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Régler le problème de la gestion des inondations

IJC admin | 2017/11/22

Par Kevin Bunch, CMI

 

 

2017 a été une année difficile pour les inondations le long de la frontière canado-américaine, et de façon plus générale, partout en Amérique du Nord. Des inondations importantes ont frappé des régions comme la Colombie-Britannique, Washington, le Texas, la Floride, New York, l’Ontario et le Québec en raison de fortes pluies, de la fonte des neiges, des sols saturés et des tempêtes violentes. L'année 2016 a également été marquée par des inondations majeures, dont plusieurs ont causé des milliards de dollars de dégâts au Texas et en Louisiane, comme cela est arrivé en 2015. Les stratégies visant à réduire les risques d'inondation ont été préconisées depuis des décennies, mais au dire de plusieurs, les dommages causés par les inondations ne font que s'aggraver. Pourquoi?

La CMI a abordé certaines de ces stratégies d'atténuation dans de nombreux rapports, notamment : Living with the Red (les inondations de la rivière Rouge en l'an 2000), Methods of Alleviating the Adverse Consequences of Fluctuating Water Levels in the Great Lakes-St. Lawrence River Basin (les méthodes d'atténuation des conséquences néfastes de la fluctuation des niveaux d'eau dans les Grands Lacs-le bassin du fleuve Saint-Laurent en 1993) et Regulation of the Richelieu River and Lake Champlain (le règlement de 1981 sur la rivière Richelieu et le lac Champlain). Différentes mesures peuvent être nécessaires pour faire face aux inondations des lacs et des rivières, mais des thèmes communs sont ressortis.

Les rapports font écho des conseils fournis dans presque chaque évaluation post-inondation, notamment un rapport préliminaire d'étude sur les plaines inondables publié par l’Équipe d'évaluation et de stratégie scientifique des États-Unis en 1994 suite à des inondations dévastatrices le long du fleuve Mississippi à l'été 1993. Une suggestion courante est qu'une planification réfléchie de l'utilisation des terres ainsi qu’un éventail de méthodes de protection contre les inondations constituent les meilleurs moyens de minimiser les dommages causés aux collectivités situées à faible altitude, lesquelles pourraient être menacées par les réseaux d'eau à proximité. Bien qu'il n'existe pas d'élément unique pouvant protéger toutes les communautés contre les inondations, un ensemble de gestes pertinents provenant du niveau municipal jusqu'au niveau fédéral pourraient contribuer à limiter les coûts et les répercussions.

La CMI abordera ce problème de la gestion des inondations par le biais de nouvelles études sur les inondations en cours dans le bassin de la rivière Richelieu-lac Champlain, ainsi que dans le bassin de la rivière Souris. Ces études devraient engendrer des rapports sur les stratégies d'atténuation pour ces régions en 2021 et 2020 respectivement, bien que certaines leçons seront probablement transférables à d'autres régions, tout comme l’ont été les leçons tirées d'anciens rapports sur la rivière Rouge et les Grands Lacs.

   Les inondations de la rivière Souris en 2011, touchant des collectivités comme Burlington, dans le Dakota du Nord, ont mené à une nouvelle étude de la CMI sur les façons de limiter les dommages à l'avenir. Mention de source : FEMA
Les inondations de la rivière Souris en 2011, touchant des collectivités comme Burlington, dans le Dakota du Nord, ont mené à une nouvelle étude de la CMI sur les façons de limiter les dommages à l'avenir. Mention de source : FEMA

Utilisation réfléchie des terres et méthodes de lutte contre les inondations

Tout comme dans l'immobilier, quand il s'agit d'inondations, tout est une question d'emplacement. Les bâtiments situés sur une plaine inondable sont intrinsèquement plus à risque d'être endommagés que ceux construits sur un terrain plus élevé. La CMI et d'autres ont recommandé à plusieurs reprises que les gouvernements fassent activement la promotion d’une utilisation des terres riveraines et de mesures de gestion qui tiennent compte des conséquences de la fluctuation des niveaux d'eau et des inondations.

