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La coopération internationale profite au saumon rouge dans la rivière Okanagan

IJC admin | 2016/11/14

Par Kevin Bunch, CMI

 

 

Les effectifs du saumon rouge ont grimpé en flèche dans le réseau de la rivière Okanagan après avoir atteint un creux dans les années 1990.

Le réseau comprend le lac Osoyoos, qui enjambe la frontière canado-américaine, et fait partie du bassin versant du fleuve Columbia. Le rebond des effectifs est attribuable en grande partie aux efforts locaux déployés pour faciliter le passage des poissons, améliorer la gestion des eaux et perfectionner les pratiques des écloseries. Le nombre de saumons rouges lors de la montaison annuelle a augmenté; il est passé d’un creux de 1 666 adultes qui ont franchi le barrage Wells en 1994 à un pic de 490 804 en 2014.

Bien que la remonte de 2016 était moins élevée que le niveau record atteint en 2014, elle se chiffrait à 215 997 adultes (au 16 septembre 2016), soit un effectif encore remarquablement plus élevé que les creux atteints dans les années 1990. Au barrage Bonneville, situé en aval, près de l’océan Pacifique, les remontes annuelles de saumons rouges ont monté en flèche, de 12 678 adultes en 1994 à un pic de 614 179 en 2014. Cette année, la remonte se chiffrait à 342 492 adultes au 16 septembre.

Saumon rouge. Source : NOAA
Saumon rouge. Source :
NOAA

John Arterburn, biologiste principal auprès de la Confederated Tribes of the Colville Reservation et membre du Conseil international de contrôle du lac Osoyoos de la CMI, a indiqué qu’il existe trois populations distinctes de saumons rouges dans le bassin du fleuve Columbia : la population de la rivière Snake en voie de disparition, comptant seulement quelques centaines d’individus; la population entièrement naturelle du réseau de la rivière Wenatchee, s’élevant dans les dizaines de milliers d’individus; et la population la plus nombreuse de la rivière Okanagan. Les effectifs de cette dernière ont grimpé de façon spectaculaire grâce à des tribus amérindiennes américaines et des Premières Nations locales qui ont mis le processus de rétablissement de la population en branle au début des années 2000, a ajouté M. Arterburn, et ont éventuellement amené les gouvernements fédéraux, provinciaux et étatiques du Canada et des États-Unis à y participer.

Au début des années 2000, les tribus Colville et l’Alliance de la Nation okanagan ont convenu qu’elles voulaient voir le saumon rouge retourner dans le réseau hydrographique en nombre plus élevé que par le passé. Les partenaires ont commencé à dresser des plans pour y arriver. Mais comme les premiers programmes d’élevage ont eu un succès mitigé, ils ont réorienté leurs efforts vers la restauration de l’habitat.

« Le manque d’accessibilité à l’habitat au Canada constituait l’un des grands obstacles, a précisé M. Arterburn. Des barrages avaient été construits pour empêcher intentionnellement les espèces envahissantes de remonter les cours d’eau du réseau et d’envahir les eaux canadiennes, et ces barrages étaient exploités et maintenus pour bloquer le passage des poissons. »

Graphique illustrant les dénombrements annuels de saumons rouges aux barrages Bonneville et Wells. Source : Columbia Basin Research
Graphique illustrant les dénombrements annuels de saumons rouges aux barrages Bonneville et Wells. Source :
Columbia Basin Research

Les tribus ont étudié quels seraient les effets si des passages étaient créés dans ces barrages pour permettre au saumon rouge de recoloniser ses cours d’eau natals. Après environ cinq ans, elles ont conclu qu’il n’y aurait pas d’effets nuisibles. Le barrage McIntyre a donc été doté de vannes en 2009 pour permettre le passage des poissons et des passes migratoires ont été ouvertes au barrage du lac Skaha en 2014. « Les gouvernements et les tribus ont aussi élaboré un outil de gestion de l’eau et des poissons, a poursuivi M. Arterburn, un modèle informatique qui fournit aux décideurs des renseignements pour les aider, au chapitre des besoins en eau, à trouver un équilibre entre les pêches, les répercussions des inondations, les résidents riverains et la demande en irrigation. L’outil est utilisé pour la gestion de la rivière Okanagan depuis 2006.

