Priorité de l'écosystème du Lac Érié (PELE)

Rapport

Le rapport « Un régime santé pour le lac Érié: Réduction des charges de phosphore et des Rapport PELEproliférations d’algues toxiques » fournit des avis scientifiques et stratégiques aux gouvernements qui mettent en œuvre des plans d’intervention pour contrer la dégradation de la qualité de l’eau dans le lac Érié. La CMI a fait du lac Érié une priorité suite à l’efflorescence algale de 2011, la plus grosse jamais enregistrée.

« Le public nous a informés, et les recherches l’ont confirmé, que des quantités excessives d’éléments nutritifs, qui nourrissent les algues nuisibles, causent la dégradation du lac Érié », a expliqué Mme Lana Pollack, présidente de la Section américaine de la CMI. Elle a poursuivi ainsi : « Nous félicitons les États‑Unis et le Canada pour leur travail et leurs investissements visant à aider le lac Érié, mais il est temps que tous les ordres de gouvernement établissent des cibles de réduction et réalisent de réelles réductions des charges d’éléments nutritifs dans le lac ».

S’appuyant sur des recherches menées par une douzaine de scientifiques des deux côtés de la frontière, la CMI conclut que la qualité de l’eau s’est détériorée au cours de la dernière décennie, ce qui se répercute sur la santé de l’écosystème, l’approvisionnement en eau potable, les pêches, les loisirs, le tourisme et la valeur des propriétés. Après la publication d’une ébauche du rapport en août 2013, plus de 400 personnes ont assisté aux réunions publiques, et le rapport final publié aujourd’hui tient compte des commentaires reçus (plus de 130) et des autres travaux de recherche.

« J’ai grandi au bord du lac Érié et je sais par expérience que ce précieux lac ne peut supporter davantage de plages encrassées, de poissons morts et d’eau potable contaminée », a indiqué M. Gordon Walker, président de la Section canadienne. Selon lui, « l’action du gouvernement a sauvé le lac Érié dans les années 1970, et la CMI est persuadée que les États-Unis et le Canada peuvent de nouveau sauver le lac Érié s’ils agissent rapidement ».

Dans le but d’améliorer la qualité de l’eau encore une fois, la CMI formule 16 recommandations spécifiques pour aider tous les ordres de gouvernement à établir des cibles de réduction du phosphore, à réduire les charges de phosphore d’origine agricole et urbaine et à renforcer la surveillance et la recherche.

 

Établir des charges cibles

Dans le rapport, la CMI estime que les connaissances actuelles sont suffisantes pour justifier un engagement immédiat dans la réduction des apports externes d’éléments nutritifs au lac Érié. En particulier, la CMI désigne le phosphore réactif dissous (PRD) comme principale préoccupation et indique que des mesures correctives doivent être appliquées en priorité dans le bassin versant de la rivière Maumee; pour ce faire, elle recommande une réduction de 37 % pour la période du printemps (mars à juin) par rapport à la moyenne de 2007 à 2012. Pour aider à atteindre ces cibles, la CMI recommande que les gouvernements du Michigan et de l’Ohio placent officiellement le bassin ouest du lac Érié sur une liste des eaux compromises, ce qui donnerait lieu à l’élaboration d’un plan basé sur la charge quotidienne maximale totale (CQMT) de phosphore pour le bassin ouest du lac Érié, lequel engloberait aussi l’Indiana et serait supervisé par l’Agence des États-Unis pour la protection de l'environnement (USEPA). La CMI recommande également le recours à un plan comportant des mesures réglementaires et non réglementaires pour réduire les charges en provenance des bassins de l’Ontario. 