L'utilisation des terres au Canada et aux États-Unis est déterminée par le propriétaire foncier, dans le cadre des restrictions établies par le gouvernement. Ainsi, les décisions des propriétaires et des gouvernements influent sur le risque d'inondation. Si les dommages causés par les inondations s'aggravent, est-ce parce que les décideurs ne connaissent pas les conseils relatifs aux inondations ou parce qu'ils les rejettent?

Certaines inondations se produisent loin des rivières et des lacs en raison de la gestion inadéquate des eaux pluviales. Cela faisait partie du problème à Houston, au Texas, et à Windsor, en Ontario, cette année. Le conseil le plus fréquent est d'exiger de nouveaux aménagements afin de construire des bassins de rétention pour compenser l'augmentation du ruissellement causé lorsque les toits et l'asphalte remplacent les arbres et les terres humides, et de planifier des systèmes qui peuvent canaliser les eaux de ruissellement vers de grands plans d'eau. Les résidents de Houston ont voté à trois reprises pour ne pas adopter de codes de zonage, lesquels réduiraient les inondations, mais augmenteraient les coûts de développement; une décision qui a peut-être contribué au désastre. Windsor travaille à l'amélioration de son réseau d'égouts, lequel a été submergé par des tempêtes exceptionnellement fortes, comme celles qui ont causé des inondations en août.

Les collectivités doivent tenir compte de leurs politiques de zonage et d'utilisation des terres dans les zones à risque, soit en laissant les zones à risque non aménagées, soit en exigeant que les structures construites à ces endroits respectent les mesures de construction anti-inondation. Celles-ci peuvent demander à ce que les structures soient soulevées du sol au-dessus du niveau d'inondation; comprendre des exigences de recul d'érosion ou de récession; ou exiger l'assurance contre les risques pour les propriétaires fonciers qui exploitent à ces emplacements-là. Les zones non aménagées ont la capacité d'absorber les précipitations qui autrement, finiraient par ruisseler sur les rues, les trottoirs et les bâtiments imperméables; ces zones contribuent ainsi à réduire les inondations.

Les gouvernements peuvent également offrir de racheter les terres à risque élevé, en donnant aux propriétaires fonciers des terres aménagées l'occasion de déménager, et en empêchant toute construction sur des terres à risque non aménagées. Cette approche a été utilisée le long des rives du lac Ontario dans les années 1970, à New York et au New Jersey après l'ouragan Sandy, et dans plusieurs états après les inondations du fleuve Mississippi. Dans le rapport de 1993 de la CMI sur les Grands Lacs, la commission a souligné le fait qu'il était « injuste de demander au grand public de payer un prix disproportionné » pour protéger les propriétaires riverains, à moins qu'un certain degré d'atténuation soit utilisé lors des aménagements.

La crue des eaux du lac Osoyoos a inondé le Parc commémoratif des anciens combattants à Oroville, dans l'État de Washington, au début du mois de juin. Les eaux ont pénétré dans les collectivités du bassin de l'Okanagan à Washington et en Colombie-Britannique. Mention de source : Brian Symonds
La crue des eaux du lac Osoyoos a inondé le Parc commémoratif des anciens combattants à Oroville, dans l'État de Washington, au début du mois de juin. Les eaux ont pénétré dans les collectivités du bassin de l'Okanagan à Washington et en Colombie-Britannique. Mention de source : Brian Symonds

Le choix des mesures à prendre dépend des conditions spécifiques de l’emplacement. Dans les bassins particulièrement plats comme ceux qui entourent la rivière Rouge, ou dans des endroits déjà très développés, il est probable qu’il ne soit pas économiquement ou socialement viable de simplement plier bagage et de reconstruire loin du plan d'eau. L'élévation des bâtiments et la construction de digues, ou l'adoption de mesures de protection du littoral constituent des options plus réalistes pour ces zones. Cependant, la CMI, dans son rapport de 1993 sur les Grands Lacs, prévient que les structures privées construites le long des rives des Grands Lacs montrent des lacunes souvent avant que dix années ne se soient écoulées, ce qui risque d'entraîner le déplacement des dommages d'une propriété riveraine à une autre et d’endommager l'environnement et les habitats naturels. Les circonstances précises entourant leur construction doivent être examinées à l'avance, et des inspections des structures de protection doivent être effectuées. La commission a relevé que si une zone est menacée par les inondations ou l'érosion, ces problèmes continueront vraisemblablement d'exister indépendamment des mesures de protection des rives.