« L’outil aide à garder les débits stables afin que les œufs du saumon rouge ne se dessèchent pas ou ne soient pas affouillés, a précisé M. Arterburn. Étant donné que les saumons rouges pondent leurs œufs dans du petit gravier, ces derniers sont particulièrement susceptibles d’être délogés et emportés par le courant. Le modèle permet aux décideurs de déterminer les débits d’après l’épaisseur du manteau neigeux, le stockage de l’eau et les tempêtes. »

Bien que des phénomènes comme une chute de pluie sur le sol enneigé puissent tout de même mener au lessivage des œufs, M. Arterburn croit que le résultat global de ces efforts est que les saumons qui réussissent à retourner à la rivière pour frayer ont une meilleure chance de produire un plus grand nombre de smolts qui retournent en mer.

Le barrage Wells sur le fleuve Columbia est l’un de ceux que les saumons rouges doivent franchir pour atteindre le réseau de la rivière Okanagan, située en amont. Source : Douglas PUD
Le barrage Wells sur le fleuve Columbia est l’un de ceux que les saumons rouges doivent franchir pour atteindre le réseau de la rivière Okanagan, située en amont. Source : Douglas PUD

M. Arterburn dit qu’il reste encore du travail à accomplir, car les saumons rouges ne peuvent pas encore pénétrer dans le lac Okanagan, situé à la tête de la rivière, en quantité appréciable malgré que le lac regorge d’excellents habitats de fraie. Selon lui, il n’y a qu’à installer des chicanes dans la passe à poissons située à la tête de la rivière et d’obtenir les approbations nécessaires pour aller de l’avant. Il espère que cette question sera réglée par le gouvernement de la Colombie-Britannique au cours des prochaines années.

Selon Dean Allan, gestionnaire des ressources au bureau de l’intérieur de la Colombie-Britannique de Pêches et Océans Canada, la grande préoccupation en ce qui concerne le lac Okanagan est quel impact, s’il y en a, le saumon rouge pourrait avoir sur le saumon kokani, une espèce apparentée, qui y est aussi présent. Les deux espèces se trouvent maintenant dans le lac Skaha, et un petit lot de saumons rouges ont été relâchés dans le lac Okanagan. M. Allan a indiqué que son Ministère observera les deux bassins dans le cadre d’une étude sur la façon dont le saumon rouge interagit avec le réseau trophique et d’autres espèces de poissons. Comme les deux lacs sont également aux prises avec une crevette envahissante du genre Mysis, il a ajouté que les chercheurs veulent aussi observer l’interaction entre cette crevette et les deux espèces de saumons.

Andrew Murdoch, chercheur scientifique au Washington Department of Fish and Wildlife (État de Washington), a expliqué que l’océan Pacifique se réchauffe, mais qu’il y a peu de données sur ce que les saumons rouges du bassin du fleuve Columbia font lorsqu’ils y arrivent. Ils semblent bien se débrouiller, comme le prouvent leurs excellents taux de survie selon le grand nombre d’entre eux qui reviennent frayer, même si le réchauffement des eaux océaniques chaudes devrait nuire à leur approvisionnement en nourriture. M. Allan a ajouté que la température élevée de l’eau dans les réseaux d’eau douce peut mener à des taux de mortalité élevés chez les poissons qui viennent de naître.

M. Arterburn a dit que la montée en flèche des effectifs de saumons rouges n’aurait pas été possible sans la coopération des résidents, des entreprises et des gouvernements de la région.

Le retour spectaculaire du saumon rouge dans le bassin du fleuve Columbia est une histoire de réussite prouvant la valeur de la restauration de l’habitat, des améliorations apportées au passage des poissons et de la collaboration de membres de collectivités avec des gouvernements et des entreprises pour favoriser un changement positif.

Kevin Bunch est rédacteur spécialiste des communications au bureau de la Section américaine de la CMI à Washington, D.C.

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