à risque exposées aux biphényles polychlorés 3
  • Table: Effets systémiques sur la santé des animaux et des humains exposés à des substances toxiques rémanentes

Les recherches des dix dernières années ont produit d’autres résultats intéressants que voici.

  • Nettoyage du hareng, Isle Royale, lac SupérieurDe nombreux effets sur la santé observés chez les animaux ont aussi été rapportés chez les humains.
  • Les tissus des poissons des Grands Lacs renferment, en moyenne, des concen- trations de biphényles polychlorés toxiques (BPC) d’au moins un ordre de grandeur de plus que les critères de protection de la vie aquatique.4
  • L’exposition humaine aux toxines des Grands Lacs provient de la consomma- tion de poissons contaminés.
  • Les groupes à risque très élevé com- prennent les pêcheurs sportifs et les pêcheurs de subsistance, quelques groupes ethniques, les femmes encein- tes, les fœtus, les nourrissons, les jeunes enfants, les personnes âgées et les défavorisés vivant en milieu urbain.5
  • On note des effets sur la fonction reproductive, comme les taux de grossesse et des modifications au cycle menstruel.
  • La consommation de poisson contaminé affecte le fonctionnement du système neurologique et, lorsqu’il est consommé par des femmes enceintes, entraîne également l’exposition de l’embryon, puis celle du fœtus, aux toxines, ce qui provoque des déficits neurologiques et des déficits de croissance qui sont irréversibles après la naissance.
  • Plus de cinq millions de personnes consomment des prises sportives des Grands Lacs;6 ces gens forment les groupes à risque élevé mentionnées plus haut.

Outre les atteintes à la santé, la contamination du bassin des Grands Lacs affecte la société et l’économie. On ne fait que commencer à évaluer les coûts économiques complets auxquels la société devra consentir pour corriger les effets néfastes sur la santé provoqués par l’exposition aux contaminants. Jusqu’à présent, la presque totalité de ces coûts sont assumés par les indivi- dus, les familles ou des organismes non fédéraux. D’autres coûts comprennent le déclin de la valeur de la propriété foncière ainsi que les effets sur les industries touristiques et récréatives. Dans la mesure où le dragage destiné à faciliter la navigation peut remuer les sédiments contaminés ou les remettre en suspension, les dommages économiques peuvent prendre la forme de coûts additionnels ou de restrictions à l’industrie du transport maritime. L’impossibi- lité d’évaluer ces coûts avec précision minimise la véritable ampleur des dommages sociétaux causés par la présence permanente de polluants et mine le sentiment d’urgence d’entreprendre une action immédiate.

En résumé, nous avons maintenant la certitude que les dommages se produisent. Nous sommes convaincus que les politiciens ainsi que les gestionnaires des organisations impliquées ont l’obligation d’agir sans hésiter pour protéger leurs concitoyens contre des dommages additionnels.

 

Le Protocole d’entente sur la qualité des eaux des Grands Lacs de 1987 a formalisé le concept de Plan d’actions correctrices pour la revitalisation des usages bénéficiaires dans les Secteurs préoccupants. Les résultats de plus d’une décennie de recherches démontrent de façon irréfutable les atteintes subtiles mais sévères que l’exposition aux substances toxiques rémanentes inflige à la santé des résidants du bassin. Et pourtant, les retards s’accumulent, la restauration de l’écosystème des Grands Lacs n’avance pas et la santé publique continue d’être affectée dans les Secteurs préoccupants.

S’il semble évident que l’exposition aux substances toxiques rémanentes dans un milieu aquatique s’avère une menace pour la santé, des données préliminaires suggèrent maintenant que le simple fait de résider près des sites contaminés ou à l’intérieur des limites géographiques d’un secteur préoccupant peut correspondre à un accroissement des taux de maladie et de mortalité comparativement à ceux que connaissent les populations habitant ailleurs dans un État ou une province.2 Il est évident que des études additionnelles sont nécessaires avant de confirmer cette hypothèse. Cependant, la Commission s’inquiète de cet état de fait et elle s’est engagée à favoriser la coopération entre ses conseils, l’Agency for Toxic Substances and Disease Registry et Santé Canada pour que ceux-ci poussent leurs analyses plus avant. La Commission fera rapport prochainement sur la question avec davantage de certitude.