Les problèmes les plus évidents sont les inondations des terres qui bordent les cours d’eau. Zillow rapporte que les maisons riveraines valent plus du double de la valeur globale des maisons. C’est pourquoi il y a un grand impératif à développer les zones littorales.

Les analystes tiennent compte de l’histoire à long terme et avisent que les inondations passées pourraient se répéter et même augmenter à tout moment. En ce qui concerne le propriétaire foncier, celui-ci pourrait cependant avoir une tendance naturelle à se concentrer sur les moments où la terre n’est pas inondée, lorsque le plaisir lié à cet emplacement rend celui-ci inestimable. Quel nouveau propriétaire n’imagine pas ce qu’il est possible de faire pour améliorer sa propriété ? Plusieurs rapports d’inondations comprennent des déclarations de propriétaires fonciers stupéfaits qui affirment avoir possédé ce terrain depuis plusieurs années sans jamais avoir connu d’inondations. La résistance générale des propriétaires à souscrire à une assurance inondation, même si son prix est calculé pour subventionner les dommages prévus, est une preuve que les propriétaires agissent comme s’ils croyaient ne pas pouvoir être inondés. Finalement, la CMI a recommandé d’établir une culture de préparation aux inondations dans les zones à risque. Pour ce faire, les propriétaires doivent comprendre la situation et se préparer au pire.

Réservoirs et changements de débit

Dans certaines zones, les inondations peuvent être réduites par l’utilisation d’un barrage-réservoir, selon le rapport Living with the Red River. Ces méthodes peuvent comprendre la construction de barrages permettant de réduire le débit et d’autres structures pour former des lacs artificiels et des réservoirs, une approche à alvéoles utilisant les creux, les routes et les vannes pour former des plus petits champs de microstockage où les eaux s’écouleront, ou une utilisation des milieux humides. Malheureusement, ces approches à elles seules ne peuvent pas régler l’ensemble des problèmes d’inondation.

Également, les structures de contrôle ont des limites sur l’influence qu’elles peuvent avoir sur les cours d’eau. Bien que les barrages et les vannes peuvent ralentir les débits d’eau, si les approvisionnements en eau sont trop élevés, ils ne pourront pas y faire grand-chose. C’est ce que fait remarquer le rapport sur l’état des Grands Lacs, en ajoutant que les Grands Lacs sont si vastes que les mesures de contrôle des inondations aux embouchures du lac Huron et du lac Érié pourraient coûter des dizaines de milliards de dollars à construire. Par ailleurs, de telles mesures nécessiteraient des ajustements importants aux débits des eaux et des rivières et une restructuration du fleuve Saint-Laurent. De plus, cela ne serait pas viable d’un point de vue économique ou environnemental étant donné les intérêts qui en subiraient les contrecoups autour du bassin. Les cycles naturels subsistants dans les Grands Lacs seraient radicalement altérés.

Le même rapport sur l’état des Grands Lacs note également que les mesures de contrôle des inondations employant les digues, les remblais, les canaux et les structures de contrôle le long du fleuve Mississippi ont fait défaut durant les inondations de 1993, puisque la quantité d’eau les avait fait déborder. Bien que ces efforts structurels pour changer les mouvements des eaux peuvent jouer un rôle dans la limitation et la prévention des inondations mineures, ils ne peuvent tenir le rôle d’une solution universelle.

