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Les représentants locaux s’efforcent de ralentir la lente invasion dans la région du lac à la Pluie

IJC admin | 2017/02/21

par Kevin Bunch, CMI

 


La moule zébrée poursuit sa route invasive vers l’ouest, depuis les Grands Lacs jusque dans le bassin hydrographique du lac à la Pluie et du lac Namakan, où d’autres espèces envahissantes continuent de proliférer. Les représentants locaux cherchent à ralentir et à arrêter sa progression par l’éducation, la sensibilisation et l’inspection des embarcations.

Derrick Passe, coordonnateur affecté à la rivière à la Pluie pour le district de conservation des sols et des eaux de Lake County, a déclaré que des espèces telles que la moule zébrée, le cladocère épineux et l’écrevisse à taches rouges peuvent ravager les écosystèmes autour des lacs à la Pluie et Namakan, en dévorant les aliments et en délogeant des compétiteurs, de sorte que les grands poissons prédateurs ont du mal à s’alimenter. Ces créatures sournoises peuvent s’accrocher à des embarcations et ainsi accéder à des lacs et rivières en passant par la terre ferme – exactement ce qui s’est passé dans le cas du cladocère épineux qui, du lac Supérieur s’est retrouvé dans le bassin du lac à la Pluie, selon Derrick Passe.

Écrevisse à taches rouges. Photo : Jeff Gunderson
Écrevisse à taches rouges.
Photo : Jeff Gunderson

Au départ un œuf microscopique puis une larve, la moule zébrée peut survivre jusqu’à une semaine dans l’eau ou même dans les recoins humides d’une embarcation, et la seule façon sûre de l’éliminer consiste à l’asperger d’eau chauffée à plus de 180 ˚F (82 ˚C) pendant environ deux minutes. Bien que le cladocère épineux ne soit pas microscopique, sa petite taille et sa capacité de se mettre « au repos » lui permettent de survivre dans la boue ou même dans une eau de Javel pure, et le principal moyen d’en arrêter l’expansion est de le laisser sécher. Les pêcheurs, qui l’ont d’abord introduite comme appât dans la région, continuent de propager l’écrevisse à taches rouges, sans compter qu’il se peut que des individus aient été relâchés dans la nature après des expériences dans les cours de sciences.

L’État du Minnesota et la province de l’Ontario ont tous deux fait des efforts pour limiter la propagation de ces espèces et d’autres aussi. Derrick Passe affirme que l’État et la province encouragent les gens à s’assurer que leurs embarcations, leurs canots et leur équipement sont soumis à des opérations de nettoyage, de drainage et de séchage : retirer toute trace de boue, drainer l’eau et laisser sécher, idéalement au moins une nuit. En procédant de la sorte avant de franchir un autre plan d’eau, on contribue à garder les créatures indésirables à l’extérieur.

Derrick Passe a aussi signalé qu’au Minnesota, on procède à l’inspection des embarcations, habituellement à l’embouchure des lacs. En Ontario, la Loi sur les espèces envahissantes, entrée en vigueur en novembre dernier, confère par ailleurs au ministre des Richesses naturelles et des Forêts de la province le pouvoir d’inspecter tout véhicule, y compris les embarcations, qu’il soupçonne de transporter des espèces envahissantes. Christopher Martin, biologiste-aménagiste du district de Kenora au Ministère, a déclaré que son district ne procède actuellement à aucune inspection ni n’exploite des stations de nettoyage des embarcations, mais que les autorités de Thunder Bay ont lancé leurs propres programmes de nettoyage des embarcations.

Les effets de ces petites créatures sur l’écosystème sont énormes. La moule zébrée se nourrit par filtration en aspirant de grandes quantités d’algues et d’autres aliments microscopiques dont elle prive les espèces indigènes, elle perturbe la chaîne alimentaire et, en définitive, crée des remous qui se répercutent même sur la pêche à la ligne. Le cladocère épineux se nourrit de la daphnie, un petit crustacé déjà convoité par des poissons-proies, et il arbore une longue épine qui peut perforer l’estomac d’une perche de moins de cinq centimètres qui l’ingère. Pour la perche dont la diète est trop riche en cladocères épineux, celui-ci peut lui occasionner des problèmes de santé puisque sa valeur nutritive est moindre que celle des organismes indigènes.

« C’est comme de donner du maïs soufflé aux poisons, plutôt que des légumes », de dire Derrick Passe.

L’écrevisse à taches rouges supplante non seulement l’écrevisse indigène mais, devenant trop grosse pour que des poissons comme l’achigan la dévorent, elle finit par être une nuisance constante. Derrick Passe la qualifie de « petite tondeuse à gazon » qui rase la végétation aquatique, y compris le riz sauvage. Il signale que le district de conservation des sols et des eaux de Lake County a mis en œuvre un projet dont l’objectif était de capturer de façon intensive l’écrevisse à taches rouges aux abords du Boundary Waters Canoe Area Wilderness, où elle ne s’est pas encore établie, afin d’en limiter le nombre et de retirer les plus grosses écrevisses – permettant ainsi à l’achigan indigène de se nourrir des plus petites et de les contrôler.

Canot sur la rive du Boundary Waters Canoe Area Wilderness. Il ne s’agit qu’une des régions du Minnesota et de l’Ontario où les représentants s’acharnent pour garder les espèces envahissantes hors de l’écosystème du lac à la Pluie et du lac Namakan. Photo : US Forest Service

« Nous savons bien que nous ne les éliminerons pas d’une région à moins de tout empoisonner, mais nous pouvons peut-être leur retirer leur avantage concurrentiel sur les écrevisses indigènes », a-t-il dit.

Une vigoureuse population de rats musqués pourrait aussi effectuer un contrôle naturel de l’écrevisse à taches rouges. Derrick Passe a déclaré que les chercheurs constatent une démarcation claire entre l’endroit où l’écrevisse à taches rouges se trouvait et celui où les pièges sont rongés par les rats musqués avides d’écrevisses. Les loutres se nourrissent aussi d’écrevisses. Les courbes actuelles des niveaux du bassin du lac à la Pluie et du lac Namakan, qui définissent les cibles du niveau d’eau tout au long de l’année des gestionnaires de barrage, ne sont pas favorables aux rats musqués, qui risquent chaque hiver de mourir de froid.

Les représentants du Canada et des États‑Unis espèrent que la moule zébrée ne s’insinuera pas dans le lac des Bois depuis le lac Winnipeg ou le lac Supérieur; de son côté, Derrick Passe affirme que l’équilibre chimique de ce milieu fait en sorte qu’il peut être difficile pour la moule de l’envahir, car elle dispose d’autres cours d’eau. La faible concentration en calcium dans le lac pourrait nuire à la formation d’une coquille dure ce qui, au bout du compte, érigerait une barrière naturelle. Les études n’ont pas réussi à préciser les concentrations de calcium qui conviennent à la moule zébrée; par conséquent, il vaut mieux compter sur la prévention que sur la chimie du lac pour repousser cet envahisseur à coquille dure.

Kevin Bunch est un rédacteur spécialiste des communications au bureau de la section États-Unis de la Commission mixte internationale à Washington, D.C.

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