 

S’attaquer aux sources agricoles

La CMI conclut que les principales charges de phosphore dans le lac Érié proviennent de sources diffuses, en particulier des activités agricoles. Pour s’attaquer à ce problème complexe, la CMI recommande aux gouvernements à la grandeur du bassin de modifier les programmes de gestion agroenvironnementale pour qu’ils traitent spécifiquement du PRD. Pour ce faire, il faut mettre l’accent sur les pratiques exemplaires de gestion (PEG) les plus susceptibles de réduire le PRD, comme l’amélioration du taux, de la période et du lieu d’application de phosphore, de la forme de phosphore appliqué sur les champs, et de la réduction du ruissellement en provenance de ces champs. Ces initiatives de gestion des éléments nutritifs devraient être axées sur la réduction des charges rejetées durant la période printanière en plus de cibler les sous-bassins versants prioritaires qui rejettent le plus de phosphore dans le lac. La CMI recommande aussi que les gouvernements augmentent la portée et l’intensité des programmes de PGE qui réduisent le ruissellement d’éléments nutritifs, tout en renforçant et en augmentant l’utilisation de mécanismes de réglementation, comme la liaison des polices d’assurance récolte à la performance en matière de conservation. Enfin, pour répondre à une préoccupation soulevée à répétition par le public concernant la santé du lac Érié, la Commission recommande que l’Ontario, le Michigan, l’État de New York, l’Ohio, la Pennsylvanie et l’Indiana interdisent l’épandage de fumier, de biosolides et d’engrais commerciaux contenant du phosphore sur les terres gelées ou recouvertes de neige.

 

S’attaquer aux sources urbaines

La Commission recommande que les gouvernements d’État, provinciaux et fédéraux travaillent avec les municipalités pour accélérer la promotion et l’utilisation « d’infrastructures vertes » pour la gestion des eaux pluviales urbaines. Pour y arriver, ils pourraient établir des directives réglementaires et offrir du soutien technique aux municipalités pour les projets pouvant remplacer les coûteux ouvrages de contrôle des eaux pluviales. De plus, la CMI recommande que l’Ontario, l’Ohio et la Pennsylvanie interdisent la vente et l’utilisation d’engrais phosphatés pour l’entretien des pelouses, sauf durant la première saison de croissance d’une pelouse nouvellement implantée ou dans les cas où l’analyse du sol indique une carence en phosphore.

 

Remettre en état les milieux humides

Le rapport indique que le lac Érié a perdu plus de 80 % de ses milieux humides côtiers présents avant la colonisation, ce qui a grandement nui à qualité de l’eau ainsi qu’à l’habitat. Consciente du fait que ces milieux humides soutiennent la biodiversité et filtrent les polluants, la CMI recommande que les gouvernements fédéraux, d’État et provinciaux, de concert avec des partenaires non gouvernementaux, s’engagent à augmenter de 10 %, soit de 1 000 hectares (2 600 acres), la superficie des milieux humides par rapport à la superficie actuelle des milieux humides côtiers dans le bassin ouest du lac Érié d’ici 2030, et à fournir les fonds nécessaires à l’atteinte de cet objectif, tout en établissant un objectif basé sur la science pour la protection des milieux humides au-delà de la zone côtière, à l’intérieur des terres.

 

Renforcer la surveillance et la recherche

Dans le rapport, la Commission a répertorié un certain nombre de lacunes importantes dans les connaissances, lesquelles doivent être comblées pour que les gouvernements puissent prendre des décisions éclairées. Par conséquent, la Commission recommande l’amélioration des réseaux de surveillance dans tout le bassin du lac Érié, y compris la mise en place, à la sortie de la rivière Detroit, d’un système de surveillance mesurant les paramètres des éléments nutritifs importants. D’autres recherches ont aussi été recommandées pour aider à mieux comprendre l’efficacité cumulative des PGE rurales et urbaines.

 

Prochaines étapes

La CMI a fait parvenir le rapport aux gouvernements des États-Unis et du Canada. Plusieurs sujets soulevés durant la préparation du rapport, dont les effets des algues toxiques sur la santé humaine, les modèles informatiques de prévision de l’exportation d’éléments nutritifs vers le lac et les répercussions économiques des efflorescences algales, feront l’objet d’études en 2014 et 2015. Aux termes de l’Accord relatif à la qualité de l’eau dans les Grands Lacs, le rapport sur la Priorité écosystème du lac Érié (PELE) aidera la CMI à évaluer les progrès des gouvernements dans l’assainissement des Grands Lacs.