Les fortes pluies qui ont débuté en avril et se sont poursuivies jusqu’en juillet 2017 autour du lac Ontario et de la rivière des Outaouais, conjugués à une fonte des neiges record sur la rivière des Outaouais et aux problèmes de développement de couverture de glace en hiver, ont fait déborder les structures de contrôle et les plans de réglementation de l’eau en Ontario, au Québec et à New York cette année. Les communautés autour de Montréal ont été inondées lorsque l’énorme quantité d’eau de fonte des neiges a fait son chemin depuis la rivière des Outaouais jusqu’au lac Saint-Louis à Montréal, là où elle rejoint le fleuve Saint-Laurent. Les dommages considérables ont également touché les propriétés riveraines du lac Ontario et ailleurs sur le fleuve Saint-Laurent. Avec ces conditions humides pluvieuses sur le lac Ontario, les gestionnaires de l’eau qui régulent les débits du lac Ontario, et qui en influencent ainsi les niveaux d’eau, ne pouvaient physiquement pas faire sortir l’eau du système assez rapidement sans empirer la situation en aval. Les régulateurs qui étudient les inondations ont découvert qu’il n’y avait probablement pas beaucoup d’éléments structurels qui auraient pu gérer les conditions chaudes et humides qui ont entraîné les inondations cet hiver et ce printemps.

L’U.S. Army Corps of Engineers a investi plus de 100 milliards de dollars dans des centaines de bassins de lutte contre les inondations et dans la construction de plus de 8000 miles (12 874 km) de digues depuis la Flood Control Act de 1936, et pourtant, selon la plupart, les dommages causés par les inondations aux États-Unis augmentent toujours.

Modélisation, cartographie et études

Pour contribuer efficacement à la préparation contre les inondations, à la définition des meilleurs emplacements de construction et à la découverte des meilleures méthodes pour limiter les dommages, les gouvernements peuvent commencer par l’utilisation de cartes. La nouvelle technologie permet d’établir des bases solides de schématisation de la géographie du territoire et de création de cartes des plaines inondables mises à jour.

De plus, de nouvelles mesures peuvent aider à perfectionner les modèles hydrologiques afin que les représentants aient une meilleure idée de la manière dont les eaux entrent dans le système, se déplacent et ultimement, de la gravité des possibles inondations. Ces modèles utilisent les sources d’eau comme les précipitations, la fonte des neiges, les eaux souterraines et les ruissellements pour essayer d’imiter les processus naturels. Les modèles peuvent être encore améliorés en harmonisant les données canadiennes et américaines. Ceci est en cours dans les bassins de l’ensemble de la région transfrontalière.

Dans le rapport du fleuve Mississippi, les auteurs ont suggéré de mener des études dans une variété de régions pour déterminer comment les différentes utilisations des terres et les techniques de gestion du territoire peuvent influencer les dynamiques des crues, la sédimentation, l’agriculture et les activités de restauration de l’habitat. Cela pourrait aider à améliorer ces modèles en ce qui concerne les régions particulièrement à risque.

De plus, dans son rapport sur l’état des Grands Lacs de 1993, la CMI a recommandé une surveillance à long terme de l’érosion des rivages et du recul des escarpements pour aider à perfectionner les évaluations des dommages liés à l’érosion.

Ces données et cette recherche devraient être utilisées par les gestionnaires et les décideurs pour les aider à planifier efficacement les inondations futures, qu’elles soient causées par des pluies abondantes, une fonte de neige spectaculaire ou les deux. Les modèles et les cartes ne peuvent pas réduire les dommages causés par les inondations, à moins d’être précises et utilisées par les représentants locaux.

2018 et au-delà

Si ces solutions largement financées n’ont pas fonctionné, que devrions-nous faire ? La CMI devra affronter la problématique de la gestion des inondations dans le cadre de ses études Souris et Champlain. D’autres chercheurs, notamment l’institut de recherche sans but lucratif en environnement et énergie Ressource for the Future, ont commencé à analyser la différence entre la théorie et la pratique et ont mis au point une nouvelle suggestion audacieuse. Ce sont les communautés, plutôt que les propriétaires fonciers, qui devraient souscrire à une assurance contre les inondations. La sagesse commune nous a fait défaut. À moins de changer, nous pouvons nous attendre à plusieurs dures années à venir.

Kevin Bunch est rédacteur spécialiste des communications au bureau de la Section américaine de la CMI à Washington, D.C.

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