cartes que, pour à peu près toutes les sources à l’intérieur du
Le dépôt sec et le dépôt humide en eux-mêmes ne sont
domaine d’application du modèle, ce sont surtout les
pas fondamentalement modifiés par la présence de
émissions de Hg(II) qui se déposeraient dans le lac en
mercure, et on considère qu’il s’agit de processus du
question, suivies, en importance, par les émissions de Hg(p).
premier ordre relativement aux concentrations de
En comparaison, selon les prédictions, les émissions de Hg0
mercure. Dans ce contexte, du premier ordre signifie
se déposeraient beaucoup moins.
que la vitesse du processus est calculée par une
équation de la forme vitesse = k • c, oť k est un
Ces résultats concordent avec les connaissances générales du
paramètre qui peut dépendre d’un certain nombre de
comportement et du devenir des différentes espèces de
facteurs, mais pas de la concentration de mercure,
mercure dans l’atmosphère. Le Hg(II) est très soluble dans
représentée par la variable c.
l’eau, et il adhère relativement bien aux surfaces; par
conséquent, il est beaucoup plus susceptible de se déposer
De plus, d’après ce que l’on connaît actuellement de la
par voies humide et sèche. Par exemple, le Hg(II) peut se
chimie du mercure dans l’atmosphère, toutes les
déposer par voie humide à partir de l’intérieur de nuages
réactions et tous les équilibres chimiques en jeu sont du
précipitants, et même à partir de points situés sous de tels
premier ordre relativement aux concentrations de
nuages, étant donné sa très grande solubilité dans l’eau. Le
mercure.
dépôt humide de Hg(p) peut lui aussi être assez efficace si
les particules auxquelles il est associé se retrouvent dans des
Enfin, les équilibres vapeur/particules, vapeur/
nuages précipitants. Contrairement aux deux formes
gouttelettes et gouttelettes/particules de suie peuvent
précédentes, le Hg0
tous être exprimés comme un rapport des concentra-
est à peine soluble dans l’eau, et il est
tions présentes dans les différentes phases. On peut
relativement volatil, d’oť son potentiel plutôt limité de
donc raisonnablement supposer que tout composé
dépôt sec ou humide. C’est sur ces observations de base que
mercuriel a, toutes proportions gardées, les mêmes
sont fondées les estimations du temps de séjour du mercure
chances (en fonction de ces rapports d’équilibre) de se
(~ 0,5-1
dans l’atmosphère : relativement long pour le Hg0
trouver dans l’une ou l’autre phase. Ainsi, on ne peut
an), mais assez court pour le Hg(II) et le Hg(p) (Schroeder et
s’attendre à ce que la présence de mercure provenant
Munthe, 1998).  En fait, il est le plus souvent nécessaire que
d’une autre source modifie de façon significative la
soit d’abord converti en Hg(II) ou en Hg(p) dans
le Hg0
répartition du mercure d’une source donnée entre les
l’atmosphère avant de pouvoir être déposé, et cette conver-
différentes phases.
sion est lente.
Tous ces facteurs considérés, il paraît justifié de poser
Comme on l’a mentionné ci-dessus, une source d’émissions
l’hypothèse que les émissions de mercure d’une source
donnée rejette habituellement un mélange de mercure sous
donnée sont indépendantes des émissions de mercure des
différentes formes. À titre d’exemple, bien qu’il existe des
autres sources. Il est probable que ce principe d’indépen-
variations importantes selon le type de charbon consommé,
dance puisse être appliqué dans la modélisation de nom-
le genre de système antipollution en place et d’autres
breux autres polluants présents à l’état de traces dans
facteurs, les centrales électriques alimentées au charbon
l’atmosphère; cependant, cette hypothèse n’est certaine-
produisent en moyenne un mélange composé à environ 50
ment pas valide dans le cas, par exemple, des émissions de
% de Hg0 , à 45 % de Hg(II), et à 5 % de Hg(p). À la figure 6,
composés organiques volatils et d’oxydes d’azote.
on voit les estimations par modèle des coefficients de
transfert vers chacun des Grands Lacs de ce mélange
Résultats des procédures d’interpolation : coefficients
d’émissions que produit en moyenne la combustion de
de transfert
charbon. Les tendances sont comparables pour tous les
Grands Lacs, ce qui indique, comme on pouvait s’y attendre,
La figure 5 expose les coefficients de transfert vers le lac
que le potentiel d’apport par les retombées atmosphériques
Supérieur des émissions de Hg0 , de Hg(II) et de Hg(p) tels
décroît de façon substantielle avec l’accroissement de la
qu’estimés par modèle. Ces cartes des coefficients de
distance entre la source et le lac. Comme les vents domi-
transfert montrent le rapport entre les flux de dépôt dans le
nants sont d’ouest, les régions à l’ouest d’un lac donné
lac Supérieur (en microgrammes de mercure, toutes formes
peuvent habituellement contribuer davantage aux apports
confondues, déposés annuellement par km2
de polluants que les régions situées à la même distance du
de surface du
plan d’eau, mais en direction est. Une autre façon d’exposer
lac) et les hypothétiques émissions ininterrompues (en
ce phénomène : le potentiel de contribution chute de façon
grammes de mercure émis annuellement par une source
beaucoup plus abrupte à l’est des lacs parce que les vents qui
donnée) de la forme de mercure considérée, pendant
pourraient transporter le mercure émis par les sources que
l’ensemble de l’année 1996, en provenance de n’importe
l’on rencontre dans cette direction se lèvent moins souvent.
quelle source à l’intérieur du domaine d’application du
modèle. Il est important de souligner que les données sur les
Pour obtenir les résultats présentés ici, on a utilisé 84
émissions ne sont pas prises en compte sur ces cartes, mais
sources de référence au total, dont beaucoup étaient
que c’est bien uniquement la tendance relative des émissions
concentrées autour du bassin (elles sont représentées par
en provenance d’une source donnée à se déposer dans le lac
des petits cercles, aux figures 5 et 6). Des analyses ont
Supérieur, d’après la simulation du transport et du devenir
également été effectuées à partir d’un plus grand nombre de
atmosphériques du mercure. On constate en examinant ces
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